‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 213 sur 226 · SAINTE MARGUERITE · texte numérisé non relu

SAINTE MARGUERITE

(Au musée du Louvre).

Ce tableau fut peint pour François I" presque en même temps que la Grande Sainte Famille, et il est

t. Ce tableau, commandé et commencé en 1ot3, ne fut terminé que trois ou quatre ans plus tard. Cela confirme le témoignage de Vasari, disant que Francia mourut peu de temps après avoir reçu la Sainte Cécile de Raphaël et l'avoir fait placer à San-Giovanni-in- Monle. Vasari dit en outre que tous les instruments de musique, l>einls si précieusement aux pieds de la sainte, sont de la main de Jean d'Udine... Celte peinture a beaucoup souffert, et plus encore des restaurations que du temps. Enlevée par les Français, en <798. elle vint à Paris au musée Napoléon. Elle fut transportée sur toile par llacquin en <803 et très-impitoyablement retouchée. En <8<5, elle retourna en Italie, et prit place alors dans la galerie de Bologne. — De nombreuses copies ont été faites de ce tableau; une entre autres est à la galerie de Dresde ; une autre de Guido Reni est à Saint- Louis-des-Français, à Rome, etc. — Marc-Antoine, de son côté, a gravé du vivant de Raphaël une de ses plus belles pièces d’après un dessin exécuté pour ce tableau. Ce dessin, qui a été repris au bistre et entièrement lavé, était dans la collection Lawrence et nous l’avons vu il y a quelques années chez M. Clément, marchand d'estampes à Paris. Le musée Teyler, à Haarlem, possède une esquisse à la sanguine pour le S' Paul... L’estampe de Marc-Antoine

LA VIERGE GLORIEUSE

permis de croire avee Vasari que le nom de la propre sœur du roi, Marguerite de Valois, dicta le choix du sujet. Parmi toutes les saintes Marguerite1, Raphaël a choisi celle qui fut martyrisée à. Antioche de Pisidie pendant la dernière persécution générale. Cette sainte

diffère notablement du tableau. La S1* Cécile, au lieu de pencher la tète sur l'épaule gauche, l'incline sur l'épaule droite; le S* Paul, tout à fait de profil, tient son épée de la main droite et porte un livro de la main gauche; la Madeleine est complètement de profil auæi, la tète levée vers le ciel, et les cheveux épars sur les épaules; le S* Jean est presque de face; le S* Augustin enfin est mitré, et sa télé est penchée sur un livre. Toutes les différences sont à l’avantage du tableau. — Raphaël, en adressant cette peinture à Francia, le priait de « la retoucher, s’il y trouvait quelque défaut. » Voilà un trait de modestie qui peint Raphaël. Francia étant mort quelques jours après (6 janvier 1517), on attribua sa mort au chagrin qu’il aurait conçu de la supériorité de Raphaël. C'est là une fable; mais elle est l’expression du sentiment populaire et de l’admiration qui s’empara des Bolonais. La poésie latine et la poésie italienne firent assaut à propos de ce tableau, et Vasari nous a conservé ces deux vers :

i'iugant *oIa alii, teferanlquo coloribu» ora;

Cæciliæ i>« Raphaël atquo animum «xplicuit.

— Raphaël avait encore fait peindre à fresque sur ses dessins le Martyre de S“ Cécile à la Magliana. Cette peinture a été mutilée quand, pour ouvrir une tribune, on perça le mur sur lequel se trouvait ce tableau. Ce qui en reste a été transporté à Rome, dans la basilique de Sainle-Cécile-in-Transtevere. Marc-Antoine a également gravé cette belle composition, qu’on a faussement appelée le Martyre de S“ Félicité.

4. S,e Marguerite d’Angleterre, Slc Marguerite de Cortone, S*' Marguerite d’Ecosse, S1' Marguerite de Hongrie, S1* Marguerite de Ravenne, S1' Marguerite de Savoie, S1' Marguerite d’Allemagne, etc.

est nommée dans les litanies de l’ancien ordre romain, ainsi que dans les plus anciens calendriers grecs ; cependant ce ne fut qu’au xi* siècle, au retour de la première croisade, que son culte passa en Occident, où il prit rapidement une grande célébrité en conservant un caractère oriental et presque fantastique. La légende, en elîet, reprenant l’antique idée de la lutte perpétuelle du bien contre le mal, a personnifié dans cette douce sainte le triomphe de l’inoffensive vertu contre le vice le plus formidablement armé, et représenté la vierge martyre posant ses pieds délicats sur le corps d’un abominable dragon. Tel est aussi le motif du tableau de Raphaël... Au milieu de l’ombre épaisse d’un bois mystérieux, S" Marguerite s’avance, pure, radieuse, calme, à travers les hideux replis d’un monstre gigantesque. La tête et la poitrine portées en avant, la jambe gauche ramenée en arrière et la jambe droite posée sur l’aile formidable du dragon, elle foule de son pied les débris de l’ennemi vaincu. Or, pour terrasser ce terrible adversaire, pour réduire à l’impuissance ces mâchoires capables de tout engloutir et celte queue de serpent à l’étreinte de laquelle tout semble devoir céder, quellessont les armes de la sainte? la virginité, la foi, la jeunesse, la beauté chaste, reflet de l’éternelle beauté. Ia tête, de trois quarts à droite et presque de face, est en même temps naïve et remplie d’assurance; les cheveux blonds, séparés en bandeaux au milieu du front, sont dénoués sur l’épaule gauche et viennent flotter jusque sur la poitrine; ils sont coiffés d’une

Page 1