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CHAPITRE ONZIEME

SÉVILLB (sLiTF.).

'L'Alcazar. — Pierre le. Cruel el Maria de Padilla . — l.a tour de l'Or cl ses jardins. — Les promenades. — Les toreros en petite tenue. — Luc escucla de baile.

L'Alcazar est situé tout à cdlé de la cathédrale. Devant le portail du transept opposé h celui de la couv des Orangers se trouve une large place, laplazadelTriunro dont une des faces est occupée par les premières tours de l'Alcazar et l'autre par la casa Lonja. La casa Lonja est un édifice d'un style désagréable et lourd, dû à Herrera, un grand bâtiment carré au toit décoré d'une balustrade à grosses boules et de quatre py-

ramides aux angles. Le patio de cette caserne est d'un aspect plus agréable par bonheur ; Tédifice est occupé par le tribunal de commerce et par les Archives des Indes*

En face de la Lonja commence la grande enceinte de murs crénelés qui entoure l'Âlcazar. Entre les tours, des petites maisons blanches se sont accrochées aux murailles aussi blanches qu'elles ; la première cour dans laquelle on pénètre est tout entière bordée de ces bâtiments et de ces tours crénelées, c'est la partie guerrière de l'Alcazar, chargée de défendre le palais des vieux rois maures, bijou précieux que les rois castillans ont plus ou moins détérioré.

Le palais proprement dit est au fond de la cour. La cour de la Monteria, ainsi nommée parce que sur les côtés se trouvaient les logements des Monteros de Espinosa, descendants d'une far mille qui possédait le privilège de fournir la garde particulière des rois. La façade se compose d'un grand portail décoré de haut en bas des plus belles fioritures de l'art arabe, flanqué de hautes murailles, nues jusqu'aux deux tiers de leur hauteur et ouvertes ensuite par une belle galerie d'arcades disposées trois par trois, soutenues par de hautes colonnettes blanches; dans le portail, ces arcades sont plus petites et plus ornementées.

Que dire de l'intérieur? Malgré les transformations opérées par les rois et particulièrement par Charles-Quint, malgré les restaurations et et les faux embellissements, c'est encore le plus charmant ensemble de décors d'opéra qui se puisse voir. Cela n'a pas la poésie et le grandiose de l'Alhambra, bâti au sommet d'une forteresse dont les tours en ruines sont escaladées par une forêt touffue, mais c'est gai, vivant et ensoleillé.

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Le pla$ ravissant de ces décors d'opéra est le patio de las Doncellas, entouré d'aue galerie d'arcades dentelées, soutenues par de petites colonnes de marbre blanc ; il n'est pas un pouce des murs de ce patio qui ne soit couvert d'ornements; au-dessus des arcs, de délicates arabesques de stuc forment des dessins réguliers, ou s'enroulent dans les frises, sous la colonnade brillent les azulejos, carreaux de faïence vernissée, disposés en figures géométriques à dessins d'un bleu vif.

Le centre du patio est garni de fleurs et de plantes à larges palmes, entourant la vasque d'une fontaine. La galerie supérieure est de Charles-Quint. Ce patio étincelant s'appelle le patio de las Doncellas, parce que les rois maures recevaient sous ses arcades un tribut de cent jeunes filles payé par le royaume de Léon, jolie scène d'opéra cadrant bien avec le décor.

Au fond du patio s'ouvre la salle des Ambassadeurs, grande pièce carrée très haute, absolument couverte d'azulejos et d'ornements de stuc compliqués au possible, où se mêlent les dessins arabes et les écus blasonnés de Caslille, les tours et les lions héraldiques. Ce sont des sculpteurs arabes venus de Grenade qui ont décoré celle salle pour le compte de Pedro le Cruel. Le plafond est une coupole en média naranja, moitié d'orange, peinte et décorée comme le reste, commençant audessus d'une série de portraits de rois de Cas tille, trop élevés pour qu'on puisse les bien voir.

Malheureusement beaucoup des carreaux de faïence qui garnissent le bas des appartements et des galeries de l'Alcazar sont tout simplement simulés en peinture h la détrempe, les anciens azulejos ayant péri dans le cours des siècles.

tri LLS V.EILLES VILLES D'ESPAGNE.

A^r^> Ir p.i:I-j tle lis DoDcellas et le salon de Embaj adores, il rv^te i ^:-:r le pi:io Je las Mohecas, plus petit et tout aussi e'-lz^celi::!- q^-rljies pitîos plus ordinaires, petits jardins rempli ijrizzi:ry. Je rl^^iers et de bananiers, quelques salles où le Enirtre, le stjc eila faïence riTalisent d'éclal. Puis des app•^irtez:eL:^ r:}iux, le salon mauresque d'Isabelle 11, Foratoire de Ferlin ici ;e Citiijlipe, rappartement de Pedro le Cruel et celiii Je MiTÎa Je Pililla, l'épouse de la main gauche de ce mi B^e-lleje si peu commode avec ses épouses de la main droite. Pedro et Maria de Padilla remplissent de leurs souvenirs tout TAlcaiar. Ici« Pedro Gt assassiner son frère don Fadrique. plus loin il lit suspendre les têtes de quelques magis* trats coupables sans doute d'avoir refusé quelque complaisance. Au dehors, sous les murailles, Pedro fit massacrer un roi maure de Grenade, Abou Saîd Alhamar, Tenu en grande pompe implorer son amitié.

Avant de gagner les jardins, le guide conduit le visiteur aux bains des sultanes, vaste pièce d'eau jadis à ciel ouvert comme celle des patios, et maintenant renfermée sous les voûtes d*une galerie gothique. Au temps de Pedro, Maria de Padilla remplaça les sultanes et s'y baigna au grand soleil ; Pedro le Cruel admettait ses courtisans au spectacle des ébats aquatiques de la belle favorite et, tout en devisant gaiement, poussait la galanterie jusqu'à boire un peu de Teau des bains, galanterie que les bons seigueurs s'empressaient d'imiter.

Un jour, Pedro, voyaut qu'un de ses amis s'était abstenu de faire la galaule libation comme les autres, lui demanda la raison de ce min.luc de courtois'e, et reçut cette réponse : —

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Âh ! seigneur roi, excusez-moi, je me connais; après avoir goûté la sauce, je voudrais goûter à la perdrix.

Les jardins de TAIcazar, étages sur divers plans, sont merveilleux. C'est d'étage en étage un fouillis d'arbres et de fleurs coupé par de petites allées briquées où se voient encore les traces d'une autre invention de Pedro. Des lignes de petits trous entre les briques sont les orifices de minces jets d'eau qui peuvent encore, quand on veut les faire jouer, jaillir en Tair et donner aux promeneurs l'illusion d'une pluie à l'envers.

Les masses sombres des figuiers, les sveltes panaches de palmiers, les massifs d'orangers piqués de taches d'or, les allées d'ifs et de grands buis taillés, sont dominés d'un côté par une grande colonnade rocaille dans le genre de la fontaine des Médicis au jardin du Luxembourg, commençant au-dessus du réservoir, grande pièce d'eau située sur une terrasse d'où l'on embrasse une vue générale des jardins.

Les bâtiments qui s'aperçoivent sur les autres faces des jardins sont d'aspect plus mauresque ; ce sont de hautes murailles, blanches à crever les yeux, percées seulement dans les étages supérieurs de petites fenêtres en fer à cheval, ou par des galeries d'arceaux arabes éclairant les anciens appartements des sultanes, puis des terrasses, presque marocaines avec le bleu du ciel et les palmiers qui s'élancent au-dessus des patios, puis des tours à créneaux pointus.

Au centre des jardins, non loin d'une autre pièce d'eau appelée Bain de la sultane, se trouve un petit pavillon circulaire, plaqué d'azulejos, construit par Charles-Quint, pour y passer ses heures de rêverie. Par les ouvertures de cette retraite em-

baumée, Tempereur pouvait apercevoir toutes les parties du jardin et jouir en toute tranquillité de la magique féerie apprêtée par Fart et jouée parla nature. Nous aimerions mieux cela que Saiut-Just.

L'Alcazaret ses jardins sont complètement entourés de murailles blanches à tours carrées, se perdant parmi les maisons en descendant vers le Guadalquivir, interrompues ensuite par les transformations opérées pour la fabrique de tabac et pour les promenades, mais se retrouvant plus loin dans toute leur intégrité, et rejoignant les murailles delà ville.

Autour de TÂlcazar circulent des petits passages à nombreux zigzags, des petites rues blanches et tranquilles où tous les balcons des maisons silencieuses semblent se cacher sous les toiles flottantes.

Entre le Guadalquivir et FAlcazar se trouvent quelques rues pittoresques occupées par des ateliers de serruriers, de menuisiers, par la douane et par les entrepôts devant lesquels stationnent toujours des muletiers et des charretiers.

Sur le quai planté d'arbres, et grillé tout de même par le soleil, il y a quelque mouvement, de grands et de petits navires sont amarrés sur les deux rives, un bateau à vapeur descend le fleuve, et dans le lointain se dessinent quelques hautes mâtures. Au bout du quai se dresse la tour de TOr, remarquable par sa situation sur le bord du fleuve, à Feutrée de la promenade de Cristina, et importante par la place qu'elle tient dans rhistoire de Se ville.

Cette vieille tour aux briques d'un beau ton doré est à trois corps, le premier très large surmonté d'une plate-forme à cré-

neaux, et le second très étroit, également crèûelé; le troisième semblable à une lanterne de pliare est une petite togetie à coupole coQverle de faïences à reflets verts. On fait remonter sa coDstructioa aux Romains, mais les Arabes y travaillèrent aussi ; longtemps elle servit de phare ati pori, qui se fermailpar

nue chaîne partant de ses murailles pour aller s'accrocher en face au faubourg de Triana. Pedro le Cruel y enferma ses trésors <;t aussi ses maltresses, quand la favorite en titre, Maria de Padilla occupait l'Alcazar, notamment doria Aldonza Coronel, venue à Séville pour demander la grâce de son pfere et de son mari, déjà exécutés. Plus lard, on y déposa l'or apporté d'Amérique

par les galions, aujourd'hui ce sout de simples douaniers qui rhabitent.

La tour de TOr était jadis reliée àTAlcazar par des murailles qu'on abattit pour faire au bout du quai le paseo de Cristina, jolie petite promenade au centre de laquelle on a ménagé un vaste rond-point, le Salon, garni de bancs de marbre» ombragé par de grands et magnifiques arbres. La fraîcheur règne sous ces voûtes de verdure, tandis qu'à côté, le soleil brûle le pavé. Au fond des avenues apparaissent, violemment éclairés, les palmiers des jardins San Telmo.

Le palais San Telmo appartenant au duc de Montpensier est un immense édifice à la façade brillante et surchargée. Le grand portail est particulièrement ornementé, Tarchitecte s'est plu à torturer les lignes et les marbres de façon à faire une entrée ouvragée comme un bibelot. Les jardins sont merveilleux, malheureusement, le palais étant fermé, nous n'avons pu les voir qu'en faisant le tour à l'extérieur, ce qui n'a fait qu'ajouter à nos regrets. Des bouquets de palmiers, des touffes de plantes tropicales, jaillissant au-dessus des murailles nous donnaient une idée haute, mais bien incomplète, des splendeurs de l'intérieur où les arbres les plus rares, les plantes exotiques et toutes les curiosités végétales des pays du soleil ont été réunis et poussent merveilleusement sous le ciel de Séville.

La grande promenade à Séville est le Prado, absolument semblable à un bois de Boulogne quelconque, derrière le palais San Telmo. C'est tout ce que l'on peut imaginer de moins espagnol, comme public et comme promenade ; entre cinq et six heures de l'après-midi, on peut voir là les mêmes calèches,

les mêmes cavaliers et les mêmes amazones qu'au tour du lac parisien. Seuls, quelques toreros détonnent au milieu des chapeaux noirs et des redingotes ; ce n'est pas qu'ils soient bien beaux, mais ils se tiennent admirablement à cheval.

Séville étant un centre de tauromauchie, on rencontre beaucoup de toreros ; dans la calle de las Sierpes, ils ont certains cafés attitrés oîi l'on en voit toujours trônant au milieu d'un cercle d'admirateurs. Désillusion I Ces messieurs sortis de la plaza de Toros ont une tenue peu prestigieuse, et ressemblent beaucoup à des acteurs de province en quête d'un engagement. À l'heure correspondant à l'heure de l'absinthe sur nos boulevards, ils arpentent par groupes les dalles de la calle de las Sierpes en dégustant une cigarette éternelle. Voici le dernier genre : figure rasée, grand sombrero de peintre en décors, petite veste serrée à la taille, pantalon gris collant, pas de cravate et des diamants à la chemise. Signe particulier, derrière la tête : une toute petite queue de cheveux nattés, presque imperceptible, relevée à la japonaise.

Hélas! hélas I Où est le torero à pompons de jadis? Où est le chapeau andalou d'antan ?

Autre désillusion cruelle ! Le moderne barbier de Séville^ le petit fils de Figaro manque aussi complètement de prestige ; il n'a rien gardé du galant costume de son grand-père, et par quoi Ta-t-il remplacé? par quoi, ô honte I par une grandissime chemise descendant presque sur les talons, il la passe sur ses vêtements et elle lui sert de tablier ! de plus, affligeant mépris de la tradition, aucune guitare n'est accrochée dans sa boutique, en tous points semblable à celle d'un vulgaire raseur parisien.

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