‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 115 sur 226 · I. Bartsch, t. XIV, n · texte numérisé non relu

I. Bartsch, t. XIV, n

figure s’anime, s'échauffe et s’émeut. Marc-Antoine a été impuissant contre la tendance qui poussait la Renaissance dans la voie exclusive de l’antiquité ; d’où la rigidité , la dureté même de sa Madone. Raphaël , tout en subissant la pression de son temps, a réagi contre elle; il a emprunté à l’art classique sa dignité, sa grandeur, mais il en a répudié l’impassibilité. S’il a aimé l’antiquité , il a aimé la nature davantage encore ; il a cherché surtout en lui-même cette idée qui le poursuivait sans cesse; il a fait appel en même temps à la tradition, à la vérité, à l’idéal, et de cette triple alliance sont sorties ces Vierges, que lui seul a conçues, que lui seul a su peindre.

L’enfant Jésus de la Sainte Famille de Naples e.>t assis sur sa Mère. Le corps, entièrement nu, est penché en avant et s’appuie, ainsi que la main gauche, sur le genou droit de Marie. La main droite se lève, soutenue par la main d’Élisabeth, pour bénir S1 Jean. La jambe gauche pend verticalement, tandis que la jambe droite suit le mouvement de la jambe gauche de Marie. Cet enfant, d’un dessin précis et d’un remarquable modelé, est un des types les plus achevés de la force et de la beauté. Tout en lui est parfaitement naturel, et cependant en s’incline comme devant quelque chose de supérieur à la nature. Une semblable figure est la meilleure démonstration des mystères évangéliques de l’enfance de Jésus. Nous avons devant nous le Fils de Dieu. Avant de se révéler

comme Rédempteur, il paraît comme homme, et surtout comme enfant dans les bras de sa Mère; et pour compenser les abaissements de son humanité, il fournit, dès sa naissance, les témoignages de sa divinité. Sa tète est vue de profil k gauche. Elle respire à. la fois la puissance et l’amour. Le regard prendrait une intensité presque effrayante, si la bonté, sans en atténuer la lumière, n’en tempérait l’éclat. La bouche ouverte fait entendre de consolantes paroles. Le geste, en même temps, est plein de mansuétude. C’est le Verbe qui nous parle et qui nous attire ; mais quelques plis au front, un simple mouvement de l’œil et des lèvres, et cet enfant qui bénit pourra nous accabler aussi. Alors l’Agneau de Dieu deviendra le Souverain Juge. — Celte dernière idée prévaut dans l’estampe de Raiinondi. Raphaël, dans le dessin qu’il livra à Marc-Antoine, avait trouvé définitivement le Sauveur. De l'estampe au tableau, rien en effet n’a été changé, ni dans la pose, ni dans le geste. Seulement, dans la gravure, les traits de Jésus, sans être plus grandioses, ont pris une expression presque redoutable. Le profil est d’une gravité solennelle: l’œil est éclatant, la bouche frémissante. Marc-Antoine nous a laissé une très-belle image, mais qui ne comprend que l’idée de justice. Raphaël, au contraire, a été préoccupé surtout par le sentiment de la grâce. L’enfant Jésus dans le tableau est un Dieu plein de bonté, rempli d’amour; plus il gagne en majesté, plus il devient riche en miséricorde.

C’est bien Dieu, en effet, que S' Jean voit dans Jésus ; c’est la crainte de Dieu qui le pénètre, et c’est en même temps sa bonté. « L’impression des choses divines fait rentrer l’àmc dans son néant; elle sent plus que jamais son indignité ; la frayeur qui accompagne ce qui est divin la dispose à l’obéissance1... » Jésus-Christ devait naître d’une Vierge, c’était là sa prérogative : Jean-Baptiste, comme Isaac, comme Samson, comme Samuel, devait naître d’une stérile. L’ange Gabriel avait dit à Marie, en lui annonçant Jésus : « 11 sera nommé le Fils du Très-Haut *, » et il avait dit à Élisabelh, en parlant de Jean : « Il sera grand devant le Seigneur 3. » Voilà la différence indiquée par Dieu même entre les deux enfants, différence que Haphaël exprime toujours avec une grande poésie pittoresque. Jean est agenouillé devant son maître, levant vers lui la tète, lui présentant de la main gauche une longue croix de roseau, et portant la main droite à son cœur. 11 rend ainsi à Dieu l’acte de reconnaissance et de soumission qu’il lui doit. S' Jean, comme dans tous les tableaux de Vierge ou de Sainte Famille, se montre sous les dehors d’un enfant plus fort et plus âgé que Jésus. Sa chevelure est plus abondante, plus foncée ; ses chairs sont plus colorées, plus vives, plus humaines; son corps est plus robuste, ses membres sont plus vigoureux. Dans l’ordre de

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