Ps. cxxxvii
nons d’étudier une à une, et qu’il importe surtout de considérer dans leur ensemble. Chacune est un chefd’œuvre de convenance et de beauté ; et, liées entre elles par des liens indissolubles, elles gagnent par leur réunion une valeur beaucoup plus grande encore. Chaque partie paraît indépendante, et chacune est nécessaire à l’équilibre de toutes les autres. Rien ne saurait être ajouté, rien ne pourrait être retranché. Il y a de l’air partout, du vide nulle part. Ras une ligne qui n’ait sa raison d’être. S1 Joseph d’un côté et les anges de l’autre sont comme des poids égaux qui assurent la stabilité de la masse. S" Elisabeth et S1 Jean répondent à la Vierge, et l’enfant Jésus est le centre où aboutissent toutes les résultantes de ces forces différentes, comme il est le foyer d’où partent tous les rayons. Le parallélisme est parfait, la symétrie rigoureuse; mais l’harmonie domine tout et fait presque oublier ces exigences mathématiques d’une saine composition. Devant une pareille ordonnance, il n’y a qu’à admirer et à s’instruire *.
L’apothéose se fait vite autour de pareilles œuvres, et pour elles bientôt la légende prend la place de l’his-
1. La coloration de ce tableau a poussé au noir el a pris une teinte rougeâtre peu agréable. Nous avons dit, chemin faisant, quelles étaient les causes générales de cet accident. Cela tient surtout au noir de fumée dont Jules Romain a fait abus sans doute en ébauchant ce tableau. Les dessous ont repoussé les dessus, que les restaurations avaient d'ailleurs singulièrement compromis, et les écrasent presque aujourd’hui. Un récent lavage, fait simplement avec de l'eau, a produit les plus heureux effets.
loire. Raphaël, dit-on, venait d’envoyer au roi de France le tableau de l’archange S1 Michel, et François l", saisi d’admiration, avait payé cette œuvre avec une telle munificence que le Sanzio, ne voulant pas être en retour de libéralité, peignit la Grande Sainte Famille et l’ offrit au roi à titre d’hommage. Le roi accepta, en disant que « les hommes célèbres dans les arts, partageant l’immortalité avec les grands rois, pouvaient bien traiter d’égal à égal avec eux. » En même temps, il doubla le prix du S1 Michel et invita Raphaël à venir à sa cour; mais Léon X s’opposa à ce que Raphaël quittât Rome1. Dans cet assaut de générosité entre l’artiste et le roi, l’imagination sans doute trouvait son compte, mais la vérité perdait ses droits. Elle les a repris, grâce aux documents publiés par Gaye*. Une série de lettres authentiques ont porté sur ce point la clarté.
En 1518, Laurent de Médicis venait d'usurper le duché d’Urbin et se trouvait en France pour solliciter la protection du roi. Connaissant le goût très-vif de François l,r pour les arts, il avait demandé à Raphaël . deux tableaux importants, un S1 Michel archange
1. François I" aurait payé !a Grande Sainte Famille 24, OOOlivres. Et le P. Dan assure que, de son temps, ® un fameux peintre, la considérant exactement, offrit d’en faire 20,000 écus, si elle estoit à vendre. » Le P. Dan ajoute qu’elle fut donnée en cadeau à François I" par lo pape Clément VH; mais le P. Dan oublie que, en 1518, cinq ans encore devaient se passer avant que Clément Vît ne fût pape.