LA PEINTURE SUR VERRE
démolie en 1869, «des rinceaux monochromes, probablement de la fin du xne siècle »'. 11 existait, avant 1870, des rinceaux du xive siècle dans le chevet de la collégiale d'Uzeste2.
Lorsque la décoration est complète, elle comporte une bande longitudinale en haut de la voûte et des bandes transversales, soit près des murs de tête, soit à mi-longueur de chaque travée. Un peintre verrier distingué, Joseph Villiet, a proposé Saint-Pierre de La Sauve comme « un modèle parfait de décoration à bon marché »3: ossature, c'est à-dire piliers et nervures, d'un coloris vigoureux; fond des murs, blanc avec appareil figuré; dans les voûtes, bandes en long, en travers et en diagonale. Depuis l'étude de Yilliet, on a constaté que la décoration de Saint-Pierre de La Sauve, moins simple à l'origine, comportait des personnages dans le chevet'1. Le malheur est que ces peintures, restaurées vers i865, sont d'une étude malaisée.
La peinture sur verre. — Les vitraux du Moyen-Age ont disparu du Bordelais. Le chevet de la cathédrale de Bordeaux en avait jadis, qui montraient encore du temps de Lopès le portrait et les armes de Pierre Dubosc, chanoine de cette église et évêque de Dax vers la fin du xive siècle5. La fabrique de Saint-Seurin a fait déposer, vers 1860, et abandonné à des particuliers des restes de vitraux sur lesquels était peint le plus ancien écusson en couleurs de la ville de Bordeaux0. Uzeste gardait, il y a quelques années, une Présenlation et des grisailles avec bordures aux armes de la famille de Goth, le tout remontant peut-être au xi\e siècle7. Cadarsac a perdu également la verrière du xvie siècle qui garnissait la fenêtre centrale du chevet et Izon, les restes de vitraux que Drouyn attribuait au xn° siècle8. La rosace du transept Nord de la cathédrale Saint-André doit retenir des fragments de ces vitraux qui furent faits, en i5io, par Jean de La Sausaye9. De même, à Saint-Émilion, j'ai vu dans des vitraux du xvic siècle des morceaux qui devaient provenir de la verrière commandée à Lescamp en 1 4 7 G 1 0 . J'ai publié11 deux vitraux, l'un de La Sauve, qui porte la date i534, l'autre de Castelnau (Médoc), qui appartient au xvi° siècle et qui porte des écussons armoriés. Saint-Michel de Bordeaux en a plusieurs de ce même siècle (fig. 283). Par malheur, je ne suis pas en
r.Ti.i t
M. et.J.-A. lîrutails delin.
FlG. 284. CARRELAGES AU MUSEE DE BORDEAUX.
état de formuler sur ces peintures des observations originales ou simplement intéressantes I2.
1. Société archéologique, t. VI, p. (i, note r. — 2. Abbé Brun, Uzeste et Clément V, 2° éd., p. ioy. — 3. Actes de V Académie, 1 85g, p. 228. — 4. Marquis de Castelnau, Compte-rendu des Monuments historiques, i864-i865, pp. 12 et suiv., pp. 21 et suiv. — 5. Lopès, Sainct-André de Bourdeaux, éd. Callen, t. I, p. i33. — G. Bordeaux, Aperçu historique, etc., t. III, p. 55i. — 7. Abbé Brun, Uzeste et Clément V, 2° éd., p. idO. — 8. Société archéologique, t. I,"p. 177. — ij. 18 novembre i5io (G 5o5) — 10. Voir ci-dessus, p. 102. — 11. Album d'objets d'art existant dans les églises de la Gironde, pl. vi. — 12. On trouvera sur les vitraux de Saint-Émilion des renseignements techniques intéressants dans l'étude que M. Ch.-D. Tournel a donnée au Bulletin de la Société historique et archéologique de Saint-Êmilion, 3° fascicule. Quelques réserves sont à faire sur les dates.
LA DÉCORATION : LES PROCÉDÉS
Les carrelages. — Il n'existe pas dans le pays de mosaïques remontant au Moyen Age; par contre, nous avons des carrelages de cette époque. J'en ai mentionné ci-dessus qui sont à Cornemps et qui portent deux dessins en creux : un cercle à six rais curvilignes formés de segments qui sont tracés avec la même ouverture de compas que la circonférence et, au-dessus, une fleur de lis. L'église abbatiale de La Sauve et la crypte de Saint-Seurin en avaient de plus intéressants; ceux de La Sauve ont été enlevés il n"y a pas longtemps, avec d'autres fragments précieux du même édifice. Dom Dulaura nous apprend que des carreaux de ce genre avaient couvert le sol de l'église entière; on n'en voyait plus, de son temps, que dans le presbytère, le chœur, le cloître et le chapitre. « Ils représentent des lions, des oiseaux, des fleurs de lis et autres choses ; il i en a de plusieurs façons, des ronds, des quarrés, en ovale, en triangle » ', etc. Un fragment dessiné par Lacour dans le Musée d'Aquitaine* porte sur le champ un bout de torsade et en bordure deux bandes semées de points clairs.
Le dessin, imprimé en creux, est rempli d'un engobe de ton différent; il était retourné à l'impression, de sorte que tels personnages, qui portaient leur épée de la main droite sur la matrice, sont gauchers sur le carreau : on en peut voir des exemples au Musée des antiques (fig. u8/j). L'effigie obtenue par ce procédé manque de finesse et de détail, mais non de charme. Si je ne craignais de scandaliser les admirateurs de l'art grec, j'avouerais que certaines de ces silhouettes un peu floues, qui indiquent la forme sans l'arrêter et qui nous laissent le plaisir de la deviner, me font penser aux statueltes de Tanagra.
i. E suppl. ia42, fol. 12 r° et v°. — 2. T. I, pp. 217 et suiv., article de F. J[ouannet]. Pour les carrelages de Saint-Seurin, cfr. Cirot de La Ville, Saint-Seurin de Bordeaux, p. 1 53.
Fig. a84 — maître-autel de notre-dame de bordeaix. (Extrait du Guide illustré à iionUaur.)