A la droite du tableau
engagé entre les feuillets d’un livre entr’ouvert', la main droite tendue en avant soutient le corps du Bambino. Ce mouvement entraîne et incline la tête de la Vierge, qui se rapproche de celle de son Fils, comme pour mieux prouver la ressemblance de leurs traits et l’identité de leur foi. Le même amour, en effet, on pourrait presque dire la même douleur, commence à les pénétrer tous les deux. Déjà, dans le cœur de Marie, on entend comme un écho lointain des sanglots de Rachel. Cette Vierge, sous les dehors les plus humbles et sous l’apparence la plus calme, est vraiment touchante. On reconnaît le type que l’on a vu tout à l’heure dans la Sainte Famille au Palmier et que l’on avait vu aussi dans la Vierge du palais Tempi*. Le visage a de part et d’autre une forme presque semblable : c’est le même front un peu fuyant, la même bouche, et ce sont aussi les mêmes yeux. La même Florentine , parée de sa jeunesse et de sa fraîcheur, s’est encore une fois placée devant Raphaël, et lui a inspiré quelque chose de moins pathétique peut-être que la Madonna Tempi, mais de plus vif et de plus voisin de l’idéal que la Vierge au Palmier. Cette créature mortelle est charmante, et elle est vue sous un jour qui exalte singulièrement sa beauté. « La vraie marque de l’innocence, dit Bossuet, c’est la douceur, » et il y a dans cette jeune âme
1 . Ce livre est relié de noir, et les tranches en sont dorées.