‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 185 sur 226 · Indi ail' eterno lume si drizzaro · texte numérisé non relu

Indi ail' eterno lume si drizzaro

Nel quai non si puô creder che s’invii Per crealura l’occhio lanto chiaro.

(Dante, Paradiso, canto xxxm, v. 43.)

LA VIERGE GLORIEUSE

par l’amour divin, tous, jusqu’au vieillard affaibli et préoccupé de sa propre existence. Raphaël sait faire, dans les idées générales, une paît suffisante à l’individu; entre l’abstrait et l’accidentel, personne n’a atteint la juste mesure avec une telle précision. Il est par excellence le peintre de l’idéal, et nul mieux que lui ne reflète la réalité. Il a donné, dans le donateur de la Vierge de Foligno, une image plus réelle et plus vraie que la réalité même. Il a saisi au vif Sigismond Conli, et en reproduisant avec fidélité les traits d’un homme, il a imprimé à cet homme le sceau de l’immortalité.

Au-dessous de la Vierge et de l’enfant Jésus, entre S* Jean-Baptiste et S1 François, S‘ Jérôme et le donateur, un ange est debout, vu de face, la tête et les yeux levés vers la Madone. Il tient des deux mains une tablette dont l’inscription, si elle a jamais été écrite, a depuis longtemps disparu Le corps pose sur la jambe gauche fixée verticalement à terre et plongée dans l’ombre, tandis que la jambe droite, légèrement tendue en avant, est en pleine lumière. Les épaules, la poitrine et toute la tête sont éclairées aussi des plus chauds rayons; le cou et le ventre, au contraire, sont vivement ombrés. En peignant cette petite figure, Raphaël a montré comme à plaisir toutes les ressources et tous les contrastes de son art. La beauté du visage, la pureté des lignes, la ferveur des traits,

t. Il est probable que cette inscription n'a jamais été qu'à l’élat de projet; car il n’en est fait mention dans aucun auteur.

l’arrangement des cheveux et des ailes, la justesse et la simplicité du nu, la force du modelé, l’éclat de la lumière, l’harmonie du clair-obscur, tout cela est inimitable et ajoute à cette œuvre, si complète et si merveilleuse d’ailleurs, une note particulièrement juste et sensible. « La foi et l’innocence ne se trouvent que chez les petits enfants1 * 3,...» dit le poète à la vue des anges dans le Paradis, et Raphaël le prouve à chaque instant. En mettant hors de cause la divinité de l’enfant Jésus qu'il montrera bientôt dans toute sa splendeur’, il n’a rien produit de plus beau que l’ange de la Vierge de Foligno. Admirable au point de vue pittoresque, cet ange établit au point de vue religieux une relation directe et palpable entre le ciel d’où il vient et la terre où il passe. Il ne cherche pas Dieu, il le porte en lui-même, et le possède pleinement, ne l’ayant jamais perdu. S’il est momentanément parmi les hommes, c’est pour leur apprendre à mieux prier, car « la louange qui sort des jeunes lèvres est la plus agréable à Dieu 9. » Voilà de ces choses que Raphaël rappelle sans cesse avec bonheur en les faisant aimer.

Enfin, ce qui est également merveilleux dans ce tableau, c’est l’atmosphère et le paysage... Le soleil

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