Mallh., xxi
LA VIERGE GLORIEUSE. 5ï9
répand ses purs et chauds rayons sur la terre transfigurée par la présence de la Vierge et du Verbe. Depuis le brin d’herbe et depuis la (leur des champs semés sur les premiers plans jusqu’aux sommets des horizons lointains et jusqu’au ciel même, tout est plein de la gloire de Dieu. Les saints, le donateur et l’ange qui est au milieu d’eux, tiennent à un sol qui n’a rien de factice ; mais au delà des premiers plans la réalité disparaît, l’apothéose commence, et tout semble noyé dans un océan d’azur. Le regard se perd alors au milieu de prairies idéales, doucement mouvementées, sillonnées de routes arrosées de cours d’eau, nuancées de teintes d’une douceur infinie1. Plus loin, une ville étage les uns au-dessus des autres ses monuments , ses fabriques, ses temples et ses ruines; des bois ajoutent à la mystérieuse beauté de cette ville, qui est adossée aux contre-forts des hautes cimes, dont les sommets se fondent avec les cieux. L’arc-en-ciel, aux feux irisés, sert d’auréole à cette immensité, au sein de laquelle les vibrations d’une lumière intense font entendre les plus brillantes et les plus douces mélodies’. La création, saisie d’une émotion sublime,
4. Sur ces prairies, un Iroupeau de moulons est guidé par un pasteur; deux personnages causent entre eux; un cavalier chemine précédé d'un piéton.
ï. Cet arc-en-ciel serait placé là, selon la tradition, pour consacrer la réconciliation et l'alliance du donateur avec Dieu. On aperçoit en outre une sorte de météore, dont la trajectoire lumineuse traverse l’air au-dessus de la ville. Ce météore, suivant une autre tradition, figurerait une bombe rappelant le danger que Sigisîii. 34
est comme en extase devant Dieu; la terre et les deux s’unissent dans une immense action de grâces, et l’on croit entendre les harpes d’or accompagnant les paroles du cantique : « O Dieu, c’est à vous que convient la louange dans Sion... Ceint de force, vous affermissez les montagnes par votre puissance. Vous soulevez les agitations de la mer, les bruits de ses flots et les tumultes des nations... Vous remplissez de joie les contrées où naît l’aurore, et celles aussi où se couche le soleil. Vous visitez la terre et vous remplissez ses désirs; vous la comblez de richesse. Vous préparez la moisson par les eaux abondantes dont vous remplissez vos fleuves. Vous enivrez les sillons, vous les pénétrez de vos pluies et vous bénissez les semences. Vous couronnez l’année de vos dons, et vos révolutions distillent l'abondance. Les pâturages du désert s’engraissent, et les collines se ceignent d’allégresse. Les montagnes se revêtent de brebis, les vallées se couvrent de froment ; tout s’écrie et chante des cantiques1 !... »
La Vierge de Foligno, outre les qualités éminentes de composition, de style et de dessin qui la distinguent, marque, au point de vue particulier de la couleur, une place spéciale et presque hors ligne à Raphaël. Vers 1511, de nouvelles influences agissent sur lui, et après s’être successivement assimilé l’esprit
mond Conli courut au siège de Foligno. D’autres prétendent que ce météore ferait allusion à la foudre, qui, en tombant sur la villa des Couli, aurait épargné Sigismond.