LES LIMBES
Point de nids dans les rameaux souples; Point d'oiseaux au bord des buissons, Pour chanter les douces chansons, Qui font rêver d'aller par couples.
Et sous leurs voiles aux longs plis, Faits de brumeuses mousselines, Elles vont, âmes orphelines.
De qui les temps sont accomplis.
Elles n'ont point connu sur terre Les lèvres douces de l'Amant; Leurs jours ont passé lentement.
Dans une attente solitaire.
Leur bouche ignora les aveux, Et leurs émois sont restés vagues; Leurs doigts n'ont point porté de bagues; Nul n'a dénoué leurs cheveux.
Elles ont passé dans la vie, Sans savoir qu'on en peut souffrir; Car l'heure même de mourir Fut douce à leur âme ravie.
Toutes, quand elles ont quitté Le monde des amours charnelles.
Elles gardaient dans leurs prunelles Le calme et la limpidité.
Mais dans leur foi, cœurs sans reproches,
Vierges d'ivresse et de remord.
Elles croyaient que par la mort
Les cieux promis seraient plus proches.