‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 38 sur 185 · ÉGLISE DE LA SAUVE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE LA SAUVE

autres, d'une colonne engagée sur un pilastre. A considérer la partie de mur qui est sous le clocher, on se demande si les collatéraux n'étaient pas primitivement plus élevés et si leurs murs n'étaient pas tapissés d'une arcature haute.

L'édifice a été repris de l'Est à l'Ouest. Diverses parties ont été remaniées après coup : sur la voûte de l'abside, écrasée et déformée, on avait appuyé, en rectifiant le tracé, un court berceau correspondant à un ressaut du mur entre l'abside et le chœur. Le clocher a été, semble t-il, construit dès l'origine à sa place actuelle, sur la seconde travée du bas- côté Sud à partir du transept, et la nef n'a pas de fenêtre sur ce point; mais toute la partie octogonale est postérieure. Les voûtes basses des deux travées qui suivent appartiennent au xme siècle; entre la seconde de ces deux travées et la nef, la grande arcade est de tracé brisé. La voûte du bras Nord du transept a été refaite vers iôoo. Enfin, des contreforts et toute une file d'arcs-boutants ont été maçonnés au Nord, où le sol extérieur est en contre-bas.

L'abside et les absidioles sont voûtées en cul-de-four. Les petits chœurs placés en avant des grandes absidioles sont couverts de berceaux sur doubleaux. La voûte du chœur principal est tombée; elle était, nous apprend Dulaura1, « à branches d'ogives et à clefs pendantes ». Il reste dans l'angle Nord-Est du chœur l'amorce des nervures, qui sont de la période gothique très avancée.

L'élévation intérieure des murs latéraux de ce chœur est fort intéressante : en bas, trois baies le mettent en communication avec chacun des chœurs voisins; au-dessus, dans l'embrasure de deux larges fenêtres, est ménagé un couloir de service^.

Les voûtes des bas-côtés de la nef sont, sauf les exceptions plus haut signalées, d'arêtes et très soignées. Les grandes arcades subsistantes, hormis une seule dont il a été parlé ci-dessus, sont en plein cintre. Des fenêtres amènent du jour, les unes dans les bas-côtés, les autres directement dans la nef par- dessus la toiture du collatéral.

Les voûtes de la croisée et de la nef étaient sur ogives et tout à lait remarquables. Ce genre de voûte ne paraît pas avoir été prévu à l'origine : du moins, les piliers ne sont pas précisément faits pour le recevoir. Les ogives, qui sont vigoureuses, ont un profil d'épannelage rectangulaire. Il est à noter qu'au-dessus du carré du transept les rencontres des quartiers de remplissage sont soignées. Dans la première travée de nef, la voûte comportait sur chaque flanc deux robustes formerets qui s'emboîtent l'un dans l'autre et s'évasent en dedans: c'est l'une des curiosités de La Sauve. Ces voûtes étaient sur plan barlong et fortement bombées.

La charpente a totalement disparu. D. Dulaura, qui la jugeait « très belle », raconte qu'elle avait été construite entre i5oi et 1 5 2 o H et qu'elle mesurait « 2/1 pieds de hauteur en dedans depuis le dessus des voûtes ».

Le même auteur fournit quelques renseignements sur l'aménagement du sanctuaire au début du xvne siècle. Le maître-autel était entouré de six grands chandeliers de cuivre

1. Liv. I, ch. 12. — 2. Cf. la vue donnée par M. de Lasteyrie, V Architecture religieuse en France à l'époque romane, p. 290. — 3. Liv. IV, cli. ig.

MONOGRAPHIES

doré et émaillé, mesurant 8 à 10 pieds, entre lesquels on suspendait des rideaux de toile blanche. En arrière était l'autel de saint Gérard, que surmonlait le tombeau en bronze

du bienheureux abbé'. On voit encore dans le chevet, du côté de l'Épitre une crédence, du côté de l'Évangile un petit placard haut placé et à feuillure, qui doit être un tabernacle; crédence et tabernacle, couverts d'un arc en accolade, paraissent avoir été laits pendant la période du gothique flamboyant.

On a dit que le bas de la nef renfermait un narthex^ : ce qui subsiste du mur occidental et des piliers exclut une telle hypothèse. On a jeté entre les deux dernières piles, vers la fin du xvl siècle, un arc portant tribune. La façade est en grande partie démolie; si Ton s'en rapporte au Monaslicon gallicanums, elle avait un avant-corps analogue à celui dans lequel est percée la porte de Sainte-Croix; comme à Sainte-Croix, des arcatures tenaient une place importante dans la décoration de cette partie de l'édifice.

L'angle Nord-Est montre les arrachements d'une construction, qui était une chapelle à deux étages : en haut Sainte-Catherine, en bas Saint Martin'1. L'absidiole Nord est, au dehors, d'une autre ordonnance que le reste du chevet; elle a été ou refaite ou ajoutée. Dans les autres absides, des colonnes engagées montaient jusqu'à la corniche. L'abside principale a trois fenêtres de largeur inusitée et, à l'extérieur, une arcature aveugle de couronnement. On voit, dans celte région de l'édifice, des bases à grillés, avec des boules sur la scotie.

Le clocher a été fait en plusieurs fois; c'est,

Brutails photogr. r ,

Fig. - 1 . vue si !» in clocher. sul' une souche carrée, une tour octogonale. L'un

des étages était ajouré de grandes et belles fenêtres du xinr siècle, qui ont été murées sur partie de leur hauteur. Drouyn attribuait l'étage supérieur et la flèche au \ive siècle5; je les crois plus récents. Les textes signalent des ardoises sur la flèche depuis le xmi" siècle13.

L'ornementation de La Sauve a été dispersée lamentablement : on trouve des sculptures sur plusieurs points de la contrée7; d'autres ont disparu de façon plus ou moins mystérieuse. Une clef de voûte et un chapiteau représentent le sacrifice d'Abraham; sur le chapiteau, les personnages portent des vêtements à plis aigus et horizontaux; le clef est de style fort antérieur à sa vraie date, laquelle est donnée par le profil des amorces d'ogives. Les chapiteaux élevés, à l'exception de deux chapiteaux des fenêtres, et les chapiteaux de la troisième arcade Sud sont godronnés; le chevet et les bas- côtés l'enferment une riche série de chapiteaux

i . Liv. III, ch. .'i. — 2. F. de Verneilh, U Irchitecture byzantine en Fiance, p. y3. — 3. Pl. iii. — 4. Monaslicon, pl. i(>, légende. I.a chapelle Saint-Martin est citée au moins dès 1226 (H 2, p. 2g5). — 5. Album de La Grande Sauve— 6. 11 80, fol. i52. — 7. Piganeau, Société archéologique, l. Il, pp. 10O-107; t. VI, p. xn.

Page 1