‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 162 sur 226 · V., dans ce volume, p · texte numérisé non relu

V., dans ce volume, p

nez ont des proportions exquises ; les yeux, humblement abaissés sur le Rédempteur, brillent d’un bonheur sans mélange; la bouche, qui est aimante et qui n’a rien de sensuel, exprime le même bonheur, en y mêlant une douceur infinie. Cette dernière Vierge florentine n’a pas la grandeur imposante que prendront bientôt les Vierges romaines; elle est plus humaine, moins plastique, plus personnelle, et cependant elle n’a rien de trop particulier. Elle est heureuse, mais sans émotion terrestre et sans exaltation mondaine. Aucune tristesse, aucun trouble, aucun pressentiment d’aucun genre n’ont laissé sur elle la moindre empreinte; la Mater speciosa , dont la jeunesse n’a point été effleurée, a conquis la tranquillité parfaite et retrouvé pour l’éternité l’Enfant divin avec lequel elle s’est sacrifiée pour le salut du monde. Voilà l’idée religieuse contenue dans cette image. La réalité n’est pas sans y avoir aussi laissé sa marque. On reconnaît les traits caractéristiques de l’aimable nature florentine, et le type de prédilection sur lequel Raphaël a déjà répandu tant de pensées pures. La Vierge au Baldaquin rappelle la Vierge Canigiani, la Vierge d’Orléans, la Vierge de lord Cowper, la Vierge de la maison Niccolini, la Belle Jardinière et la Vierge de la maison Colonna; elle arrive, par des moyens également simples, à nous ravir dans un parfait contentement intérieur.

L’enfant Jésus, qui a rejeté bien loin de lui les voiles dont l’avaient enveloppé les religieuses du cou-

LA VIERGE GLORIEUSE

vent de Saint- Antoine, se montre aussi sous les dehors de la vérité naturelle et vivante ; mais en empruntant les apparences de la réalité, il relève néanmoins de l’idéal, et s’il ne s’impose pas comme Dieu, il se fait tellement aimer comme enfant, que par cet amour seul il mène encore à Dieu. Assis sur le genou droit de sa Mère, il s’abandonne au charme de la vie. Il regarde les saints avec complaisance, leur sourit et se donne familièrement à eux. Son corps est tourné à gauche; et, par un mouvement inverse, sa tête, inclinée sur l’épaule gauche, se tourne de trois quarts à droite. Ses cheveux sont blonds et rares, ses yeux sont brillants, sa bouche est aimable. Sans doute la physionomie est trop vive, trop spirituelle; plus de calme serait mieux. C’est le fait même saisi sur nature et rendu par un artiste supérieur, mais qui n’a pas encore pris le temps de se recueillir et de se fixer. N’oublions pas que nous n’avons là qu’une ébauche; qu’à cet enfant Raphaël aurait certainement ajouté quelque chose, et que nulle part dans ce tableau il n’a dit son dernier mot. Le corps de ce Bambino n’en est pas moins admirablement dessiné. Les jambes s’appuient sur le genou gauche de Marie; le bras gauche pend le long du corps, et le bras droit se pose avec abandon sur le cou de la Vierge. En examinant cette peinture, on se rappelle surtout l’Enfant de la Vierge Niccolini1; on reconnaît les mêmes principes,

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