Bossuet
2. Un repentir accuse le pouce de cette main par delà l’épaule de l’enfant Jésus. Ce repentir est maintenant effacé dans le tableau ; mais il avait reparu au xvii» siècle sous l’action des premières restaurations, et Édelink l’a maintenu dans sa gravure. — La main droite est cachée derrière le corps de l’Enfant.
3. Le talon et la partie postérieure du pied sont couverts par la draperie du manteau. L’extrémité seulement du pied droit s’aperçoit dans l’ombre derrière le manteau.
les draperies, c’est la Vierge encore; isolément le maintien et le geste, c’est la Vierge toujours. Cette émotion , que nous ressentons en regardant le tableau dans son ensemble, nous l’avons éprouvée en étudiant tour à tour le dessin du Louvre et celui des Offices. Du commencement à la fin, du germe à la fleur, depuis le premier prélude jusqu’à la mélodie définitive, le même parfum se dégage de tout ce qui tient à cette Vierge. C’est la virginité chrétienne, que S* Augustin montre comme une imitation de la vie des anges. « Elle élève tellement la chair, qu’elle l’égale en quelque façon à la pureté des esprits ‘. » Grâce à cette virginité , dit encore S' Grégoire de Nysse , « Dieu ne refuse pas de vivre avec les hommes , et les hommes ont des ailes pour prendre leur vol du côté du ciel !. »
S1 2 3 Joseph, debout derrière la Vierge, s’enveloppe presque complètement dans un grand manteau jaune jeté par-dessus une tunique bleu clair qu’on n’aperçoit que sur la poitrine et sur le bras gauche. Un des pans de cette draperie jaune recouvre un panneau de boiserie appartenant sans doute à un prie-Dieu, sur lequel s’accoude l’époux de la Vierge*. La tête est vue de trois quarts à gauche et s’appuie sur la main
1. liaient aliquid jam non camis in carne. S1 Augustin, De sancta Virginit., n° 42, t. VI, col. 346.
2. S' Grégoire de Nysse, De Virginit., cap. n, t. III, p. H 6.
3. S' Joseph s'appuie sur son bras gauche; son bras droit, ramené sur sa poitrine, disparaît sous le manteau.
gauche; elle est coiffée d’une abondante chevelure noire un peu grisonnante, à laquelle répond une barbe de même nuance et de même force. Le front est haut et légèrement dégarni vers le milieu. Les yeux , graves et doux , regardent avec recueillement la Vierge et l’enfant Jésus. La physionomie, silencieuse et réfléchie , est pleine de noblesse et d’autorité; elle a de plus cette mélancolie surnaturelle que donne le sentiment profond des choses invisibles. Voilà par excellence «< l’homme que Dieu a choisi parmi tous les autres pour lui mettre en main son trésor et le rendre ici-bas son dépositaire1... Le Seigneur s’est cherché un homme selon son cœur, pour déposer entre ses mains ce qu’il avait de plus cher; je veux dire la personne de son Fils unique, l’intégrité de sa sainte Mère, le salut du genre humain, le secret le plus sacré de son conseil, le trésor du ciel et de la terre1 3. » Haphaël , nous l’avons dit, a affectionné particulièrement cette figure. Il l’a représentée sous tous ses aspects dans la série de ses Saintes Familles; il en a tour à tour cherché l’idéal dans l’extrême vieillesse’ et dans la virilité 4 , et toujours il a fait briller en elle des traits de lumière et de vérité. Le voilà maintenant qui se résume et concentre ses forces pour découvrir « les