‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 153 sur 226 · V. dans ce volume, p · texte numérisé non relu

V. dans ce volume, p

surnaturelle. On voit le Dieu dont il émane et vers lequel il remonte en esprit, en nous y élevant avec lui. La môme âme, en effet, respire dans l’enfant Jésus et dans les saints qui l’accompagnent. S1 Sébastien, nu, percé de flèches et dans l’attitude de son martyre, ressent les pures joies d’une extase céleste. Ses yeux, fixés au ciel, sa bouche entr’ouverte et tous ses traits enfin semblent heureux d’un bonheur qui n’est pas de la terre. Quant à S' Roch, Raphaël lui a bien prêté encore la désinvolture et la physionomie des héros péruginesques, mais avec un accent plus vif et plus déterminé. Comment ne pas reconnaître, dans ce doux regard et dans ce visage attendri, le pieux et bon chevalier qui consacra sa fortune et sa vie à souffrir avec ceux que la misère et la maladie faisaient souffrir aussi? Sa charité l’entraîna à travers les pestes qui ravagèrent l’Italie au xiv* siècle, et de tous les maux dont il fut atteint, il ne garde, en présence de la Vierge et de son divin Fils, que la joie infinie de les avoir endurés. Ce qu’il y a de plus touchant et de plus immatériel dans le génie du Sanzio se trouve dans ce dessin. Raphaël, seul au monde, a pu montrer ainsi l’humble beauté de la Madone, la divinité de l’enfant Jésus, la vertu des saints. Il était donc admirablement préparé à la tâche qu’il allait entreprendre et parfaire avec tant de bonheur à la fin de l’année 1505.

Dans le tableau de la famille Ansidei, le trône de

LA VIERGE GLORIEUSE

la Vierge est surmonté d’un baldaquin et s’élève au centre d’une voûte en plein cintre, portée par des piliers décorés de pilastres1 2 3 4. Deux rangées de perles de corail descendent de chaque côté du baldaquin et soutiennent chacune quatre perles noires disposées en forme de croix autour d’un cabochon de grenat. Le dossier du trône est couronné par une architrave sur laquelle on lit : salve mater christi. Une frise dorée circule en haut et en bas de cet édifice*, qui se détache de chaque côté sur un fond de ciel bleu très-pâle et presque gris. La Vierge, tenant sur ses genoux l’enfant Jésus et le présentant à S' Jean-Baptiste et à S1 Nicolas de Bari, est assise au milieu de cet appareil, qui est à la fois pompeux et simple, d’une architecture élégante et sobre, et qui rappelle la Renaissance par ses plus nobles aspects.

La Vierge, encore ici, tient un livre ouvert sur lequel elle fixe, d’accord avec son Fils, son esprit et ses yeux*. Vue de face, elle est vêtue d’une robe rouge ornée d’une broderie d’or et attachée à la taille par une ceinture noire*. Un manteau bleu, également

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