SAIXT-MICHEL DE BORDEAUX
Les voûtes à liernes sont nombreuses dans cette église. La troisième chapelle au Sud, à compter de l'Ouest, est couverte d'une voûte ingénieusement combinée, pour racheter la différence du nombre des supports, qui est de trois vers l'extérieur et de deux seulement du côté de l'intérieur. Dans la voûte de la quatrième chapelle au Nord, les nervures accessoires sont conduites suivant des dessins courbes; s'il existe en France des voûtes ainsi faites, elles sont très répandues en Espagne.
L'art décoratif et l'art industriel ont laissé à Saint-Michel des œuvres dignes d'attention : vitraux du xvi" siècle, grilles du xvin% etc.
Bordeaux. — Clocher de l'église Saint-Michel.
Il existait, près d'un certain nombre d'églises de Bordeaux, des charniers, qui affectaient, si nous en croyons certains textes, la forme d'un carré ou d'un polygone, renforcé sur les angles par de vigoureux contreforts1: daprès le marquis de Castelnau, nous le savons, on aurait monté sur un charnier de ce genre le clocher de Saint-André; c'est sûrement ce qui a eu lieu à Saint-Michel. Le charnier de Saint-Michel est signalé dès i3652; il paraît avoir été précédé d'un autre, plus ancien; du moins, Drouyn raconte que, pendant les restaurations, on découvrit « le caveau de la chapelle primitive, qui était construite en style roman »3.
Peu après la guerre de Cent ans, la fabrique de Saint-Michel se préoccupa d'élever le clocher; en i/ifi/j, elle prit à son service un architecte de Saintes, Jean Lebas'1, qui fut remplacé, avant l'achèvement de la tour, par son fils, également nommé Jean Lebas. Entre temps, elle recueillit divers legs5. Enfin, on mit la main à l'œuvre en 1 4 7 2 1 1 . En i486, la construction atteignait la naissance de la flèche. A partir de ce moment, nous sommes renseignés avec précision sur la marche des travaux, grâce à un registre de comptes que tenait le trésorier". Les plus hautes assises furent maçonnées en septembre 1^92.
Or, dès le mois d'avril suivant, une expertise eut lieu, « à cause du parler du monde, qui dit que le clocher veut tomber»8; les experts furent très rassurants. Néanmoins, on continua les travaux au pied de la tour. Autant que nous puissions en juger, ces travaux9 consistaient à reprendre partie au moins des piles du rez-de-chaussée, dont certaines furent provisoirement étançonnées; à démolir, sans doute pour les refaire, les pans de mur entre ces piles; à construire des contreforts secondaires au milieu de ces pans; à déposer une vieille voûte et à rebâtir celle du charnier, qui était peut-être la même.
Le clocher de Saint-Michel, » la Flèche, » était et il est encore pour les Bordelais un objet de vénération et d'orgueil : ils le jugeaient « le plus beau clocher qu'il y ayt dans le royaume»10. Louis XIV, en 1676, avait ordonné de l'abattre, afin de punir la ville, et on avait mis en adjudication cette œuvre de ruine; personne ne se présenta et le clocher fut sauvé11. En 1680, Vauban proposa de le conserver: «Cette tour,» écrivait-il, «est une des
FlG. II.