Prov., xxiii
exagération du beau qui arrive au joli. Du pied gauche il foule un oreiller posé sur son berceau et de la jambe droite il cherche à monter sur le genou 1 de Marie. Ce mouvement provoque un écart, conforme sans doute aux indications de la nature, mais qui nuit à la dignité dont le Fils de Dieu doit offrir le type par excellence. Les deux bras sont tendus en avant, et les mains vont prendre les fruits qu’apporte le petit S1 Jean; tandis que la tête, vue de trois quarts à gauche, se lève vers la Vierge et la regarde avec un enjouement voisin de l’espièglerie. Le dessin et le relief de cette figure sont admirables; le geste est spontané ; les traits sont vifs, joyeux, spirituels. Mais Raphaël, dans ses Bambini, nous a habitués à demander plus que de la beauté sensible et plus que de l’esprit. Il nous a trop souvent fait voir le Verbe lui-même, c’està-dire l’àme de nos âmes, pour que l’absence de cette âme dans une Sainte Famille ne nous trouble pas profondément. Ces yeux provoquants et cette bouche malicieuse sont-ils bien, en effet, la bouche et les yeux de Jésus ? Non. Cet enfant si bien frisé est aimable sans doute, mais il n’est pas divin ; donc il n’est pas digne de Raphaël. La coloration des chairs n’a rien non plus de la coloration du maître. Les ombres sont épaisses, opaques, sans transparence; on les dirait faites au noir de fumée. Quant aux parties claires,
1. Les linges et le coussin blanc qui emplissent le berceau sont d'un joli ton, mais d'un dessin un peu maniéré.