CHAPITRE VIII
La fortification des églises
La fortification des églises: ses causes. — Les ouvrages avancés; les cimetières défendus. — La fortification du corps de l'église : mâchicoulis ; bretèches ; éc ha u guettes. — Les fortifications entre voûte et toit ; départ des escaliers. — Les créneaux, meurtrières, etc. — La fortification du clocher.
La fortification des églises : ses causes. — Un très grand nombre d'églises de la Gironde ont reçu des fortifications; mais ce sont des fortifications de fortune, ajoutées après coup,
surtout aux xvi' et xvir siècles. Pas une de ces églises, à ma connaissance, n'a été construite pour servir de forteresse.
L'église, par la hauteur de ses murailles, par la masse de sa construction, avait déjà une valeur défensive1; l'immunité que le droit lui conférait était une garantie de plus. Les habitants y déposaient donc leurs biens, en nos contrées comme ailleurs2, et s'y réfugiaient en k cas de danger. En 1276, l'archevêque de Bordeaux se plaignait qu'un de ses vassaux eût été appréhendé par ordre du sénéchal de Gascogne, lequel avait fait enlever de l'église de Cabanac « le blé, le vin, les armures et autres objets mobiliers » que ledit vassal y avait placés en prévision des événements3. Le testament, rédigé en 1 43g, d'un habitant d'Uzeste mentionne du numéraire gardé dans une arche que le testateur a dans l'église4, et plus tard, en 1622, nous voyons que les gens de Lussac « avoint réfugié tous leurs biens » dans l'église de ce lieu5. C'était une raison de plus pour fortifier les églises.
Le « vallum » de l'église de Guilleragues, qui est mentionné en 1170°, devait être un ouvrage défensif. Les églises étaient désignées aux coups de l'assaillant et nombreuses sont celles qui furent assiégées : Soulac, Saint- Ferme, Blasimon, Mérignac7, Podensac8, Lussac9, Camblanes ,0, Langon11, Rimons12, etc.
FlG. 254. — FAÇADE FORTIFIÉE A SAItiT-JEAïMDE-BLAIGKAC.
(Les paiiies hachées représentent les projections des défenses.)
Ilrubiils delin.
PORTE FORTIFIÉE l CL DOS
1. En iG4g, on avait porté nuitamment sur les voûtes de l'église de Saint-Macaire des mousquets, fusils, etc.; ordre fut donné de murer la porte qui donnait accès à l'horloge (Archives liistoriques de la Gironde, t. XL1II, p. 35o). — 2. Ch. Desmoulins, hullelin monumental, t. \X11I, p. 2I1. — 3. Carlidaire de Saint-Seurin, p. 3Go. — 4. Duluc, notaire. — 5. E suppl. 4901. — 6. Irchives historiques delà Gironde, t. 1, p. 188. — 7. Baurein, Variétés bordeloises, t. Il, pp. 298-299; nouv. éd., t. I, p. 4o3. — S. Même ouvrage, t. V, pp. 200-203 ; nouv. éd., t. III, pp. 1 1 5- 1 17 . — 9. 1622 (E suppl. 4901 et 552i). — 10. 1649 (Archives historiques, t. XI. III, pp. 346-349.). — 11. 1 <>53 (E suppl-. ig48). — 12. i653 (E suppl. 340g). Le texte ne dit pas que l'église de Rimons ait été assiégée, mais que l'archiprètre et d'autres personnages étaient réfugiés <c dans le fort de l'esglise ».