I.A VIERGE GLORIEUSE. BI
complètent ces créatures aériennes, toujours vivantes autour de Raphaël et toujours prêtes à s’envoler de son pinceau. Bien que tenant à la nature par les liens les plus intimes, bien que trop familières peut-être d’attitude et de geste, elles sont surnaturelles par la clarté de leur intelligence et par la puissance de leur admiration. Leur candeur et leur beauté nous enchaînent. Elles sont pleines de zèle et d’enthousiasme; elles ont la grâce des amours païens fondue dans l’innocence et dans la chasteté chrétiennes. Leur foi est belle comme le ciel, et en les aimant, c’est presque pour Dieu lui-même que l’on se prend d’amour.
Telles sont les différentes parties de cette œuvre, toutes ces parties formant par leur réunion la plus sublime harmonie, et chacune d’elles en particulier apportant une note divine à ce céleste concert. Par quels procédés ce tableau a-t-il été fait? On ne saurait presque le dire, tant la partie technique de l’art disparaît. tant l’inspiration prédomine. Si rien n’est aussi grand comme idée, si rien n’est aussi beau comme forme, rien aussi n’est plus prodigieux comme exécution. Dans ce tableau, la simplicité touche au mystère. En adoptant la peinture à l’huile, Raphaël ne lui a rien demandé des artifices par lesquels elle captive les yeux. On dirait plutôt l’austérité de la fresque. Rien d’éclatant, rien de chatoyant; rien, au contraire, qui ne soit fait pour détourner de la matière, rien qui ne s’adresse d’abord et directement à l’esprit. Raphaël a visé au sublime, et le reste lui a été donné par surcroît. La
couleur est juste ce qu’elle doit être dans un tel sujet ; tout en se tenant dans une gamme douce, calme, paisible, elle est resplendissante de lumière, et l’on se demande si ce n’est pas la main d’un ange plutôt que la main d’un homme qui a pu réaliser une telle merveille *.
La Vierge de Saint-Sixte est le plus beau tableau qui soit au monde. Copier cette Vierge, c’est tenter l’impossible. Regardez-la cent fois, et cent fois elle se révélera sous des aspects nouveaux*... C’est, dit-on.
1. En 1847, Palmaroli vint de Rome pour nettoyer ce tableau. Il découvrit que la partie supérieure du rideau et une partie de l’auréole se trouvaient repliées dans le cadre, et il rendit au tableau ses dimensions primitives. Cependant Palmaroli n’avait pu remédier à la sécheresse générale qui accablait cette peinture, sans doute trop longtemps exposée aux ardeurs du soleil. Il n’avait pas pu davantage enlever une foule de taches qui criblaient le tableau et remplissaient notamment l’auréole lumineuse tout autour de la Vierge. On a eu recours, il y a une douzaine d’années, à un procédé nouveau , qui a produit des effets immédiats et satisfaisants. On a imprime une huile volatile au revers du tableau. A l’instant les taches ont disparu et les couleurs ont été ravivées. L'avenir seul prononcera définitivement pour ou contre ce procédé.
4. Parmi les milliers de reproductions qui ont été faites de ce tableau, la gravure de M. Muller, bien que très-insuffisante, est sans contredit la meilleure. Cependant M. Relier achève en ce moment une estampe qui sera préférable encore. — On trouve au musée de Rouen un tableau semblable qui vient de l'abbave de Sainl-Amand. On a prétendu que celte répétition avait été faite par Raphaël pour le cardinal d'Amboise. Mais le premier cardinal d’Amboise mourut à Lyon en 1540, huit ans avant que Raphaël songeât à la Vierge de Saint-Sixte; et le second cardinal du même nom n’entreprit qu'en 454i la réédification de l'église de Saint- Amand. Le
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devant ce tableau que Corrége s’écria : « Et moi aussi, je suis peintre! » Si l’anecdote n’est pas vraie, elle est au moins vraisemblable, car une telle œuvre pouvait bien porter dans l’âme d’un peintre l’enthousiasme jusqu’à la révélation. On a voulu cependant démontrer que le tableau du monastère de Saint-Sixte était incompatible avec la manière de voir du Corrége'. Mais les raisons qu'on a données sont très-insuffisantes; bien que Raphaël et Corrége n’aient en apparence rien de commun, il est certain que l’un a bien pu ouvrir à l’intelligence de l’autre les vastes horizons vers lesquels il allait aussi se lancer. Sans doute Corrége ne se mettra point à la remorque de Raphaël, sans doute les procédés qu’il adoptera seront autres ; mais, ainsi que Raphaël, Corrége se dévouera tout entier à la recherche du beau, et, engagé dans une direction différente et qui sera loin de le conduire aussi haut, il trouvera également moyen de s’immortaliser. Dans la Vierge de Saint-Sixte, il n’y a nulle prétention à l’éclat extérieur, il y a presque même comme un dédain des procédés matériels ; le pinceau le plus sobre a servi la pensée la plus simple, et l’austérité des lignes semble avoir fait bon
tableau, d'ailleurs, démontre plus péremptoirement encore la fausseté de l'attribution qu'on lui a donnée. C'est une répétition du xvie siècle, d'un dessin peu élégant, d'ilne pâte massive et rougeâtre, avec des variantes considérables, puisque le pape Sixte a été remplace |>ar l'évêque de Saint-Amand.