‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 122 sur 226 · II · texte numérisé non relu

II

Tout n’est pas mort au cœur de cette femme, mais on dirait que tout y meurt. La santé, la rondeur des joues semblent n’avoir jamais souffert des atteintes de l’âme. Non, ce n’est plus la Mère du Verbe; ce n’est plus là cette bonté , cette humilité infinies, sans lesquelles la Vierge n’est pas1. Jules Romain, qui sans doute a peint cette figure, n’a pas su en faire jaillir la flamme intérieure. Il n’a rien vu qu’à la surface. La ligne est ravissante, soit; mais l’esprit est absent. Ainsi , du vivant de Raphaël , on voit déjà la matière qui envahit l’école et qui en obscurcit le génie. Fuyons, comme on fuit l’ivresse, cette glorification de la chair. « Dès que le vin commence à briller et à pétiller dans la coupe, il nous trompe en flattant nos sens ; mais à la fin il nous mordra comme une couleuvre, et son poison se portera jusqu’à notre cœur*. »

L’enfant Jésus manifeste , dans son maintien , la même recherche, on pourrait presque dire la même

4 . Un dessin de grandeur naturelle, exécuté à la pierre noire et conservé au musée de Lille, montre la tête de cette Vierge. — Un autre dessin semblable Tut longtemps connu en Hollande sous le nom de Madonna del Marcliesato, et il a été gravé par Picart, pour les Impostures innocentes. Il appartint au bourgmestre de Leyde, conseiller Jôh. van der Mark, qui l’avait acheté 4 25 florins en 4777. En 1800, C. Ploos van Amstel l'acquit au prix de 460 florins. Puis il passa par les collections Udenbrock, Smellen, M. C. Moyet, et de là alla en Angleterre. (V. Passavant, t. H. p. 252.)

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