LES CHARPENTES
exemple1. L'annaliste de La Sauve, Dom Dulaura, dit au sujet de l'abbé Jean II de Larmendie (i5oi-i523) : « Il fit faire la charpente de nostre église, qui est quelque chose de très beau2.»
Le cas s'est présenté également d'églises dans lesquelles on a tourné une voûte après coup au-dessous de la charpente : à Cadillac, à Baurech, à Guitres. La nef de Pomerol était lambrissée en 1739 et 1772 3; elle avait, en 1892, un berceau assez bas et une jolie charpente.
Les charpentes sur voûte sont souvent misérablement exécutées et très négligées ; il n'est pas rare que les entraits pèsent sur la voûte et y causent, comme à Saint-Quentinde-Baron (fig. 199), de graves désordres. La réfection des charpentes est, à l'heure présente, l'un des gros soucis de l'administration des Monuments historiques.
Charpentes posées sur arcs transversaux.
— La Gironde ne possède pas d'exemple ancien de charpente posée
sur des tympans de maçonnerie, eux-mêmes bâtis sur des arcs transversaux; mais en face de deux églises, gothiques l'une et l'autre, je me suis demandé si elles n'avaient pas été jadis couvertes de cette façon : celle de Sauros, dans la commune de Birac, et celle de Monségur. À Sauros, cette hypothèse est très fragile. L'église de Monségur esta une nef flanquée, au Sud et au Nord, de chapelles latérales; en 1708 et en 1769, la nef n'avait ni voûte ni lambris4. Une délibération de cette dernière date porte que l'église a été précédemment voûtée ; il s'agit sans doute d'une voûte moderne en briques à plat: ce ne pouvait pas être un berceau en pierre, parce que la largeur du vaisseau, la plantation des murs et la présence des fenêtres s'y opposent; une voûte sur croisée d'ogives est improbable, car on a dû, pour construire celle qui existe, reprendre les contreforts, qui étaient insuffisants; il se peut que la nef ait été couverte d'une charpente posée sur des arcs transversaux. Cette conclusion est d'autant plus admissible que Monségur était une bastide et que les églises des bastides étaient d'une architecture économique et rationnelle. Deux églises construites pendant le xixe siècle, Les Églisottes et Macau, ont des arcs transversaux portant des pignons sur lesquels reposent les pannes.
Les toitures. — Les toitures ne donnent pas lieu à des observations particulières, sauf dans les absides de Sainte-Radegonde et de Saint Romain-de-Vignague et dans l'absidiole de Saint Georges-de-Montagne, lesquelles sont couvertes de dalles en pierre. Cette disposition devait être plus fréquente jadis : presque partout elle a disparu, et même, à Saint-Romain, elle est dissimulée sous un toit de tuiles. La toiture de Sainte-Radegonde présente un ressaut au pied de chaque file de dalles. Quant à la toiture de Saint-Romain, elle est en mauvais état et on peut aisément en étudier la construction : les dalles sont plus épaisses du haut et posées sur un lit à peu près horizontal; la face inférieure ressaute donc, mais la face supérieure est
1. 1710. Rapport d'experts (H 021). — 2. E suppl. 12/12, liv. IV, ch. ig. — 3. 1739 (H 648). 1772 (Fonds de Malte, registre 9 de visites, fol. i45). — 4- E suppl. 32Û5 et 3273.
la construction : les couvertures en bois
lisse. A Mazerac, près de Castels-en-Dortbe, l'extrados du cul-dc-four apparaît sous le toit, qui est monté sur des polelets; j'ignore si cette voûte étail à nu autrefois. 11 ne subsiste rien des toitures de métal qui furent en usage de bonne heure, — Fortunat cite le toit d'étain de la basilique Saint Vincent, peut-être située dans le diocèse de Bordeaux1, — et qui restèrent en honneur durant le Moyen-Age2.
En somme, l'étude des divers modes de couverture et leur répartition chronologique ne laisse pas d'être intéressante. M. Victor Mortet3 a dernièrement insisté sur ce que l'histoire architecturale de la France se résume, pour une bonne part, en une lutte entre le bois et la pierre, entre les charpentes, avec ou sans lambris, et les voûtes. Il semble que le Bordelais et le Bazadais romans, gothiques et modernes aient conservé à la charpente plus d'importance que le reste des provinces du Midi et du Centre. Au xvn° siècle encore, même de belles églises comme Francs n'ont de voûte que sur le chevet. D'autre part, si les charpentes de type roman sont plates, d'autres charpentes, à Baurech, Cadillac, Guitres surtout, sont hautes et portent une toiture aiguë. Les combles développés ne sortent pas de la tradition locale.
i. Ed. Nisard, p. 5i. Cfr. Abbé Catien, dans son éd. de Lopès, t. I, p. 1 8i, note. — a. Voir plus haut, p. 3, la monographie de Saint-André de Bordeaux. — 3. Recueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture en France au moyen âge, Introduction, pp. xxxm et suiv.
Brutails photogr.
FlG. 19a '"s. — CHEVET DE lY:GLISE SAINT-PIERRE DE BORDEAUX.