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ÉGLISE DE MGN.VN

Le clocher a été surélevé d"un élage. La plantation de ce clocher sur l'avant-chœur, la façon dont la tour plus étroite rejoint la souche plus large, le percement des fenêtres de l'avant-chœur et de l'abside, sont autant de traits intéressants qui caractérisent tout un groupe d'églises de cette région.

Lignan, arrondissement de Bordeaux, canton de Gréon. — Église paroissiale. Vocable : sainte Eulalie.

En n/iy, des religieux venaient de faire une fondation dans la terre de Lignan et songeaient à bâtir l'église; Louis le Jeune leur accorda une charte de donation et de privilèges, qui est transcrite dans le cartulaire de Sainte- Croix1. L'église qui était projetée

xne siècle.

xne siècle.

XV'-XVI* s

xvnie siècle.

Brutails tlclin.

FlG. 76. — PLAN DE L'ÉGLISE DE LIGN AN-DÉ-CRÉON.

en t 1 47 a-t-elle été construite? Est-ce l'église actuelle? On peut penser que non. L'établissement monastique de Lignan ne paraît pas avoir duré; quant à l'église paroissiale, où les collations appartenaient à l'archevêque et les dîmes au sous-chantre de la primatiale, elle n'avait pas, dans les derniers siècles, de rapport avec les ordres religieux. Par contre, l'édifice est plus grand et plus riche que ne sont en général les églises des paroisses rurales de nos pays et le plan présente des particularités qui se retrouvent dans des églises régulières.

L'église est orientée à peu près normalement, avec une légère inclinaison vers le Sud. L'abside et les deux absidioles s'ajustent chacune à un chœur assez allongé. Ces trois chœurs communiquent entre eux par deux arcs largement percés et ils s'ouvrent sur le transept. Il n'y a pas de bas- côté le long de la nef; mais, comme nous le verrons plus loin, on avait vraisemblablement projeté d'en faire.

L'abside est voûtée d'un cul-de-four, l'absidiole Nord également. Sur les chœurs, sur

1. Archives historiques de la Gironde, t. XXVII, p. 25. Un mémoire du xvn" siècle expose que ce monastère fut essaimé de Sainte- Croix, mais qu'il n'en restait « à peu près que la seule mémoire» (H 33g, fol. 1).

MONOGRAPHIES

le carré du transept et sur le bras méridional, sont tournés des berceaux, sur le bras septentrional et au fond du chœur Sud, on a établi des croisées d'ogives prismatiques. Celle de ces voûtes qui est dans le chœur du Midi porte à la clef une date : r 635 .

La nef était sous un lambris, lequel, d'après M. de Castelnau, cachait une voûte en pierre'. Le même archéologue notait en i8583 que l'enlèvement du lambris avait démasqué le berceau, en même temps que les chapiteaux des colonnes engagées dans les murs de flanc. Ces murs, écartés de 7"70, épais de i'"o5, sont renforcés extérieurement, au droit des colonnes, par des contreforts de om8o de long sur om33 de saillie. Il est instructif d'analyser la construction sur les points où le transept se raccorde à la nef : le bras Nord se prolonge un peu vers l'Ouest; le bras Sud s'ouvrait du même côté par un arc qui a été maçonné après coup ; les piles d'angle ne correspondent pas aux colonnes engagées de la nef. En un mot, on avait, suivant toute apparence, commencé une église à trois nefs. La nef unique est-elle postérieure? A priori, le contraire est plus probable.

L'abside est tapissée intérieurement d'une arcature sur colonnettes accouplées. Les fenêtres du chevet sont ébrasées en dedans; en dehors, elles sont à ressaut, avec une paire de colonnettes. Quant aux fenêtres de la nef, elles étaient, sur le parement extérieur, très étroites et fermées d'un linteau échancré à claveaux simulés.

L'église de Lignan a souffert de restaurations qui en ont successivement altéré le caractère. Sans parler des voûtes ajoutées par le gothique décadent, le xvm' siècle et le xix' ont modifié le transept, alourdi les arcs qui encadrent la croisée3 et construit à l'Ouest du bras méridional une annexe qui s'ouvre par une porte datée de 1726. En i858, au cours d'une restauration, on s'avisa de faire des travaux qui n'étaient pas prévus, notamment de mettre les chapiteaux de la nef « en harmonie avec ceux du sanctuaire»; Drouyn revit l'église peu après et jugea les nouveaux chapiteaux « hideux ». On refit aussi des fenêtres plus grandes. Enfin, la flèche dont on avait jugé à propos de gratifier l'église fut découronnée par un ouragan en 1869 et restaurée l'année suivante.

On ne peut sans danger faire état de la sculpture, qui a été retouchée. Je signalerai, du moins, à l'extérieur, dans les fenêtres de l'abside, quelques jolis chapiteaux, et sous l'appui de ces fenêtres, toujours du côté extérieur, un cordon original, où une billette alterne avec une ou deux têtes de clous.

Loupiac, arrondissement de Bordeaux, canton de Cadillac. — Église paroissiale, soumise anciennement à Sainte-Croix de Bordeaux. Vocable: saint Pierre.

L'église de Loupiac est l'une de celles que les restaurations du xixe siècle ont le plus maltraitées. De l'édifice deux parties seulement ont gardé quelque intérêt : l'extérieur de l'abside et la façade Ouest; encore ont-elles été largement réparées. Le reste a été refait. Ce que nous pourrions dire des travaux jadis effectués à Loupiac se rapporterait à une autre église, non à celle-ci, qui est neuve.

C'était une église dont l'axe inclinait vers le Nord de 3o° environ. Elle se terminait en une abside polygonale, flanquée de deux absidioles qui s'ouvraient sur le transept. La nef était couverte d'un lambris.

Il paraît que le clocber était à l'origine un pignon ajouré, construit sur le dqubleau

1. Notes manuscrites, t. I, pp. 20-33. — 2. Notes manuscrites, t. I, p. s3. Quand j'ai fait le plan de Lignan, je croyais que les colonnes de la nef étaient récentes ; aussi ne les ai-je pas indiquées sur mon dessin. — 3. Les armoiries sculptées sur les piles du carré du transept seraient de itiîiH environ (Notes de M. de Castelnau, t. 1, p. 23).

EGLISE DE LOUPIA.C

occidental du chœur. Plus tard, on transforma ce clocher-pignon en une tour, par de trois côtés, que l'on éleva sur les murs de flanc et sur le doubleau oriental on logea l'escalier à l'intérieur et contre la façade Sud de ce même chœur. C'est sur la tour de l'escalier que portait l'un des doubleaux. Une telle combinaison surchargeait les doubleaux et, d'autre part, elle les affaiblissait.

Le résultat fut que, vers i8/|5, de sérieuses réparations s'imposaient. Duphot reçut mission de les préparer; mais ce fut un autre que l'on

l'adjonction du chœur;

Brutails phologr.

FlG. 77. — \ USTDB DE

/im25; bases,

chargea de l'exécution. Les travaux furent conduits avec une telle fantaisie que le Ministre prescrivit de les arrêter; après quoi, il en confia la direction à Paul Abadie. C'était le plus sûr moyen de transformer un malheur en un désastre irréparable.

Si l'on veut se rendre compte de la frénésie avec laquelle Abadie faisait du neuf sans nécessité, il faut comparer avec le projet de Duphot l'état des travaux en i85i . Viollet le-Duc avait vanté, dans un rapport, en i844, « la beauté des matériaux » et « la parfaite conservation des sculptures »; Abadie trouva le moyen de refaire: dans la façade Ouest, archivolte à entrelacs, i1" 76; archivolte à dents-de-scie, 5m8o; archivolte à pointes de diamant, 5m 20; archivolte à dents-de-scie et à petits diamants, premier bandeau et tailloirs, im25I; entablement au-dessus de la porte, i"'o5; toutes les dix griffes, six colonnes et cinq chapiteaux de la porte sur six;!; le pignon, etc.; —

Brutails photogr.

FlG. 78. — FAÇADE.

1. En réalité, on en a refait davantage. Je reproduis dans ce passage les expressions qui se trouvent dans l'état des travaux; mais les termes ne correspondent pas tous à la réalité : l'archivolte à pointes de diamant porte aujourd'hui des losanges, qui ne ressemblent à rien de ce qui existe dans l'architecture du pays. — 2. Le seul chapiteau ancien de la porte est celui qui est le plus au Nord. Il est tapissé de beaux feuillages stylisés.

MONOGR VPHIES

dans L'abside, premier bandeau, ira 55 ; quatre gros chapiteaux; quatre corbeaux; cordon de dents-de-scie, mètres; corniebe à boules. \ \ mètres.

L'abside, sans valoir celle de Bayon ou de Langoiran, est bien venue. Le couronnement présente des analogies avec celui de Saint-Macairc; le même ornement, à six ou huit rais, est gravé entre les corbeaux.

La façade est plus attachante. Le maître d'oeuvre paraît en avoir pris les éléments dans divers types de nos pays : à l'un il a emprunté l'avant-corps ; à l'autre, l'arcature aveugle et les arcades de Manquement. Il a combiné le tout en un ensemble heureusement compris et original, bien que cette ordonnance ne soit pas sans analogie avec La Brède.

Les cordons de moulures sont couverls d'une ornementation très riche et que la nudité des fonds met bien en valeur. Certains de ces motifs sont rares dans nos pays. La frise placée vers le liant renferme une représentation du péché originel, le Christ au milieu des onze A poires, dont l'un appuie la tète sur l'épaule du Sauveur, l'Agneau entre deux anges.

Celle façade, par ses dispositions neuves et rationnelles, « par l'harmonie des proportions, le goût de l'ornementation, le caractère de l'exécution de la sculpture, peut être rangée parmi les plus remarquables productions de l'art roman h1.

Magrigne, commune de Saint- Laurent-d'Arce, arrondissement de Bordeaux, canton de Saint- Andié-de-Cubzac. — Kglise des Hospitaliers. Vocable : sainte Ouiterie.

Magrigne est dans la Gironde le spécimen le plus réussi d'un groupe d'églises élevées par les Hospitaliers et peut-être par les Templiers, A ce titre, l'édifice mérite une étude attentive.

Le plan est un rectangle à peu près exactement orienté, renforcé aux angles et sur le milieu de chaque face longue par des contreforts. La largeur intérieure égale 6"' 83; l'épaisseur des murs, i'"66, soit près du quart de la largeur dans œuvre ; les contreforts ont o'" 3/j de saillie. A l'Ouest, sont percées une porle et une fenêtre; à l'Est, trois fenêtres; au Sud, une porte de service. Au Nord, dans l'épaisseur du mur, on a logé l'escalier conduisant à la chaire. Pas de fenêtres latérales, à cause des constructions qui étaient élevées sur l'un et l'autre liane, ainsi qu'en témoignent le solin et les files de corbeaux qui sont destinés à recevoir les faîtes des appentis. Solin et corbeaux se prolongent sur la face Ouest, afin de faciliter l'établissement d'un porche qui n'existe plus.

La construction est très soignée, d'un moyen appareil superbe; les assises, bien réglées, ont o'" de bautcur. Un banc court à l'intérieur, le long des murs, jusqu'au sanctuaire exclusivement; la moulure de soubassement repose sur le banc. Si on construit au-dessus de

i. Archives des Monuments historiques.

FlG. 79. — l'I.VN 1>P L'ÉGLISE OD MAGRIfiXE. (Extrait du Bulletin de la Société archéologique, t. XXVII

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