‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 154 sur 226 · On monte à ce trône par trois degrés · texte numérisé non relu

On monte à ce trône par trois degrés

2. C’est une grecque qui forme l’ornementation de la frise. Deux consoles renversées relient les bras du siège aux pilastres du dossier.

3. Ce livre, à tranches dorées et à gardes rouges, est ouvert à une page dont les lettres sont coloriées. La Vierge soutient son Fils de la main droite et pose la main gauche sur le livre. Cette main gauche est très-belle.

4. Cette ceinture est agrafée par une petite boucle d’or. L’arrangement du corsage et des manches est d’un goût parfait.

rehaussé d’or , est ramené jusque sur les cheveux, enveloppe les épaules, revient sur la poitrine et tombe jusqu’au bas de la figure. Les pieds sont chaussés de noir et paraissent en partie, malgré les plis abondants du vêtement qui les couvrent. La tête est d’une remarquable suavité. Marie poursuit dans l’éternité, vis-àvis de son Fils, son rôle et ses soins maternels. Elle est comme le prototype des mères et leur idéal absolu; en elle la maternité, confondue avec la virginité, trouve sa glorification complète. Raphaël montre encore ici la Mère du Verbe s’abandonnant sans arrièrepensée ni pressentiment à la pure joie d’aimer son enfant, de le protéger, de l’élever et déjà de l’instruire. Les cheveux blonds, pris dans un voile transparent, encadrent de leurs chastes bandeaux le front, qui est limpide, haut et bien construit. Les yeux abaissés sont d’un admirable dessin. La ligne du nez est droite et continue celle du front avec une rigueur qui fait songer déjà aux modèles antiques. La bouche est petite, un peu moins cependant que dans les Vierges de Pérugin, surtout moins pincée, moins minaudière, et d’une expression plus simple. Le galbe des joues et du menton est ferme, sans rien de massif ni de trop proéminent. L’ensemble de la physionomie exprime un bonheur calme, sans mélange, inaccessible aux accidents de la vie. Si cette Vierge, par son aspect sacerdotal et presque dogmatique, fait songer encore aux anciennes Madones d’Urbin et de Pérouse, il est incontestable aussi qu’elle appartient, par le vif senti-

LA VIERGE GLORIEUSE. 453

nient de la nature, à la tradition des maîtres de Florence. On découvre en elle, sous les apparences austères du passé, les brillantes promesses de l’avenir. On se rappelle que Raphaël a peint déjà la Vierge du Grand- Duc, et l’on songe à la Vierge au Chardonneret, à la Vierge de Taddeo Taddei, à la Belle Jardinière et à tant d’autres qu’il peindra bientôt. La Vierge des Ansidei est la sœur de toutes ces belles Vierges florentines qui nous sont maintenant familières. Semblable à elles par certains traits extérieurs irrécusables, elle est plus immobile, plus immuable, moins vivante de la vie réelle; elle n’existe plus seulement dans le temps, elle transporte et fixe dans l’éternité les caractères de la beauté passagère et terrestre.

L’enfant Jésus, assis sur les genoux de sa Mère et soutenu par elle au moyen d’une ceinture bleue brodée d’or, est ravissant de grâce et de gravité naïve. Fn le regardant on se souvient du Bambino de la Vierge Conestabile , et l’on trouve en même temps quelque chose de plus large comme style et de plus élevé comme pensée, de plus vivant et de plus immatériel à la fois. Non qu’il ne se montre encore simplement enfant, ni qu’il ait la moindre prétention à exprimer de grandes idées d’avenir et de religion; Raphaël, en 1505, ne vise point aussi haut. Il s’en tient, comme doctrine, aux errements de Pérugin; mais il consulte de plus près et avec plus d’intelligence les maîtres étrangers à l’école. Dans ce tableau, l’enfant Jésus suit avec docilité l’impulsion de sa Mère; entre lui

et elle il y a union, harmonie, entente parfaite d’esprit et de cœur. Leurs traits se répondent et se reproduisent avec une expression et avec un sentiment identiques; leur beauté, comme leur âme, réfléchit un des purs rayons de l’éternelle beauté. Raphaël, à l’âge de vingt-deux ans, sait déjà faire aimer au plus haut point la nature ; il sait la faire également respecter; et c’est surtout par la représentation de l’enfance qu’il nous initie à ce respect et à cet amour. On s’incline instinctivement devant un pareil enfant, parce que. malgré la vérité naturelle dont il s’enveloppe, il s’impose à l'adoration par je ne sais quoi de divin. Aussi est-ce chose toute simple que de voir les plus grands saints respectueux et soumis devant cette Vierge et devant cet enfant. « Non-seulement, dit S' Augustin, nous ne péchons pas en adorant la chair du Christ, mais nous pécherions en ne l’adorant pas. »

S* Jean-Baptiste, qui n’est plus ici l’égal et le compagnon de Jésus, se montre dans la force et dans la dignité de son âge pour honorer et glorifier la Vierge et l’Enfant. Debout à la droite de Marie’, il tient de la main gauche une longue croix de cristal, met la main droite à sa poitrine et lève avec ferveur ses yeux vers le Verbe. La prière qui émane de ses traits est ardente et monte avec une vivacité singulière. De longs cheveux châtains tombent jusque sur ses épaules, et se fondent avec la barbe peu épaisse qui couvre

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