‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 157 sur 226 · Celte robe, bordée de noir au haut du corsage et retenue · texte numérisé non relu

Celte robe, bordée de noir au haut du corsage et retenue

porte une palme de la main gauche, et appuie la main droite sur la roue qui refusa de déchirer son corps. Sa tête, vue de profil à droite, dessine franchement l’ovale qu’affecteront désormais les têtes florentines adoptées par Raphaël. Nul doute n’est possible sur les principes qui ont présidé à l’exécution de cette figure. Les traits ont une ravissante douceur; l’œil abaissé sur l’enfant Jésus est rempli de tendresse; la bouche est émue; le menton, peut-être trop arrondi, produit une petite moue sans laquelle ce profil serait tout à fait beau. L’arrangement de la chevelure blonde est d’une grande élégance : de doubles nattes partent des tempes, couvrent l’oreille et vont se perdre dans la masse des cheveux; une autre natte plus fine couronne le front, forme comme un diadème et vient se nouer au sommet de la tête; enfin une écharpe légère et blanche passe des cheveux sur les épaules et entoure la poitrine, oii elle se colore d’une nuance rosée, délicate et tendre. On reconnaît là certaines combinaisons particulières à l’école de Pérouse, mais on remarque en même temps une indépendance et une variété par lesquelles Raphaël, tout en se conformant à la tradition, montre avec évidence un goût personnel et original. Cinq ou six ans auparavant, vers 1/|99 ou 1 500, Raphaël, âgé seule-

à la taille par une ceinture noire, découvre à la hauteur du cou un peu de la chemise blanche. (La même remarque de toilette est à noter pour la Vierge.) Les manches à crevés laissent paraître aussi des bouffants de linge blanc. Le manteau est jeté sur le bras gauche et enveloppe le bas de la figure.

LA VIERGE GLORIEUSE

ment de seize à dix-sept ans, suivant alors avec la plus entière docilité les exemples de son maître , s’était essayé déjà en présence de S" Catherine d’Alexandrie. Il l’avait représentée sur un petit panneau qui servait de volet à une Madone de Pérugin, et, dans cette première image, il avait mis sa candeur et sa pureté natives Cette première peinture n’est presque en apparence qu’une simple copie; en y regardant de plus près, on distingue le germe des qualités exquises qui caractériseront bientôt le plus grand des peintres. Il n’est pas jusqu’au paysage qui forme le fond de ce naïf tableau, où l’on n’entende déjà le prélude des plus suaves mélodies. Lorsque, en 1505, Raphaël revient vers la même figure, il y apporte, non plus seulement des promesses d’avenir, mais l’abondante moisson d’enseignements multiples fondus déjà dans une harmonie supérieure. Ce n’est pas encore, il est vrai, la perfection : Raphaël s’élèvera plus haut dans la S'1 2 3' Catherine de la galerie Aldobrandini* et surtout dans la composition des Cinq Saints *. La S" Catherine des religieuses de Saint-Antoine n’en est pas moins une figure dont la beauté pittoresque et la beauté morale sont en parfait accord. Cette fille de dix-huit ans, en qui Dieu

1. Raphaël avait point S,r Marie-Madeleine sur l’autre volet. Ces deux panneaux faisaient partie de la galerie Catnuccini à Rome.

2. Ce tableau est à la National Galtery. Le carlon, qui vaut le tableau, est au musée du Louvre. (V. plus loin dans ce chapitre.)

3. Ce dessin, dans lequel Str Catherine parait aussi, semble appartenir à l’année 1i>l2. (V. plus loin dans ce chapitre.)

LES VIERGES l)E RAPHAËL.

semble avoir réuni, comme dit Bossuet, « toute la force de son Saint-Esprit, » est là dans la simplicité de son caractère. « Elle a puisé sa science dans l’oraison', » et elle a employé cette science, non pour contenter son esprit, mais pour diriger son cœur; la foi est pour elle « l’appui et le fondement des choses qu’il faut espérer*. »

Debout sur le premier plan, de l’autre côté du trône de Marie, S* Paul est absorbé tout entier dans la méditation des écritures. De la main gauche il tient un livre ouvert *, qu’il soutient aussi de la main droite, laquelle porte en même temps une longue épée nue dont la pointe touche à terre. L’apôtre est vêtu d’une tunique de couleur sombre et d’un long manteau rouge brodé d’or qui l’enveloppe presque tout entier. Les pieds, comme ceux de S1 2 3 Pierre, sont nus. La tête est vue de profil à gauche. Tout le bas du visage est couvert d’une longue barbe qui descend jusque sur la poitrine. Les traits sont beaux et graves. Le front chauve4 est contracté ; le regard, abaissé sur le livre, est tendu. On reconnaît l’homme qui a prêché, combattu, gouverné. En voyant l’effort par lequel il aspire vers la vérité, on se rappelle « ces faiblesses toutes-puissantes par lesquelles il a établi l’Église, renversé la sagesse

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