Bossuet
ni l’amour, qui mesurent l’élévation de l’àrne, c’est la bonté. C'est elle qui donne à la physionomie humaine son premier et plus invincible charme; c’est elle qui nous rapproche les uns des autres; c’est elle qui met en communication les biens et les maux , et qui est partout, du ciel à la terre, la grande médiatrice des êtres ’. »
L’enfant Jésus, de son côté, complète et explique la pensée du tableau avec une vivacité d’expression et une spontanéité de mouvement qui ont quelque chose de décisif et d’irrésistible. Il reconnaît Tobie pour un des siens, et il veut s’élancer vers lui. Tandis que de son bras et de sa main gauches , rejetés en arrière et engagés dans la bible de S1 Jérôme, il affirme l’authenticité de l’Écriture; de sa main droite tendue en avant, il semble vouloir attirer à lui, retenir et caresser le jeune Tobie. Sa tête aussi, vue de trois quarts à gauche et penchée en avant, se porte vers Tobie et s’appuie avec douceur contre la joue de la Vierge; il veut entraîner sa Mère et la décider également en faveur du captif de Ninive...Tout cela est clairement indiqué, et nul doute ne nous paraît possible
i. Lacordaire, Conférences de Xotre-Dame, conf. 47*, De' la Création du monde par Dieu. T. II, p. 488, éd. in-12. — Nous ne parlons pas, à propos de la Vierge au Poisson, du dessin de la collection de Florence. C’est une esquisse faite très-librement à la sanguine, d’après le modèle vivant, et dans laquelle cependant on ne l*eut reconnaître l’esprit du maître. — Quant au dessin de la collection Lawrence, s’il a jamais été original, il no l’est plus maintenant, car il a été entièrement repris et refait au bistre.
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sur l’in Icnlioit de Raphaël... La physionomie de cet en-, fant Jésus est sérieuse, sereine, et, comme celle de la Vierge, parfaitement bonne : les yeux sont vifs, et le regard, tout bienveillant qu’il est, demeure plein d’autorité; le nez, la bouche et tous les traits enfin sont d’un dessin délicat, ferme, et expriment, en môme temps jqu’un sentiment presque familier, une solennité; vraiment religieuse. Le corps nu est dessiné, et modelé dans la perfection *; c’est la nature même, avec la spontanéité de ses mouvements et de ses gestes. Mais quelle élégance dans la forme, et quel discernement dans le choix du moment unique où la réalité confine à l’idéal! La couleur est ravissante aussi; il est impossible d’imaginer un pinceau plus souple, plus savant, plus libre, plus scrupuleux, plus indépendant. Toute la science et tout le goût possibles ne suffisent point à produire de telles œuvres, il y faut le génie, et Raphaël, si constamment visité par l’inspiration, a été rarement plus vivement inspiré. Nous sommes loin cependant du terme de cette ascension merveilleuse, et quelque haut que nous porte déjà l’Enfant de la Vierge au Poisson, il nous lient encore bien au-dessous du sommet où va nous élever bientôt l’Enfant de la Vierge de Saint-Sixte. Ici, rien de cette majesté presque terrible par laquelle Raphaël fera voir, dans un petit enfant, l’arbitre du monde et
I. Tout le corps du Uambino est nu, sauf une légère ceinture à l’aille de laquelle la Vierge retient son Fils.
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le souverain Juge. Le Batnbino se mêle encore aux hommes, se livre naïvement à eux et cherche à les subjuguer par l’amour; aucun trait de sévérité ne se révèle en lui, mais tous les signes extérieurs de la douceur et de la bonté se montrent avec évidence. Pour gagner les cœurs, l’enfant Jésus revêt les grâces naïves de l’humanité, et pour encourager la faiblesse humaine, il se fait bien réellement petit enfant.
Le jeune Tobie, présenté et soutenu par l’ange, s’agenouille au pied du trône de la Madone, en implorant le Verbe de Dieu. Rien ne surpasse la ferveur et la beauté de ces deux ligures qui apparaissent dans ce tableau comme l’image exaltée de la foi, de l’espérance et de l’amour.
Dès longtemps la renaissance italienne s’était éprise du jeune Tobie. Soit qu’elle eût voué une prédilection spéciale à ce personnage souvent contesté, soit qu’elle eût vu en lui l’image de l’âme conduite et protégée par les influences divines, elle avait ».imé à chercher la représentation idéale de ce personnage. Dante, ici comme ailleurs, avait pris l’initiative. Il avait vu Tobie dans cette rose mystique du Paradis. « là où la fleur est fournie de toutes ses feuilles, assis parmi ceux qui crurent dans le Christ à venir'. «> Il parle également de « l’ange qui guérit Tobie : Clie Tobbin rifece satio s. » On pourrait ensuite retrouver facilement d’âge en âge et d’école en école l’enfant miraculeux accompagné de