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CHAPITRE X

La décoration : les procédés

La sculpture: insuffisance technique à l'époque romane; modelé; draperies; animaux. — Supériorité de la sculpture

gothique: la vérité dans la statuaire; les formules de la sculpture décorative. La peinture murale: ce qui en reste; les peintres italiens du xvme siècle. — Peinture décorative : appareil simulé;

motifs divers; ensembles. — La peinture sur verre: exemples. Les carrelages : motifs de décoration; facture.

La sculpture : insuffisance technique a l'époque romane. — De l'arc décoratif roman il n'est guère parvenu jusqu'à nous que des sculptures, sculptures historiées, sculptures décoratives. Le sculpteur de cette époque est franchement maladroit et il en a conscience. Aussi ne se risque-t-il pas à faire des statues de plein relief; il plaque ses effigies sur un fond. Les personnages sont groupés gauchement:

s'agit-il de meubler un demi- cercle, comme dans de fausses fenêtres à Saint- Vivien (fig. 29/1) ou dans le tympan de Sainte-Radegonde (fig. 323) ou de Lalande, la taille des personnages varie suivant la hauteur à couvrir. Les corps, imparfaitement dessinés, tombent parfois dans le grotesque : il en est(fig. 265) dont la dimension totale ne dépasse pas trois têtes. Sur le portail de Courpiac (fig. 276), ïobie porte un poisson et Samson chevauche un lion; ils lèvent la main, l'un pour retenir son poisson, l'autre pour déchirer la gueule du monstre : sans cette circonstance, la main traînerait à terre, car le bras est beaucoup plus long que le corps.

Je me souviens d'une conversation que j'eus avec Drouyn au sujet d'un chapiteau de Gabarnac : je datais ce chapiteau d'après la forme de l'écu dont les hommes sont armés; Drouyn soutenait que ces prétendus guerriers étaient des oiseaux et ces boucliers, des ailes, et on peut, en effet, s'y tromper1. Une voussure est décorée, à Haux et à Castelvieil de personnages,

1. Drouyn reconnaît qu'il s'agit de guerriers, dans ses Notes manuscrites, t. XLVIII, p. Z|5i.

Rrutails delin.

Fig. 276. — PORTE DE COURPIAC.

LA DÉCORATION : LES PROCÉDÉS

Hrulails pliotogr.

FlG. 277. CORNICHE D'iZON.

à Cérons de quadrupèdes : le haut des corps est posé sur la tète de la voussure et les jambes, décrivant avec le corps un angle droit, adhèrent à l'intrados.

Le modelé est parfois extrêmement primitif: dans des chapiteaux de la corniche d'Izon

(fig. 277), l'imagier a marqué sur le bloc épannelé la silhouette des oiseaux qu'il voulait faire et il a creusé tout autour. L'emploi du même procédé est sensible ailleurs : dans un chapiteau de Villenave-d'Ornon (fig. i56), des oiseaux plats s'enlèvent sur le fond et sont gravés de quelques lignes qui rappellent les plumes.

Les draperies sont traitées de façon conventionnelle : l'artiste ne reproduit pas les mouvements de l'étoffe; il

la couvre plutôt de menus ornements et de gaufrures (fig. 278). On pourrait citer à La Sauve et dans l'Entre Deux-Mers, à Coirac (fig. 279), Cessac, Courpiac, Bouliac, Pompignac, un groupe d'oeuvres dans lesquelles les vêtements sont couverts de petits plis secs à peu près horizontaux.

L'imagier roman ne réussit pas mieux les animaux que l'homme, à moins qu'il n'ait sous les yeux des modèles stylisés : à Martres (fig. 280), un âne a la tête si longue qu'elle descend presque jusqu'au sol.

Supériorité de la sculpture gothique. — Vers les débuts du xme siècle, la sculpture s'améliore sensible

ment: des scènes sont représen tées, sur certains chapiteaux de Castelvieil, avec un sentiment très

vif de la nature; les formes s'allongent et s'affinent dans les Vertus. La statuaire de Blasimon, trop irréelle, est néanmoins remarquable : c'est un rêve, mais un rêve d'artiste délicat. Tel chapiteau du même portail a des monstres mi-observés, mi-inventés, qui n'ont rien des horreurs de la période précédente et qui font pressentir les belles gargouilles des cathédrales du Nord. Il est, dans l'évolution de notre architecture girondine, un moment heureux où la construction est un art roman arrivé à la perfection, où la sculpture s'anime du souffle gothique et serre de près la vérité et la vie : Drouyn a pu écrire que certaines têtes de Pujols sont des portraits; d'autres, à Notre-Dame de Langon (fig. 281), ne sont ni moins vraies ni moins belles. Et les deux exemples que je viens de citer ne sont pas isolés.

Fig. 278.

Brutails photogr.

— CHAPITEAU A S UXTE-CROIX-DU-MOXT.

Fig.

Brutails photogr. 79. — CHAPITEAU A COIRAC.

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