‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 218 sur 226 · I.A VIERGE GLORIEUSE. <H I · texte numérisé non relu

I.A VIERGE GLORIEUSE. <H I

d'un pallium idéal lissé d’or tombant jusqu’au bas de la figure1, et d’une longue chasuble brodée d’or et à revers rouge, qui enveloppe les épaules et les bras, et dont les larges plis se pérdent au milieu des nuages*. La tête est nue, et la tiare blanche, ornée de la triple couronne ’, est posée sur la balustrade qui s’étend horizontalement au bas du tableau. Il est impossible de voir une représentation plus fervente, plus grandiose et plus vraie de la souveraineté pontificale. Le crâne est chauve et ne conserve plus qu’une couronne de cheveux gris. La face amaigrie est remplie d’ardeur et de force : l’œil pénètre

du vêtement sacerdotal. Il consiste en une pièce d’étoffe de lin, qui peut au besoin recouvrir la tète du prêtre, mais qui souvent aussi, comme on le voit ici, est tout à fait rabattue sur le cou et sur les épaules.

t. Le vrai pallium, décrit par Innocent III, consiste en une bande circulaire qui doit être de laine blanche semée de croix noires. De cette bande, qui passe sur les épaules, pendent devant et derrière deux autres bandes semblables, qui doivent être aussi en laine blanche et semées pareillement de croix noires.

4. La chasuble, dans la primitive Eglise, fut une dérivation du manteau des anciens, en latin penula ou casula. Elle se portail )iar-dessus la toge et couvrait toute la personne. A l’origine, elle fut ronde, ample et traînant jusqu'à terre, de sorte que, pour faire usage des bras et des mains, il fallait la relever et la replier sur les bras, comme on le voit dans le tableau de Raphaël. Plus tard, on en retrancha une partie sur les côtés, afin de dégager le mouvement des bras. La chape prit alors la place de l’antique chasuble.

3. On attribue à Boniface VIII (desGaetani, 4 Î94-4 303) l'origine des trois couronnes qui ornent la tiare pontificale. On n’en trouve du moins aucune trace dans les monuments antérieurs au xiv*’ siècle.

tout entier dans la splendeur de Dieu; et la bouche, quoiqu’en partie cachée par la barbe grise qui couvre le bas du visage, prie avec une vivacité extraordinaire. Le geste des bras, si résolu, si respectueux, est à lui seul un acte d’amour et de charité, et les mains ellesmêmes, d’un dessin si juste et d’un mouvement si hardi, ont leur éloquence particulière. Il semble impossible que, par une telle intercession, la justice divine ne se laisse pas fléchir. Raphaël, en représentant ainsi le pape Sixte II, n'a eu aucune prétention à la vérité historique. Mais toutes les invraisemblances et tous les anachronismes sont de mise au ciel , où tout est bien, pourvu que le sentiment religieux ne fasse point défaut. Or, on aurait peine à l’imaginer plus intense et plus vrai que dans ce tableau. Sans doute l’héroïque compagnon du pape Etienne I" et du diacre S1 Laurent n’a pas connu , dans les rigueurs de son apostolat, la somptuosité avec laquelle il est ici vêtu ; mais plus il a été persécuté sur la terre, plus sa gloire doit être grande dans les cieux *. Ce que Raphaël avait à chercher dans un tel personnage, c’est le caractère particulier qui en a fait un saint ; et voilà ce qu’il a parfaitement rendu, en imprimant tous

4. Le pape Sixte II était Grec d’origine. Il Tut diacre sous le pape S* Étienne, auquel il succéda en 257. Il ne siégea qu’un an. et fut décapité le 6 août 258, dans le cimetière de Calliste, pendant la huitième persécution ordonnée par l'empereur Valérien. Ses quatre diacres, S* Prétextât, S* Félissime, S‘ Agapit et S* Laurent. furent martyrisés avec lui.

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les signes extérieurs de la bonté au courageux confesseur que S' Cyprien a proclamé, dans un siècle rempli de violences, « amateur de la paix et excellent dans toutes les vertus. »

Su Barbe est en face de S1 Sixte. Son corps est de profil à gauche, du côté de la Vierge, tandis que sa tête, tournée sur l’épaule gauche vers le spectateur, se montre presque de face. On ne voit que le bras et la main gauches ramenés contre la poitrine. C’est le genou gauche, directement posé sur le nuage, qui soutient le poids du corps ; la jambe droite , qui se relève, touche aux nuées par le pied seulement. La tête est aussi belle, aussi jeune, aussi fraîche que le mouvement de toute la figure est aisé, élégant et noble. Où donc Raphaël, ailleurs qu’en lui-même, at-il trouvé cette sérénité? La sainte, en se penchant doucement vers la terre, semble vouloir recueillir nos espérances et nos vœux pour les porter au ciel. Elle est de ces vierges qui sont faites à l’image de la Vierge par excellence. Cependant elle affecte ici certaines apparences mondaines qui. à côté de la rigoureuse simplicité de la Mère du Verbe, établissent entre les deux figures une hiérarchie et comme une ligne infranchissable de démarcation. Plus on monte, plus tout se simplifie dans la grandeur. La chevelure de S,r Barbe est arrangée avec une certaine recherche; elle est trèsabondante, d’un blond cendré, et forme d’épais bandeaux ondes qui fuient de chaque côté des tempes et sont rompus par deux bandelettes blanches frans-

versalcs, dont l'une passe, comme un diadème, au sommet du front. Les yeux, abaissés vers la terre, sont parfaitement beaux ; la bouche est calme et douce; la pureté brille sur tous les traits. Les épaules sont nues, couvertes seulement par un voile de gaze blanche, qui flotte derrière le dos, passe sous le bras et revient sur la poitrine, où il est retenu par la main gauche. La robe, d’un violet virant à la teinte neutre, ne parait guère que sur le bas du corps; car un manteau vert, jeté par-dessus, enveloppe le torse, en ne dégageant que le bras, dont la manche est bleue sur le bras même, jaune et légèrement bouffante à la naissance de l’épaule, et jaune aussi sur l’avant-bras. Tout cela est d’une grande tournure et d’un goût exquis. La figure, ainsi drapée, prend une désinvolture charmante, qui. sans détourner de l’idée religieuse, laisse place aussi à un sentiment plus humain ‘... Chose remarquable : la S,e Barbe et le S' Sixte paraissent peints exclusivement d’imagination, et tout porte à croire que Raphaël , satis recourir à la nature, s’est contenté pour eux des indications sommaires que lui fournissait sa

1. Derrière S1' Barbe, une petite tour, rappelle la légende de cette vierge. Baronius indique S‘* Barbe comme disciple d’Origène, et place son martyre pendant la sixième persécution generale, qui eut lieu en 335, sous le règne de Maximin I. Dans les Actes de Métaphraste et de Montbrilius, on lit que S1' Barbe fut martyrisée à Héliopolis, en Égypte, sous le règne de Galère, vers l’an 306. Ce récit s’accorde avec le ménologe de l'empereur Basile et avec, le synaxairc des Grecs. (V. Joseph Assemani, du Calend. univ., t. V, p. 40S.)

mémoire; pour la Vierge et pour l’enfant Jésus, au contraire, il semble avoir imposé à son inspiration (nous l’avons vu), le contrôle de la réalité. Or, quelque admirables que soient les deux figures de saints, elles restent encore tellement au-dessous des figures de la Vierge et du Sauveur, que rien ne démontre avec plus d’évidence combien le génie même a besoin de la nature pour prendre son essor le plus haut. Ainsi Raphaël, en se fiant aux seules ressources de son infatigable invention, peint S' Sixte et S'* Barbe, et, bien que ces pures images apparaissent comme dégagées du limon de la vie, elles conservent néanmoins des attaches terrestres et mondaines qui les mettent presque à notre portée; mais il rêve en même temps de la Vierge et de son divin Fils, et ce rêve qu’il confronte avec le modèle vivant, ces conceptions qu'il assujettit à des entraves en apparence fatales à leur libre développement, les voilà qui s’élèvent radieuses et comme affranchies des liens matériels jusqu’au plus haut du ciel. C’est que l’absolu du beau et l’absolu du vrai sont inséparables.

Raphaël avait sans doute pensé que les seules figures de la Vierge et de l’enfant Jésus, de S' Sixte et de S,e Barbe devaient suffire à son tableau-, mais le vide restant sous les pieds de la Madone était trop considérable pour être comblé seulement par des nuages, et alors il ajouta celte barre d’appui rigide et horizontale sur laquelle sont accoudés les deux anges qui contemplent avec tant de ravissement la gloire de la

filfi . LES VIERGES DE RAPHAËL.

Vierge. Ces anges, en effet, semblent peints après coup, car, exécutés avec une pâte légère, ils recouvrent à peine et laissent transparaître les nuages qui sont encore au-dessous. — Le premier de ces esprits célestes, à la gauche du spectateur, est vu de trois quarts à droite. Il s’appuie de l’avant-bras droit et du coude gauche sur la balustrade ', et, mettant son menton dans sa main gauche, il lève vers la Vierge sa tête plongée dans l’extase. Ses cheveux, d’un blond un peu foncé, présentent un harmonieux désordre ; et. tandis qu’un bel effet de clair-obscur répand des lueurs transparentes sur presque toute la face et notamment sur le côté gauche, un rayon de vive lumière vient frapper le nez et le côté droit du front. Les yeux, grands ouverts et fixés vers Marie, se remplissent d’une joie divine; la bouche, sur laquelle se posent les doigts de la main gauche, est grave et tendre à Ja fois. — Le second ange se montre de trois quarts à gauche et presque de face. Ses avant-bras sont tous deux placés sur la balustrade, et sa tête est appuyée sur ses mains croisées l’une sur l’autre. En levant aussi ses yeux au ciel, c’est vers la Madone également qu’il les dirige; mais quelque belle que soit cette petite figure, celle de son compagnon est beaucoup plus belle encore. De petites ailes aux vives couleurs5

I. Celte balustrade est de couleur verdâtre. î. Les ailes du premier de ces anges sont rouges à leur naissance et vertes à leur extrémité; celles du second sont entièrement d'un rouge feu.

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