‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 152 sur 226 · LA VIERGE DE LA FAMILLE ANSIDEI · texte numérisé non relu

LA VIERGE DE LA FAMILLE ANSIDEI

(Chez le duc de Marlborough, à Blenheim).

Dans l’église de San Fiorenzo, à Pérouse, Filippo di Simone Ansidei avait consacré à S1 Nicolas de Bari une chapelle qu’il voulait faire décorer avec magnificence. Il était mort en 1490 sans avoir pu réaliser complètement son projet, mais en laissant une somme considérable affectée à cette entreprise. Quinze années se passèrent avant que les héritiers du donateur exécutassent ses dernières volontés, et ce fut seulement en 1505 qu’ils se mirent en quête du maître le plus digne de peindre le tableau d’autel. Ils pensèrent à Raphaël, qui séjournait à Florence depuis 1504, et le sollicitèrent de revenir à Pérouse. Raphaël, après quelques hésitations, céda à ces instances. Plusieurs autres travaux le rappelaient d’ailleurs dans la patrie de Pérugin ; mais avant même de donner suite aux engagements qu’il avait pris, avant de terminer les ouvrages déjà commencés, il exécuta de verve et avec un admirable entrain la Vierge glorieuse de la famille Ansidei. 11 voulut sans doute donner tout de suite à son maître et à ses condisciples la mesure de ce que lui avaient appris quelques mois seulement de séjour dans la ville des Médicis. Cet

important tableau resta en Italie jusqu’en 1764. Galvino Hamilton l’acheta alors pour lord Robert Spencer1, qui le donna à son frère le duc de Marlborough. On le voit maintenant dans la résidence du duc, à Blenheim, près d’Oxford.

En 1505, Raphaël n’avait point encore peint de Vierge glorieuse proprement dite. Dans le Couronnement de S1 Nicolas de Tolentino, les deux figures principales et centrales sont S1 Nicolas et le Père éternel; la Vierge, tout en faisant partie de la gloire du ciel, n’y est point au premier rang. Quant au tableau du musée de Berlin, s’il appartient à ce chapitre, c’est seulement parce qu’il montre la Vierge entre deux saints d’époques différentes auxquels elle ne peut répondre que du sein de l’éternité; mais cette distinction est purement religieuse et mystique, nullement pittoresque, et la disposition tout élémentaire du groupe ne présente encore aucun des grands traits qui caractérisent la Vierge glorieuse. Il est inadmissible cependant que Raphaël ne se soit point exercé presque dès son enfance sur un thème aussi populaire et aussi universellement répandu. Toute sa jeunesse s’était passée dans la contemplation de ces Vierges glorieuses, si chères aux écoles d’Urbin et de Pérouse. Encore enfant, il avait été associé par son père, dans

4. Galvino Ilamillon donna, outre une somme considérable, une copie faite par Nicolas Monli. Cette copie est encore dans l'église San-Fiorenzo, à la place môme où était le tableau de Raphaël.

LA VIERGE GLORIEUSE

l’église de Cagli, à cette tendre dévotion1 2, et son enthousiasme pour un pareil sujet avait dù être porté à. son comble par les œuvres de Pérugin. Donc, à travers les rêves dorés de son adolescence, il n’avait * pu manquer de voir la Vierge royalement assise au milieu d’un cortège de saints et de saintes. Aucun tableau ne témoigne, il est vrai, de cette préoccupation naissante. Peut-être Raphaël n’a-t-il pas osé se mesurer tout d’abord avec de telles pensées; cependant, à défaut de peintures, de simples croquis montrent sous quelle forme déjà il tentait de réaliser son idée. Le dessin du cabinet de M. Timbal est un de ces charmants essais.

D’une plume respectueuse mais non timide, possédée d’une adorable émotion mais exempte de toute gaucherie, savante déjà quoique sans expérience encore, Raphaël a repris la Vierge et le Bambino tels à peu près qu’il les avait peints dans le tableau de la collection Solly * , et il les a placés sur un trône, au pied duquel il a mis S1 Sébastien à gauche et S' Roch à droite. La Vierge, vue de face, tient un livre de la main droite, et, tournant la tête à gauche, paraît plongée dans la méditation. L’enfant Jésus, assis sur les genoux de sa AI ère, lève vivement la tète et les yeux au ciel, joint les mains et prie avec une ferveur

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