Uossuct, t. XVI, p
traîner vers la gauche le centre du tableau. Au point de vue religieux, il montre que, avec Jésus, on peut être grand sans éclat.
Les trois figures de Jésus, de Marie et de Joseph se détachent, plus grandes que nature, sur la draperie d’un rideau vert très-foncé. C’est presque un fond perdu, sur lequel la Vierge et l’Enfant paraissent comme deux lumières, tandis que S' Joseph s’efface dans un demi-jour qui confine à l’obscurité. Raphaël est là déjà dans la plénitude de sa force et de son génie. Une telle conception a, dans son extrême simplicité, quelque chose d’épique, qui donne l’intelligence de ces régions calmes, immuables, où la vie se transfigure pour l’éternité. L’esprit chrétien fait alliance dans cette peinture avec le goût classique, le transforme sans l’amoindrir, et lui imprime l’accent religieux. Les figures agissent, mais sans s’agiter; elles montent, mais sans faire de bruit. Sous une forme presque plastique, elles possèdent la vie, la chaleur intérieure. On a rarement rendu plus sensible et plus pénétrante cette action paisible et intérieure de l’amour divin.
Cette Sainte Famille, pour laquelle Vasari exprime la plus vive admiration 1 , fut peinte par Raphaël pour le cardinal Riario, qui la plaça, à côté du portrait de Jules II, dans l’église de Sainle-Marie-du- Peuple à Rome. Cette église avait été restaurée et