‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 147 sur 185 · LES HASES ET LES CHAPITEAUX · texte numérisé non relu

LES HASES ET LES CHAPITEAUX

du xii6 siècle»1. Le fait est que les édifices dans lesquels j'ai observé la présence des griffes paraissent appartenir souvent à ce siècle: Saint-Nicolas de Génissac, porte de Saint-Hilaire-de- La-Noaille, chevet de Listrac-de Durèze, partie orientale de la nef de Saint-Macaire, Sainte- Radegonde, Bellebat, Lamothe-Landeron, etc.; mais des parties de la cathédrale de Bazas qui sont du xiv° siècle ont aussi des griffes. Le baron de Marquessac a noté que, dans les églises des Ordres militaires, les bases en sont pourvues : j'en ai vu, en effet, à Lalande-de- Pomerol et à Roquebrune. Il faut observer que, parmi les églises de ce groupe, bien peu ont des colonnes.

On a quelquefois taillé des ornements sur la gorge de la base : des stries dessinant des chevrons, à Cardan ; des boules, à La Sauve, à Martres, dans la porte de Camiran; un treillis de petites baguettes plates, sur une colonne extérieure de l'abside à Saint-Michel-de-La-Rivière ; des dents-de-scie, à la porte de Pujols-sur-Ciron, à l'absidiole Nord de Saint Christoly (Médoc); des dents-de-loup, à Saint-Aubin-en-Jallès.

Les chapiteaux. — Des colonnes engagées se terminent brusquement, sans chapiteau : dans l'intérieur de la nef de Bisqueytan, par exemple, ou de Saint-Germain-de Campet. Il n'est pas sûr que ces colonnes aient été dérasées ; il se peut que l'architecte les ait prévues ainsi et qu'il les ait destinées à porter le bout d'un tirant. Cette disposition est, d'ailleurs, loin d'être fréquente ; l'usage est que la colonne soit surmontée d'un chapiteau, même lorsque le chapiteau n'a pas de raison d'être, comme dans les corniches de Saint-Martin-du-Bois et de

Galgon (fig. 228), où il s'enfonce dans le corbeau continu qui porte la tablette de couronnement.

Le Moyen-Age pouvait prendre modèle pour ses chapiteaux sur ceux que l'Antiquité lui avait légués. L'époque romane appréciait ces débris et assez souvent elle les réemploya : dans la corniche du chevet de Bégadan, aux portails de ïauriac et du transept Nord de Guîtres, dans l'abside de Capian, dans le porche Ouest de Saint-Seurin de Bordeaux; ou bien on en fit des bénitiers: à la Trinité de Saint-Émilion, à Belvès, à Saint-Seurin-de-Cursac 3. Quelques églises romanes ont des chapiteaux de style barbare; les chapiteaux intérieurs des fenêtres du chevet de Bruges sont peut-être les plus archaïques : la corbeille se prolonge vers le haut en un prisme rectangulaire; le tout est paré de gravures ou de menus ornements et coiffé d'un épais tailloir. Mais ces chapiteaux de Bruges sont peints, difficiles à étudier, et je n'en garantis pas l'ancienneté.

Rôle et forme rationnelle des chapiteaux. — Les chapiteaux peuvent être nus ou décorés; d'autre part, ils peuvent être rationnels ou irrationnels. Le rôle du chapiteau roman est de

1. Guienne militaire, t. I, p. 83. — 2. J'ai publié ces deux derniers chapiteaux dans l'Album d'objets d'art, pl. 1.

Brutails phologr.

FlG. 3ûO. — PORTE DE SAINT-VINCEKT-DE-PERTIGNAS.

LA DÉCORATION : LES APPLICATIONS

servir de transition entre le fût, plus étroit et de section circulaire, et la charge, plus large et de section carrée; la corbeille doit donc, vers le haut, s'épanouir et prendre une forme carrée; elle doit en outre, si elle n'est pas de grandes dimensions, être taillée de telle sorte que des

masses réservées dans le bloc soutiennent le tailloir sur les angles et au milieu de chaque face. Le sculpteur a traduit rigoureusement cette idée dans un chapiteau extérieur de Saint Quentin-de-Baron ; la corbeille est creusée de deux rigoles verticales, et trois troncs de cônes renversés supportent le tailloir. Lorsque le chapiteau ne remplit pas les conditions énumérées ci-dessus, il est mal compris. Sont dans ce cas les chapiteaux de la porte de Cameyrac et de la fenêtre Est de Cartelègue (fig. 3oi), lesquels gardent jusqu'en haut la forme ronde, en sorte que la corbeille se relie mal au tailloir; l'un de ceux de Villenave-d'Ornon, où la corbeille, octogonale païen bas, finit en carré par en haut, juste sous le tailloir. Pour atténuer le défaut de cette dernière forme, on a parfois ménagé en haut de la corbeille un bandeau sur lequel le tailloir repose : sous le doubleau de la nef à Tizac-de-Curton, dans les piles de la nef à Saint-Émilion, du faux transept à Saint-Michel-de- La Rivière (fig. 3o3) et Aux Salles (fig. 297), sous la coupole d'Abzac, à la porte de Saint- Antoine de-Queyret, où la corbeille a, vers le milieu de la hauteur, un renforcement, etc. Enfin, certains chapiteaux sont de galbe tout à fait fantaisiste : c'est le cas de l'un des chapiteaux de La Libarde (fig. 252, à droite).

Chapiteaux cubiques, godkoxnés et a facettes. — Les chapiteaux cubiques nous viennent du territoire de l'école poitevine, plutôt

Brutails pliotogr

FlG. 3oi. FENÊTRE PL CHEVET

DE CARTELÈGUE.

de l'Angoumois. En Gironde, ils se rencontrent surtout dans l'arrondissement de Libourne : corniche du chevet de Saint-Michel-de-La Rivière (fig. 218), nef de Gours, nef et porte de Saint- Cybard, coupole de Sainte-Geneviève de Fronsac (fig. 20/i) et de Coutras, nef de Saint Denis-de Piles (fig. 3o3), faux transept et chevet de Saint-Médard de Guizières, arcatures de premier étage sur les façades de Petit Palais et de Gardegan, porte et arcature de premier étage sur la façade de Sainte-Colombe (fig. 126), nefs de Parsac, de Saint

Philippe d'Aiguille (fig. 202), de Puisseguin, de Villemartin, arc triomphal de Tayac, façade de Saint-Martin-de-Laye, d'autres peut-être encore. Dans quelques-uns de ces exemples, à Gours, à Tayac, à Petit Palais, à Puisseguin, des chapiteaux projettent une ou deux moulures annulaires, arête, tore, etc. En dehors du Libournais, il existe quelques spécimens de chapiteau cubique; ainsi à Saint Seurin de Bordeaux et Bellefond.

Il se peut que le feston dessiné sur chaque face du chapiteau cubique soit accusé par une rainure légère conduite sur l'arête de ce feston Lorsque la colonne est appliquée contre un pilastre, la forme du chapiteau cubique se répète à droite et à gauche sur le pilastre.

Uails phologr.

Fin. 802. — CHAPITEAUX

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