‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 107 sur 226 · Presque couleur lilas · texte numérisé non relu

Presque couleur lilas

4. Ce manteau est jeté sur l’épaule droite et enveloppe le bas de la figure.

temps ravissent et enchantent la terre. Les prairies étendent sous les pieds de la Vierge, de l’enfant Jésus et de S1 Joseph leurs gazons et leurs fleurs. On aperçoit sur un plan secondaire, à gauche, des fabriques parmi lesquelles s’élève une église adossée à un escarpement; au centre, un cours d’eau, bordé de frais ombrages; à droite, des arbres, dont les rameaux légers et rares se balancent dans l’atmosphère bleue; au fond enfin, de hautes cimes azurées, qui sont comme la couronne de ces horizons limpides, lumineux, profonds, presque infinis. De petites figures rappellent l’épisode de la Fuite en Égypte.

Ce tableau appartient au temps où Raphaël était à Florence entouré d’une nature aimable et d’une société charmante. Son âme alors s’ouvrait d’elle-même et trouvait partout les éléments de la beauté. Tout lui souriait, rien ne le détournait de sa voie. Il obéissait à la réalité et la soumettait en même temps à ses inspirations. Les trois personnages de la Sainte Famille du musée de Madrid sont fidèlement copiés sur des modèles vivants, mais interprétés avec une émotion religieuse qui fait aimer à la fois l’Évangile et l’humanité. Les types sont vrais, vivants, parfaitement chrétiens. Les chairs sont blondes et blanches; il semble qu’on voie l’âme à travers les corps. Les vêtements eux-mêmes font presque partie de l’être moral. La couleur est heureuse, fraîche, limpide, composée de tons simples qui se cherchent par affinité, se rapprochent, s’unissent, et produisent une mélodie dont

chaque note est sonore autant qu’harmonieuse. On dirait un bouquet des champs, dont toutes les fleurs s’ouvrent ensemble en une matinée de printemps, pour répandre dans l’âme un rayon de bonheur, une sensation de fraîcheur, un sentiment d’espérance

4. « Une légèrn esquisse à la plume de cette Sainte Famille se trouvait dans la collection Crozat ; elle passa ensuite dans celle de Mariette. On ne sait pas ce qu’elle est de\enue. » (Passavant, t. Il, p. 55.) — Nous avons vu jadis une belle répétition de ce tableau dans la galerie du comte Castelbarco, à Milan. Elle avait été achetée 42,000 scudi d’une famille romaine, en 4840. La galerie Castelbarco est maintenant dispersée, et nous ne savons où est allée cette copie.

— On cite une autre copie de la même peinture chez le chanteur Niccolô Tacchinardi ; elle provenait de la maison Gerini, à Florence.

— On pourrait en mentionner encore une autre à Pavie, dans la galerie du marquis Malaspina da Sannazaro ; une encore également au musée de Cassel, dans laquelle est ajouté le petit S1 Jean couché près d’un lapin. — Le musée d'Angers possède aussi un charmant exemplaire de cette peinture... En cherchant bien, on en trouverait certainement d’autres, car de tels tableaux ont dû être souvent reproduits.

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