EGLISE DE SOULAC
Vers 1860, le cardinal Don net résolut de dégager la vieille église et de la rendre au culte. L'entreprise paraissait chimérique: les maçonneries étaient, pensait-on, en fort mauvais état; de plus, et surtout, une nappe d'eau s'élevait à 3m5o environ au-dessus du vieux sol. Le cardinal passa outre; il déblaya l'intérieur et creusa, à l'extérieur, une énorme cuvette, du fond de laquelle surgissait l'église; après quoi, il confia les travaux à Charles Durand, qui se mit à l'oeuvre vers les premiers mois de 1864.
Voici, d'après un rapport de cet architecte, en date du 10 septembre de la même année, quelles étaient, à l'ouverture du chantier, les principales dégradations du monument.
xne siècle.
xive-xve siècles.
Parties démolies.
xixe siècle.
Fie. 11 5. — plan de l'église de soi lac. Dessin rte M. Rapine.
« A l'intérieur, les dégradations les plus saillantes étaient la dislocation de deux piliers près du transept; l'absence d'une archivolte et d'une travée entière de voûte joignant ces piliers; la dislocation de l'archivolte suivante vers le chevet et au Midi; une brèche inquiétante à la clé du grand arc de lavant-chœur; la situation grave de ce qui reste du chœur et de l'abside du xive siècle, ainsi que de la chapelle de sainte Véronique; diverses brèches dans les voûtes; l'absence de trois arcs, pour le rang inférieur de claveaux; le mauvais état de la surface des voûtes.
» A l'extérieur, en outre des dégradations de l'abside el de la chapelle de sainte Véronique, on remarquait le délabrement de l'extrados des voûtes; le mauvais état des murs en surhaussement des murs latéraux ou goutterots, surhaussements construits lors des guerres de religion; divers mouvements et lézardes, provenant soit de tassements, soit de la poussée des sables.
» Enfin, il est à peine besoin d'ajouter que partout, et surtout à l'extérieur, les parements sont dégradés, parfois salpètrés; que la grande porte romane et les bras du transept sont détruits jusqu'au niveau du sol du xive siècle; que toute l'église est dépourvue de charpente et de couverture. »
Le programme de Durand était de poursuivre les déblais extérieurs, d'arrêter les dégâls des maçonneries par des abris provisoires, de déraser les surhaussements, de consolider les parties portantes, murs, contreforts, piles et arcs, de mettre les voûtes en état, de compléter les murs longitudinaux bâtis sur les grandes arcades pour supporter la charpente et de refaire cette charpente, enfin de relever les absidioles et le transept. En 1868, le devis des projets qui restaient à réaliser dépassait i(io,ooo francs.
Les constructions existantes étaient restaurées; les parties disparues n'étaient pas
MONOGRAPHIES
reconstruites et elles ne l'ont pas été depuis, à l'exception des absidioles, que Ton vient de rebâtir. Le déblaiement ne peut pas être achevé: l'eau allleure parfois le plancher, bien que les bases soient profondément enterrées,
Le chantier était à peine fermé quand les Domaines s'avisèrent que l'église, acquise par l'Etat en 17V1, leur appartenait, et ils songèrent un moment à la mettre en vente!
Notre-Dame de Soulac est une église à trois nefs orientée vers l'Est-Sud-Est; elle avait de plus que Vertheuil, sa voisine, un transept; mais elle a de moins le déambulatoire. L'axe de
l'abside est très sensiblement incliné vers le Nord, de o'"35 à o"'/io, suivant Mezuret1. La porte primitive était pratiquée dans le mur méridional, au droit de la seconde travée à compter de l'Ouest. I ne autre porte, du xiu' siècle, s'ouvrait, au Nord, sur le cloître.
La nef a quatre travées, plus le carré du transept. Le chœur, assez long, communiquait avec chacun des chœurs collatéraux par un arceau dont le sommet émerge au-dessus du sable.
Les piliers sont formés de la combinaison de quatre pilastres, armés chacun d'une colonne engagée; les supports montés sur la paroi intérieure des murs de flanc comprennent deux pilastres ressortant l'un sur l'autre. Les deux piliers placés entre nef et transept sont plus vigoureux que le reste des piliers, et celui du Nord renferme un escalier: on a conclu de l'un et l'autre fait que la croisée du transept portait une tour. De cette tour il ne reste rien; mais tout l'édifice a été si profondément modifié que l'absence de vestiges n'est pas une preuve. L'hypothèse d'une tour centrale est assez vraisemblable 2 , d'autant que le clocher actuel, élevé sur l'angle Nord de la façade, n'appartient qu'à la période gothique avancée, et l'église romane devait avoir un clocher.
Les maçonneries de la nef, assez pauvrement exécutées, étaient chaînées à l'aide de contreforts plats. Drouyn a relevé près du transept quelques marques de tacherons.
Les grandes arcades sont en plein cintre à deux rouleaux. Les doubleaux, qui sont à deux rouleaux également, et les berceaux des voûtes sont en arc brisé. Les murs sont déversés vers l'extérieur; leur surplomb, accusé par la verticalité du parement des contreforts, qui ont été
1. Op. cit., p. 214. - 2. I n croquis au crayon de la restauration projetée par Charles Durand figure une tour centrale. Suivant le marquis de Castelnau (Notes, t. IV, p. i33),cet escalier était sensiblement postérieur au pilier.