‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 139 sur 185 · LA PEINTURE MURALE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE MURALE

Peu à peu, l'artiste apprenait à voir juste : le mouvement des draperies est déjà meilleur dans cet évêque bénissant d'Uzeste, qui doit être de la première moitié du xm' siècle. Puis, le sculpteur s'exerce à saisir le trait individuel, à l'exagérer même : du xiv" siècle avancé nous avons à Fronsac un cul-de-lampe d'une force d'expression singulière (fig. 282). Mais c'est là une production de l'art gothique, lequel a laissé à Saint- André et Saint- Seurin de Bordeaux, à Saint-Émilion, à Bazas, des chefs-d'œuvre, des merveilles de goût et de virtuosité.

En même temps, la décoration sculpturale subissait une modification profonde : le roman cherchait ses effets dans la multiplicité des lignes et des facettes ; le gothique domine la matière et l'assouplit; il donne à l'ornement une forme plus rationnelle. En un mot, les balbutiements de cette enfance qu'est l'art roman ont fait place à une langue sûre, précise, sonore et admirablement expressive. Le progrès est moins frappant peut être dans la peinture.

La peinture murale. — Quand on s'occupe de la décoration des églises, il faut tenir compte

de l'usage où on était jadis de tendre, pour les jours de fête, au moins les plus importantes d'entre elles1. Ce n'est pas à dire qu'on ne fit point de peintures, loin de là : des églises, comme la Trinité de Saint-Émilion, Tresses2 et, si je ne me trompe, Magrigne, ont plusieurs couches de peintures superposées. De l'époque romane il ne reste pas, je crois, de peintures historiées, scènes ou personnages, si l'on attribue au xiii° siècle les peintures de la collégiale de Saint-Émilion, le Jugement dernier barbouillé dans le charnier de la Madeleine de la même ville, enfin les peintures de Saint- Macaire. Des siècles suivants nous Brutaiis photogr. avions à Saint-Seurin la représentation de

Fig. 281. — CHAPITEAU A nôtre-dame de langon.

scènes diverses de la vie de saint Martial, de saint Seurin, de saint Amand, de saint Fort (?)3, et à Uzeste une Flagellation du xive siècle, qui ont été détruits; les peintures dans la crypte de Saint-Ciers-d'Abzac, qui ont été retouchées; des scènes et des personnages, de iôoy, à Saint-Genès-de-LombaudZ|, où on ne les voit plus; un Dieu de majesté environné des symboles des Évangélistes et divers autres sujets peints

1. 17/1/1 (?). Renseignement sur l'habitude où on est de tendre les églises de Bordeaux (G 2835). — 2. Villiet, Essai sur l'histoire de la peinture murale, dans les Actes de l'Académie de Bordeaux, i85g, p. 217. Le marquis de Castelnau a publié une réduction des calques faits sur les peintures de Tresses par Villiet (Compte-rendu des Monuments historiques, 1864-1865, pp. 61 et 63). — 3. Compte-rendu des Monuments historiques, i852, p. O2 ; Cirot de La Ville, Saint-Seurin de Bordeaux, eau-forte après la p. 182. — /|. Piganeau, Société archéologique, t. VI, p. 1 85 et pl. xxi.

Dessin de L. Drouyn (Extrait des Variétés girondines, t. III, p. lui).

LA DÉCORATION : LES PROCEDES

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vers i5a4, dans la grotte de l'ermitage de Cambes1; les peintures de Birac, — le Jugement dernier2, — de Saint-Léger-du-Balson, — les travaux des mois3, — qui doivent être approximativement de la même date; les peintures de Saint-Pierre de La Sauve, dont l'une porte le millésime i56G; les peintures disparues de Montagne', de Saint Loubès5, de Cursan0, de Mauriac, etc., etc.7.

Durant le xvme siècle, un certain nombre de nos églises furent livrées aux décorateurs italiens: Sainte-Croix8, Saint- Seurin °, Saint-Bruno. Les

peintures de Saint- Bruno de Bordeaux, exécutées, en 1772 ,i>, par Jean-Antoine Berinzago, calquées et refaites il y a quelques années, représentent une architecture d'une complication extrême :

c'est très faux comme principe et très savant comme exécution.

Peinture décorative. — Les peintures décoratives se réduisent assez souvent à un appareil simulé, avec des joints filés à l'ocre rouge ou jaune ou rouge brun; tantôt les joints de lit sont doubles et tantôt ce sont les joints montants. Dans l'église de Magrigne, où les assises de maçonnerie sont remarquablement réglées, je crois que ce faux appareil correspond à l'appareil véritable. A Parsac, chaque pierre feinte porte au centre une fleur à six pétales, qui est un petit cercle où on aurait réservé le cœur et six rais; quelque chose d'analogue se vjit dans les ruines de Montarouch. Au chevet de la crypte à La Libarde, deux traits diagonaux parallèles tracés sur chaque bloc simulé descendent de droite à gauche. Ailleurs le dessin de l'appareil figuré est de lignes plus compliquées".

L'absidiole d'Andernos est ornée de fleurs-de-lis faites au poncif. Ailleurs, des rinceaux agrémentaient la décoration : Braquehaye avait remarqué à Landiras, dans une voûte qui fut

Fio. 282

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FlG. 288. — VITRAIL A

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SAINT-MICHEL DE nORDEVUX.

1. Piganeau, Société archéologique, t. ^ [, p. n, et Archives historii/ues de la Gironde, t. XII, pp. 4o3 et ss. — 2. L. Drouyn, Compte-rendu des Monuments historiques, 1862-1864, pp. 18-5a ; Piganeau, Société archéologique, t. VI, pp. 5 et ss., pl. ht. — 3. Piganeau, Société archéologique, t. VI, p. 6. Dessin dans un Album de la Commission des Monuments historiques. — 6. Drouyn, Notes manuscrites, t. XLIX, pp. 60-61. — 5. Villiet, Actes de l'Académie, i85g, p. 227. — 6. Augier, Société archéologique, t. Il, pp. 5-6; croquis à la pl. 1. — 7. Je ne puis pas songer à énumérer toutes les peintures murales qui ont été signalées dans nos églises. Voir néanmoins les pages consacrées par Marionneau aux peintures de Saint-André de Bordeaux (Description des œuvres d'art, pp. 87 et suiv.). — 8. Voir ci-dessus, p. g. .Ijouanet) (Musée d'A(iuitaine, t. III, p. 271, note) dit que les peintures du sanctuaire étaient dues à Anoni père, élève de Levati..— g. Le chevet de Saint-Seurin a été peint à fresque par Berinzago (Voir ci - dessus, p. 1 g). — 10. Sur la date de ces peintures et leur auteur, voir Marionneau ,0//. cit., pp. 1 55 et suiv. — 11. Voir, par exemple, dans les Archives île la Commission des Monuments historiques, t. V, pl. 61, deux dessins d'appareils simulés peints à l'église souterraine et à la Trinité de Saint- ftmilion.

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