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CHAPITRE IV

La construction : les arcs et les voûtes

La voûte en Bordelais. — L'arc et le berceau; position: berceaux transversaux; tracé: surbaissé, en fer-à-cheval, en plein cintre, en arc brisé. — L'arc brisé: ses débuts; persistance du plein cintre; progrès et persistance de l'arc brisé. — Le tracé des arcs brisés. — La construction des berceaux et des arcs: ressaut à la naissance; épaisseur des voûtes; extradossement des arcs; clefs saillantes; dimension des claveaux. — Les doubleaux: définition et rôle des doubleaux; conséquence des doubleaux: piliers alternés; doubleaux de tète ; dimensions des doubleaux; doubleaux à ressaut. — Les déformations des berceaux.

L'arc-de-cloître et le cul-de-four. — La coupole sur trompes. — La coupole sur pendentifs: caractère adventice, évolution. — Les arcs de soutien: sans ressaut et à ressaut, en plein cintre et brisés. — La projection et le galbe de la calotte. — La construction des coupoles: plan des joints de lit; absence de galerie; combinaisons suivant lesquelles les arcs de soutien se rencontrent aux naissances; plan oblique de la tète de ces arcs; trous dans leur intrados; moulure à la naissance de la calotte. — La coupole à pendentifs non distincts. — Liste de coupoles girondines.

La voûte à pénétrations et la voûte d'arètes.

La croisée d'ogives: ses débuts; ses diverses places dans l'édifice. — Ses raisons d'être: servir de couvre -joint, consolider les clochers, décorer la voûte, la porter. — Le plan des voûtes: allongement habituel dans le sens de l'axe. — Le nombre et le tracé des nervures : voûtes sexpartites, voûtes à liernes, voûtes en étoile; expédients pour prévenir le bombement des voûtes. — L'appareil des quartiers de remplissage: pi'ojection des joints délit; coupole nervée. — Les clefs des ogives. — Les formerets : voûtes dépourvues de formerets; voûtes à formerets développés. — Les naissances des nervures: tablettes saillantes; congés; suppression de nervures aux naissances. — Persistance de la croisée d'ogives.

La voûte en Bordelais. — Grégoire de Tours1 mentionne à Bordeaux une crypte dont la voûte était ancienne, « ab antiquis transvolutum » . Plus tard, vers l'an mille, Aimoin2 décrivait une chapelle de Gasseuil accolée à une église et voûtée en briques. La voûte de la crypte pouvait avoir été faite par les Romains et celle de la chapelle de Casseuil également. Il existait, en effet, à Gasseuil un vaste palais dont il reste un débris dans la sacristie de l'église paroissiale: c'est une frise romaine de basse époque3; le palais carolingien serait une villa et la chapelle, une dépendance de cette villa, de même que la cathédrale de Spalato est une salle du palais de Dioclétien'1.

Certains cantons abondamment pourvus de pierre à bâtir, tels qu'une partie de l'Entredeux-Mers, ont tourné de belles voûtes romanes et gothiques. Pendant la période moderne, aux xvir" et xvme siècles, le Bordelais attira des architectes et des ouvriers très habiles; parmi ses voûtes, ses trompes, ses encorbellements, il en est, à Notre-Dame-de-Bordeaux (fig. 192""'), par exemple, qui sont des chefs-d'œuvre de stéréotomie.

Nous allons passer en revue les divers genres de voûte qui ont été en usage dans le pays.

Les voûtes en berceau: position et profils. — Les voûtes les plus fréquentes à l'époque romane sont les voûtes en berceau. Elles sont dans le sens du grand axe : les berceaux transversaux ne se rencontrent que dans le déambulatoire de Vertheuil (fig. 1/19)5, où ils ont la

1. Historia, VIII, 34; éd. Gaston Collon, t. II, p. 80. — 2. Voir le commentaire de Quicherat dans ses Mélanges, Moyen-Age, p. i32. — 3. J'ai publié cette frise dans V Album d'objets d'art des églises de la Gironde, pl. 1. — h. Cfr. Brutails, La Frise de Casseuil, dans la Revue des Études anciennes, 1907, pp. 267-268. — 5. M. Enlart a donné une vue de ces voûtes dans son Manuel d'archéologie, t. I, p. 273.

LA CONSTRUCTION : LES ARCS ET LES VOUTES

forme de demi-troncs de cône, et sur les bas-côtés de Saint-Seuriivde-Bordeaux (fîg. i5), où ils sont très courts, des formerets plutôt que des berceaux proprement dits.

Le tracé des arcs et des berceaux peut être en plein cintre, brisé, surbaissé, en fer à-cheval.

Ces deux derniers tracés sont rares : dans la porte de Loubens, qui ne remonte peut-être pas au Moyen-Age, la voussure externe décrit un arc bombé qui mesure i"'io de flèche contre 2"'6/| de corde. Le xvn' et le xvuie siècle ont construit des arcs surbaissés de courbe plus savante, sans doute une moitié d'ellipse, à Notre-Dame de-Bordeaux et à Barsac. Tandis qu'au Moyen -Age on donnait aux arcs les plus élancés une forme brisée et aux autres une forme en demi-cercle, pendant les derniers siècles, les arcs élancés sont en plein cintre et les autres sont surbaissés. On trouve cependant au clocher de Lège une fenêtre en arc brisé qui porte sur un jambage la date de i666T.

Drouyn avait relevé à l'église d'Izon, dans certains doubleaux de la nef, cette particularité que le tracé est légèrement outrepassé. Une telle figure n'est pas raie en d'autres pays : à Paris, Saint-Germain des-Prés et Saint-Julien le-Pauvre en fournissent des spécimens. L'arc en fer à cheval est plus nettement accusé dans les formerets de deux clochers voûtés d'ogives : Saint-André de-

FlG. If)5

Brutails pm

NOTRBf-DAME DE BORDEAUX.

Cubzac au premier étage (fîg. iau), et Macau, au rez-de-chaussée (fîg. ig3). La crypte de Saint-Seurin de Bordeaux renferme une dalle, sans doute carolingienne, qui a la forme d'un arc en mitre ajouré d'un arc en fer à-cheval (fîg. 21/1).

Des berceaux en plein cintre couvraient quelques grandes églises romanes : la nef de Vertheuil (fîg. i5o), les chœurs de Lignan, de La Sauve, de Bions, de Saint-Ferme, etc. On revint à cette forme durant les xvie-xvme siècles. Au Moyen-Age, les berceaux brisés sont les plus nombreux: dans les églises des Ordres militaires, les voûtes appartiennent à ce type; de même dans les trois nefs de Soulac (fig. 116), dans le chevet de Saint-Palais-Lalande, dans partie au moins des églises paroissiales de Naujan, Parsac. Bauzan, Moulis, Puisseguin, Masseillcs, dans la chapelle bénédictine Saint-Nicolas du port de Génissac, etc.

L'arc brisé : ses débuts et ses progrès. — Il ne serait pas sans intérêt de déterminer à quel moment l'arc brisé a fait son apparition dans le pays; mieux vaut déclarer tout de suite

qu'on n'en sait rien. Ce qui est certain, c'est, d'une part, qu'il était d'emploi courant au

1. Dans les deux chapelles do l'église de Beychac, l'arc d'ouverture sur la nef est surbaissé et les fenêtres, qui remontent apparemment à la même date, sont brisées, avec un remplace de style flamboyant abâtardi.

Brutails delin. FlG. 193. — N AISSANCE DES VOL TES DE L'ANCIEN CHEVET DE MACAU.

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