Qui sarai tu poco tempo silvano
E sarai meco senza fine cive Diquella Roma, onde Cristo è romano .
(Dante, Purgatorio, canlo xxxn, v. 100.)
LA VIERGE GLORIEUSE. 435
Père éternel1. Par le geste, par la pose, par l’esprit, il correspond à la Vierge. Coiffé de la mitre et vêtu de l’habit épiscopal, il tient sa crosse de la main gauche, et de la droite s’apprête aussi à couronner S1 Nicolas deTolentino. Cette figure est, plus que les précédentes, dans l’esprit de Pérugin. Le visage est maigre, fervent, ascétique, mais un peu éteint. Il n’y a là encore aucun de ces grands caractères, tranchés, définitifs, par lesquels, d’un trait, Raphaël montrera bientôt l’àme et l’histoire d’un homme. — Enfin, entre la Vierge et S' Augustin, plane un chérubin. Cette tête, portée par ses ailes multiples, est la signature la plus authentique que Raphaël ait pu mettre à ce dessin. Lui seul, en effet, a su, dès l’enfance, trouver la forme parfaite de ces créatures aériennes et idéales qu’on appelle des anges.
Tel est l’ensemble de cette composition, renfermée’ dans un appareil d’architecture dont les pilastres soutiennent un arc en plein cintre. S‘ Nicolas de Tolentino occupe le milieu de l’espace compris- entre les pilastres; au pilastre de gauche est adossé le seul des quatre anges mentionnés par Lanzi; la Vierge et S* Augustin sont suspendus à la base du cintre, dont le Père éternel forme la clef de voûte. Tout cela est symétrique, presque archaïque encore, mais sans rien de raide ni de monotone, avec quelque chose au contraire de souple et de spontané qui présage l’indépendance. Chaque figure, prise isolément, exprime un senti-
\ . A droite du spectateur.
ment intime et particulier, qui vient se fondre dans le sentiment général et chrétien de l’ensemble. Peut-être un jour reverra-t-on les fragments égarés du tableau. Mais ces notes détachées, quelle que puisse être désormais leur beauté, ne nous rendront plus le chant harmonieux qui se retrouve encore dans le simple dessin de Raphaël.
LA VIERGE ENTRE S’ JÉROME ET ST FRANÇOIS (Musée do Berlin).
On voit dans la collection Albertine, à Vienne, un dessin de Pérugin qui représente la Vierge assise, tenant le Bambino également assis sur un coussin posé sur ses genoux. De chaque côté de Marie, S' Jérôme et S1 François d’Àssise sont en prière et en contemplation devant l’enfant divin. Les trois figures de la Vierge et des saints sont vues seulement jusqu’à mijambes; la figure seule de l’enfant Jésus se montre tout entière. Or, ce dessin à la plume, très-arrêté, très-nettement rendu, Raphaël se l’est approprié, et d’un motif mille fois répété depuis des siècles par toutes les écoles de la Péninsule, il a fait un tableau ravissant. Ce tableau, marqué d’une grâce exquise, paraît avoir été peint vers l’année 1503.
LA VIERGE GLORIEUSE
Il appartint successivement aux Borglièse et aux Aldobrandini; puis il passa en Allemagne, où il fit partie de la collection du comte Van der Ropp, avant d’entrer en 1821) au musée de Berlin. Rapprochons la peinture de Raphaël du dessin de Pietro Vannucci, et voyons combien l’élève, tout en restant par la forme soumis à son maître, était indépendant par l’esprit, et de quelle hauteur il dominait déjà dans l’école.
L’enfant Jésus, centre de la composition, n’est encore chez Pérugin qu’un Barnbino joufflu, potelé, frisé, de santé florissante et de traits réguliers. Aucun sentiment surhumain ne se remarque en lui ; l’humanité, heureuse et saine, y montre avec complaisance ses trésors de nature, mais la divinité ne s’y fait sentir par aucun de ces traits qui forcent l'homme à reconnaître dans le Fils de Marie l’image même de Dieu. Le petit corps est vêtu d’une tunique dont les manches enveloppent complètement les bras; les deux mains tiennent une banderole sur laquelle les yeux abaissés lisent avec indifférence, et la physionomie ne trahit pas la moindre émotion. — Il n’en est pas ainsi dans le tableau de Raphaël. L’enfant a rejeté le vêtement par trop familier que lui donnait Pérugin, et ne conserve plus qu’une légère ceinture de gaze blanche, ramenée en forme de lisières par-dessus les épaules. Il ne porte plus de légende, et ses mains restées sans emploi s’occupent, l’une 1 à caresser la main de sa