La jambe droite sur la jambe gauche
l’a trouvée aussi, et il nous la fait entendre. Le visage de Marie est très-harmonieusement encadré. La coiffure, bien qu’un peu recherchée, est d’un goût charmant : les cheveux blonds ondoient sans apprêt de chaque côté du front en bandeaux qui se relèvent au-dessus de l’oreille; ils dégagent ainsi complètement les joues, et laissent à la ligne du cou sa valeur et son élégance; une natte ceint ensuite la tête comme d’un diadème, et s’attache au-dessus du front par un nœud dans le goût de l’antique ; c’est de cette natte et de ce nœud que part le voile transparent, qui tombe par derrière la tête, pour revenir ensuite sur les épaules et jusque sur la poitrine. Le vêtement se compose, comme toujours, d’une robe rouge et d’un manteau bleu. La robe est pourpre dans les ombres et d’un rose qui vire presque au blanc dans les parties claires; tandis que le manteau passe de l’azur le plus tendre aux tons les plus accentués de l’outremer Les draperies s’arrangent avec goût et simplicité. Elles sont savantes sans pédantisme, souples sans avoir rien de chiffonné, naturelles tout en conservant le style et la tenue qui leur conviennent. Elles ne laissent paraître qu’une partie du pied droit qui est nu et d’une remarquable petitesse. Une telle figure, malgré ses imperfections, est ravissante. Après avoir nommé Raphaël devant ce tableau, on pense généralement à Jules Romain. On pourrait, sans invraisemblance, hasarder d’autres noms encore. Mariette, par exemple, retrouvait là le pinceau de Garofolo, et plusieurs indications donnent
de la valeur à cette opinion1. Nous-même tout à l’heure, en présence de la S" Élisabeth dans la Sainte Famille à la Perle, nous étions porté à nommer aussi Benvenuto Tisi. Or, plusieurs analogies de couleur et de dessin, notamment la forme et la petitesse exagérée des pieds dans ces deux peintures, ne rapprochentelles pas le tableau du Louvre de la S“ Élisabeth du tableau de Madrid?... Quelque soit l’élève qui ait laissé son empreinte sur cette petite S'* Famille, il s’est surpassé. Il a travaillé en tout cas sous l’œil du maître, et il a été si intelligent dans sa docilité, qu’on est obligé de reconnaître dans cette peinture l’esprit et le sentiment de Raphaël.
L’enfant Jésus, debout sur son berceau, se penche et tend les bras par-dessus sa Mère pour attirer à lui de ses mains caressantes la tête du petit S1 Jean. C’est un petit Bambino tout nu, finement dessiné, grassement modelé, vif, presque joyeux, mais auquel manque cette expression de divinité qui caractérise les figures semblables vraiment peintes par Raphaël. La tête, vue de profil à gauche, est, comme dans la Perle, plutôt jolie que belle. On n’y voit pas assez ce quelque chose de supérieur et d'immatériel qui annonce dans le fils de Marie le Fils même de Dieu. La pose est simple, naturelle, nullement cherchée, sans aucune afféterie. Le poids du corps porte sur les deux jambes1, qui