‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 121 sur 226 · È bellissima anch'ella. Vasari, t. VIII, p · texte numérisé non relu

È bellissima anch'ella. Vasari, t. VIII, p

une telle beauté dans la nudité de son corps et dans les traits de sa face, que son rire fait vibrer d’une sainte joie l’àme qui le regarde Retenons donc cette Sainte Famille comme appartenant encore à Raphaël, et comme marquant en même temps d’une manière irrécusable ce qu’il y a dans cette pensée souveraine d’inaccessible aux talents secondaires *.

( Au musée de Madrid).

Vers l’année 151 h la Sainte Famille dell’ hnpannata nous retenait encore sous le charme direct de Raphaël. Déjà, il est vrai , nous avions à déplorer que le Sanzio ne fût pas demeuré seul vis-à-vis de

1 . Il Figliuolo di Nos Ira Donna è di tanta bellezza nellignudo c nclte fallczze dcl volto, chc nel suo ridere rallegra chimique lo guarda. Vasari, t. VIII, p. 33.

2. (Test Jules Romain probablement qui a peint en grande partie celte Sainte Famille. Au temps de Vasari , elle appartenait au duc Côine de Médicis, et se trouvait sur l’autel do la chapelle attenant aux chambres nouvellement peintes par l'auteur de la Fie des peintres. « ... H qiuil quadro ê oggi nel palazzo del duca Cosimo nella cappella delle stanze nuoveda me faite e dipinle, e serve per tavola dell’altare... » (Vasari, t. VIII, p. 33.) Il vint en France à la suite de la campagne d'Italie, et futexposé au Luxem-

son œuvre et qu’il en eût presque entièrement confié l’exécution à l’un de ses disciples ; mais nos regrets étaient tempérés par la présence même du maître, et par ce que l’on sentait encore de respectueux et d'ému dans le pinceau de l’élève. 11 n’en est plus de meme quelques années après. Raphaël voit alors autour de lui se multiplier à tel point les travaux, que, à de rares exceptions près, il ne peut plus leur accorder qu’une simple surveillance. Ses élèves, d’un autre côté, enhardis par le succès et braves quelquefois jusqu’à la témérité, abordent désormais sans hésitation les traductions qui leur sont confiées. Ils n’ont plus la même réserve, la même crainte salutaire devant un dessin du maître, et, sans perdre le respect, ils prennent en eux-mêmes un excès de confiance. C’est ce que montre la Sainte Famille à la Perle... Comment assigner une date à ce tableau? Il est certain que, après 151ü|, il y a comme une lacune dans la série des Saintes Familles de Raphaël. Il se passe alors plusieurs années sans que cet adorable sujet fournisse une œuvre qui appartienne plus ou moins directement au Sanzio. C’est donc aux dernières années de la vie du maître, de 1517 à 1520, qu’il convient de rapporter les tableaux de Saintes Familles qui nous restent à étudier.

On pense que la Sainte Famille actuellement au

bourg. En 1815, il retourna à Florence et fut placé au palais Pitli. M. Ingres a fait un très-beau dessin, dans lequel il a interprété avec une intelligence supérieure les grandes qualités de cette peinture. C'est ce dessin qui a servi à M. Lorichon pour sa gravure.

musée de Madrid fut peinte pour le jeune duc Frédéric II Gonzague. Le plus ancien document que l’on ait sur cette peinture se trouve dans une lettre datée du 28 octobre 1531, tirée des archives secrètes de Mantoue *. Charles Ier roi d’Angleterre ayant acquis, dans la première moitié du xvnc siècle, les collections des ducs de Mantoue, la Sainte Famille de Raphaël fut transportée à Londres. Puis, lorsque eu IG/pJ un arrêt du conseil d’Etat eût ordonné la vente des objets d’art qui avaient appartenu à l’infortuné roi. l’ambassadeur d’Espagne, don Alonzo de Cardenas , acheta ce tableau moyennant 2,000 livres sterling (50,000 fr.) pour le compte de Philippe IV. Cette Sainte Famille vint alors à Madrid, et l’on raconte que le roi l’ayant vue, fut saisi d’admiration et s’écria : « Voilà ma perle ! » Les courtisans répétèrent à I’envi le mot tombé de la bouche du roi, la foule prit ce mot comme un oracle et dès lors, le nom de

I . Pungileoni a publié pour la première fois ce document, dont voici le texte : « Ippolito Catandra al duca Federico Gonzaga a Casale Monferrato. — Nella caméra doit’ arma si motte quel quadro che fece Ms. Julio, ed il quadro di papa Leone, ed il quadro di V. Exza cite fece Ms. Tiziano ed anco quello che fece Rafaelo da Urbino a Roma a V. Exza e quello quadro che sa V. Exza che li dono uno Vonetiano a V. Exza di quella Donna con quello puttino che ha molto lodato Ms. Julio ed anco so li mette un beilissimoqu3dro di un S. Hieronimo fatlo in Fiandra a olio che già compro V. Exza... Nel camerino dove allogiava la Illma Duchessa quello quadro che fece il Mantegna di quello Cristo in scurlo e quello S. Hieronimo di Ms. Tiziano, e quello che fece Ms. Julio di S. Calterina, quali tutti faranno bello adornamenlo in delta caméra... »

Perle fut donné à ce tableau. Telle est la version généralement admise. Mais il faut l’attribuer à la légende et non pas à l’histoire. Il est difficile, en effet, de comprendre l’exclamation de Philippe IV devant le tableau qui va nous occuper, quand on considère que, avec ce tableau, arrivaient de Londres à Madrid les plus rares chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne. D’un autre côté, si l’on regarde sur le terrain du premier plan, aux pieds de l’enfant Jésus, on voit une huître, et dans cette huître une perle. Pourquoi dès lors ne serait-ce pas ce simple accessoire qui aurait donné son nom au tableau ? Le nom, il est vrai, ne fait rien à la chose. Cependant ce nom de Perle , avec la signification qu’on lui donne presque toujours, est une cause d’égarement, en ce qu’il pousse à prendre pour le chef-d’œuvre de Raphaël une peinture presque tout entière de seconde main , et dont les beautés , sans être assurément indifférentes, sont loin d’être absolues.

L’enfant Jésus étend joyeusement les bras vers les fruits que lui offre le petit S* Jean. La Vierge et S" Élisabeth contemplent avec gravité cette scène enfantine, et recueillent leur âme comme en présence d’une chose divine. Au fond paraît S1 Joseph, attentif et toujours silencieux... Voyons si la simplicité de la forme répond de tout point à la simplicité de l’idée.

La Vierge est l’axe et le lien de cette composition; Jésus en est l’âme. Marie est assise au milieu

du tableau, le corps tourné de trois quarts à droite vers S" Élisabeth, et la tête légèrement inclinée en sens inverse du côté de S' Jean. La main droite retient le Sauveur qui de son berceau veut s’élancer vers S1 Jean-Baptiste , tandis que la main gauche s’appuie sur l'épaule de S" Élisabeth. De cette façon, le bras droit suit une ligne quasi verticale, et le bras gauche une ligne presque horizontale. En vertu d’une loi savante d’équilibre pittoresque, le mouvement des jambes répond au mouvement des bras par un écart presque semblable, mais en sens inverse; la jambe droite, ramenée en arrière, ne touche à terre que par l’extrémité du pied; la jambe gauche, au contraire, est posée verticalement et d’aplomb sur le sol. Cette combinaison de lignes est charmante, mais elle sent l’école et manque de simplicité. L’ajustement, sans être compliqué, a quelque chose aussi de cherché qu’on ne rencontre pas dans les œuvres de jet et d’inspiration. La robe est rouge, avec des lumières qui la font paraître de couleur changeante; franche de ton sur le bas de la jambe gauche, elle devient presque blanche sur l’épaule droite. Les plis, en outre, sont chiffonnés; on les dirait froissés par une main profane. Le manteau bleu, qui tombe des épaules sur le milieu du corps, est lourd et comme accablant pour la jambe droite et pour le genou gauche qu’il enveloppe. Et puis que vient faire cette étoffe transparente jetée sur l’épaule et sur le bras droits, indécise de couleur et de

destination, oscillant entre le rouge de la robe et le bleu du manteau, passant tour à tour de l’orange dans les parties claires au bleu pâle dans les parties ombrées ? A quoi bon charger d’inutiles accessoires une figure qui doit être simple avant tout, simple par ellemême et simple par tout ce qui la touche? La tête aussi est trop mondaine pour conserver toute son expression religieuse*. Le voile s’arrange avec trop de soin à travers les enchevêtrements d’une coiffure où la recherche est voisine de la coquetterie. Pourquoi ces bandeaux si savamment ondés, et pourquoi cet enroulement de nattes superposées? Une telle parure est trop lourde au front de la Vierge; il faut plus de sobriété. Les traits, sans jeunesse, sont d’une coloration sans fraîcheur: ils sont beaux, ils sont purs; mais ne reflètent pas, dans leur rectitude trop impassible, cette virginité si touchante que respirent les peintures exécutées par la main du maître. Les ombres, qui ont poussé au noir, ajoutent encore à la froideur de la physionomie. Les yeux, baissés et regardant le précurseur, sont mornes, sans tendresse, sans bonheur et sans larmes; ils sont d’ailleurs plongés maintenant dans une obscurité presque complète, et ce n’est que de très-près qu’on en peut saisir la lumière. La bouche n’a rien non plus de ces accents divins qui nous charmaient naguère dans les Vierges de Raphaël.

4 . La couleur des cheveux est d’un blond tirant au gris qui ne semble pas appartenir au pinceau de Raphaël.

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