Calicem meum bibetis. (Matlh., xx
2. JViti efficiamini sicut parvuli, non inlrabitis in regnum cœlorum. (Matth., xvm, 3.)
un livre fermé. Il s’entretient avec S' Bruno, et tourne vers lui sa tête qu’on ne voit que de profil perdu. Une abondante chevelure blanche couvre le crâne, et une barbe également blanche cache le bas du visage. L’œil est vif et ardent ; la bouche parle avec animation. On souhaiterait plus de calme dans les traits. Cependant, la désinvolture a pris déjà une noblesse remarquable. Répétons encore que Raphaël, en empruntant les dehors du Frate, n’a cherché dans ce travail de préparation que l’accent particulier, la tournure générale et le trait saillant de chaque figure, remettant à un travail ultérieur le soin d’adoucir certains contours trop accusés, de revenir sur certaines aspérités trop voyantes, de répandre enfin sur toutes les parties l’harmonie et la beauté suprême. Retenons surtout ici l’arrangement si libre et si spontané des draperies, le dessin si précis et si ferme des mains et des pieds, la construction si savante de la tête et du cou. Observons avec quelle étonnante flexibilité Raphaël se plie à toutes les pratiques du peintre dont il se fait volontairement l’élève. Non-seulement on se demande si cette peinture n’est pas de Fra Bartolommeo lui-même, mais on cherche dans toute l’œuvre du Fraie un tableau où son allure soit aussi vive, aussi dégagée, aussi indépendante. Raphaël, même en se servant d’un pinceau qui n’est pas le sien, marque son œuvre d'un signe particulier qui proclame sa souveraineté.
S1 Bruno enfin paraît à côté de S‘ Pierre. Enveloppé tout entier dans sa blanche robe de Chartreux, il tient
LA VIE RG F GLORIEUSE
de la main droite un livre1 2 3 4, el lève la main gauche vers Capôtre avec lequel il confond son amour pour Jésus et son admiration pour Marie. Son corps, tourné vers la Vierge, est vu de trois quarts à gauche, et sa tête se montre de trois quarts à droite. Ses traits, encadrés dans le capuchon blanc de la robe, sont ouverts à l’intelligence divine et rayonnants de clartés. On lui peut appliquer le mot de S1 Paul : « Le monde m’est crucifié et moi je suis crucifié au monde*, » mais les austérités, en sacrifiant son corps, ont fait resplendir sur son visage celte beauté par excellence qui est la sainteté môme. Dans la conversation qu’il échange avec S' Pierre, une ardeur céleste semble le transporter. Il parle « comme un homme venu du ciel et jaloux de l’ honneur de Jésus*. »>
Tels sont les saints qu’a engendrés cet enfant qui est Dieu dans les bras d’une mère vierge. Ces saints, k leur tour, engendrent Jésus-Christ dans les âmes, et partagent en quelque sorte avec la Vierge l’honneur d’avoir mis au monde la vérité môme* . Telle est la doctrine de l’Église, et tel est aussi l’enseignement moral que Raphaël a si admirablement exposé dans la série de ses Vierges glorieuses. La Vierge au Baldaquin ne con-
1. Ce livre est entr’ouvert et pose sur la dernière marche du trône de la Vierge.
2. JUihi tnundus cru.cifi.rus est , et ego mundo. (Galat., vi, 44.)