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bras, dans le mouvement des jambes; mais la sérénité n'a rien ici qui engendre la monotonie, et l’idée de l’immuable exprimée de la sorte est la négation de l’immobilité. En même temps que les épaules, entraînées par le mouvement de la tète, se tournent à gauche' vers Tobie, les bras se portent vivement à droite du côté de S‘ Jérôme pour retenir l’enfant Jésus; les jambes conservant d’ailleurs leur position primitive avec leur tendance vers la droite1, il résulte de cette double combinaison une variété et une spontanéité d’altitude qui auraient été un obstacle à la majesté de la Vierge, si Raphaël n’avait su, par une interprétation magistrale, accorder la vivacité d’un mouvement naturel avec la quiétude inséparable de la Vierge glorieuse. Le costume est le plus simple qui se puisse rêver. Un voile blanc s’enroule, dans les cheveux, autour d’un bandeau qui ceint la tête en forme de diadème; il tombe ensuite sur les épaules, et revient sur la poitrine. Il n’y a rien à reprendre à l’humilité de cet arrangement, et cependant l’art qui en a combiné les effets est tel, que nulle parure ne saurait rehausser «à ce degré la dignité de la Vierge. Ainsi, là où les contemporains trop païens de Léon X trouvaient un motif d’admiration, les vieux maîtres, épris de rigueur, n’auraient eu qu’à applaudir; Raphaël avait concilié, dans une harmonie supérieure.
t. A gauche du spectateur.
1. La jambe gauche pose verticalement et d’aplomb sur l'estrade, et la jambe droite est ramenée en arrière.
les droits de la beauté el les exigences de la foi. Une robe bleu clair, sévèrement taillée et sans aucun ornement, dessine les contours des bras', et dégage le cou; celte robe est en grande partie couverte par un large manteau d'un bleu plus vif, qui, jeté sur les genoux, enveloppe tout le bas de la figure, et ne laisse paraître que l'extrémité du pied gauche*. Rien de plus sévère et de plus gracieux que cet ensemble, où la couleur est à l'unisson de la simplicité des lignes. Le rose frais et transparent des chairs et le blond des cheveux s’accordent à ravir avec le blanc du voile et les deux bleus de la robe et du manteau. Une main magistrale et sure d’elle-même a disposé largement de procédés rapides, mais qui n’ont rien de sommaire , et coordonné les couleurs selon les lois mystérieuses de la plus noble harmonie. Les tons clairs et limpides rappellent presque les tons de la fresque. La lumière est partout sur cette figure centrale, où se doit porter principalement l’attention du spectateur; elle rayonne jusque dans les ombres diaphanes, à travers lesquelles on voit les contours et le modelé des formes. Les draperies sont disposées avec un goût que Raphaël lui-même a rarement égalé; elles couvrent tout sans rien cacher et rendent un compte rigoureux des parties qu’elles enveloppent. Aucun ornement, aucune broderie d’aucun genre. L’idée de la beauté absolue
1. Lu bras droit seul est visible, le bras gauche est caché derrière lu corps du l'Enfant.
î. Ce pied est nu et d’un très-beau dessin.
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naît de la sobriété de la couleur, de la grandeur et de la pureté des lignes. On se rappelle la Vierge de Samuel Rogers ’ et la Vierge délia Tenda *; mais en leur comparant la Vierge au Poisson , on trouve dans cette dernière une noblesse et une beauté plus grandes. Chose remarquable surtout, à mesure que Raphaël approche de la perfection et qu’il monte vers cet idéal impersonnel dont l'antiquité s’était éprise à sa manière, il apporte plus de cœur et d’âme dans l’expression de sa pensée. Vasari a dit, dans un élan de sincère enthousiasme : o Raphaël a montré ce qu’on peut répandre de beauté sur la physionomie d’une Vierge, en donnant aux yeux la modestie, au front l’honneur, au nez la grâce, à la bouche la vertu3. » Aucune Vierge, plus que la Vierge au Poisson, ne mérite cet éloge. Et encore le faut-il compléter en y ajoutant la plus exquise de toutes les qualités humaines, la bonté, car un des traits les plus particuliers et les plus permanents des Vierges de Raphaël, c’est qu’elles n’ont l’air d’être belles que parce qu’elles sont bonnes. » Quand Dieu fit le cœur de l’homme, il y mit premièrement la bonté*. » Voilà une parole divine. « Ce n’est ni le génie, ni la gloire.