La gauche
mère, l’autre 1 à nous attirer à lui par la plus tendre bénédiction. La tête enfin, en se redressant, se penche légèrement de côté sur l’épaule droite; et les yeux, au lieu d’être abaissés, s’ouvrent tout grands sur le spectateur. Dès lors toute ambiguïté disparaît. Au lieu de l’enfant qui tout à l’heure regardait, sans paraître la comprendre, la parole écrite devant lui, on voit le Fils de Dieu, qui met dans son amour une intelligence infinie. Cette figure est délicieuse, et bien qu’elle reproduise nombre de figures semblables devant lesquelles nous nous sommes souvent arrêtés dans le cours de cette étude , nous avons peine à nous en détacher. C’est que les formes de la vérité sont inépuisables; elles se renouvellent sans cesse, sans se répéter jamais. Comment se lasser de cet enfant Jésus, qui caresse de son regard en même temps qu’il bénit de sa main ? Le moyen de résister à l’attraction de ce Dieu qui se fait petit devant l’homme pour que l’homme se puisse familiariser avec lui ? Comment n’être pas pénétré de ce regard limpide et profond? Comment oublier jamais cette beauté surnaturelle qui réveille dans l’àme le désir de croire et le besoin d’aimer? Voilà de ces créations ferventes et pittoresques, naïves et savantes , qui ont élevé Raphaël, dès sa première jeunesse, au-dessus des plus fameux maîtres, et qui ont incliné devant lui toute rivalité. Tant qu’un seul de ces enfants
\ . La droite.
LA VIERGE GLORIEUSE
subsistera, Raphaël restera le peintre par excellence de la divinité du Fils de l’homme. Mais si l’enfant Jésus a souri au Sanzio, la Vierge aussi n’a cessé de se révéler à lui, et c’est ce que montre avec une égale évidence le tableau du musée de Berlin.
La Vierge, dans le dessin de Pérugin, soutient de la main gauche le pied de son Fils et protège de la main droite l’épaule de l’Enfant. Il n’en est pas tout à fait ainsi dans le tableau de Raphaël, où Marie entoure avec précaution de ses deux mains le corps de Jésus, marquant ainsi par son geste une affection plus vive et un respect plus grand. A part cette nuance légère, les deux figures sont de part et d’autre semblablement disposées : il n’y a de différence que dans le sentiment, dans cette partie impalpable de l’art qu’aucun maître n’enseigne et que le génie seul peut atteindre. Le costume est riche et n’en est pas moins austère : la robe rouge, qui découvre le cou en voilant les épaules, est rehaussée de broderies d’or; une perle d’or fixe sur la poitrine le manteau bleu, et une étoile d’or indique sur ce manteau la place du coeur. La tête, de trois quarts à gauche, s’incline sur l’épaule droite et se penche en avant vers le Bambino. Le front est haut, pur, intelligent; deux bandeaux de cheveux blonds le couronnent et disparaissent presque complètement sous le capuchon bleu doublé de vert \ ainsi que sous le voile de gaze qui descend sur le sommet du front, le
\ . Ce capuchon appartient au manteau.
long clés joues et jusque sur le cou. La physionomie est originale et grave, humble et ferme, douce et un peu triste. La jeunesse pare ce frais visage, auquel l’austérité chrétienne imprime la plus haute dignité. Les yeux, grands et chastes, sont tendrement abaissés sur l’enfant. Le recueillement est plus profond que chez Pérugin, les traits s’animent tout en demeurant calmes, la vie intérieure prend une vivacité qu’on ne lui avait point encore vue dans l’école. Les lignes aussi sont mieux accentuées, et en même temps plus délicates et plus fines que sous la main de Pielro Vannucci. Le nez, sans rien perdre de son élégance, s’accuse d’une manière presque sculpturale; la bouche, en montrant plus de tristesse, a plus de bonté; le galbe des joues est moins lourd, le bas du visage notamment s’allége d’un surcroît d’embonpoint qui lui était nuisible. Le charme mystique incontestable qui attire vers les Vierges de Pérugin acquiert avec Raphaël un caractère particulier de mélancolie qui, sans altérer la beauté physique, complète la beauté morale. Ce beau visage prie, sourit, aime et pleure tout ensemble. La Vierge glorieuse, même quand elle jouit au ciel de son immuable félicité, n’apparaît jamais impassible et sans émotion aux regards de l’homme; toujours la sympathie rayonne à travers le calme qui l’enveloppe, toujours elle considère le monde en compatissant à ses peines; elle est à la fois la sœur et la mère de ceux qui souffrent, prenant pour elle leurs douleurs et leurs larmes, afin de les rendre plus
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touchables aux yeux de Dieu. A plus forte raison quand elle quitte les régions éternelles pour venir, avec l’enfant Jésus, vivre dans l'intimité des saints. Comme elle touche alors de très-près aux misères humaines, elle les doit ressentir avec une vivacité singulière, et si dans ce moment elle regarde son Fils, ce n’est plus comme au temps de sa vie mortelle avec le pressentiment d’une destinée personnelle irrévocablement fixée depuis des siècles, c’est pour le prier en mêlant ses larmes aux larmes mêmes des hommes. A cette prière, l’enfant Jésus répond ici par une bénédiction... Voilà ce qu’exprime le tableau de Raphaël, dans lequel l’Église est représentée par deux de ses plus grands saints, S1 Jérôme et S1 François d’ Assise.
S* Jérôme se tient, les mains jointes, à la droite de la Vierge l. Le fougueux docteur est là tranquille et recueilli, « s’embellissant de la splendeur de Marie, comme du soleil l’étoile du matin... »
. . . . abbelliva <ti Maria,
Corne, (tel Sol la Stella mattutinn*.
Raphaël a pris ici l’image du solitaire de Bethléem telle que la Renaissance l’avait adoptée, telle particulièrement que l’avait conçue l’esprit ombrien ; image de fantaisie, poétique par le style, saisissante par la beauté plus que par la force. La tête, vue de trois quarts à droite et inclinée vers l’enfant Jésus, est