Cos'i la mente mia lutta sospesa
Mirava tissa, immobile ed attenta;
K sempre di mirar faceasi aceesa.
(Dante, Paradiso, canto xxxm, v. 97.)
a» LES VIERGES DE RAPHAËL.
venait de les traverser, et leurs ténèbres intérieures s’en étaient éclairées un instant. Nous avons souvent et dans bien des pays répété cette observation, et elle nous a toujours démontré que ces tableaux portent partout avec eux, à des degrés différents, une incontestable supériorité morale.
Voulons-nous avoir la preuve certaine de cette supériorité, rentrons dans la galerie de Dresde et jetons notre dernier regard sur la Vierge de Saint-Sjxte. C’est, il est vrai, le chef-d’œuvre de Raphaël, mais il est. placé là à côté des plus beaux tableaux des maîtres les plus grands. Or, quand on est sorti de cette galerie, le souvenir des peintures les plus brillantes qu’on y a admirées disparaît presque, tant il est relégué sur un plan secondaire; toujours l’incomparable Madone domine et efface tout devant elle. La Vierge d’Holbein seule peut se présenter à la mémoire à côté de la Vierge de Raphaël, mais bien au-dessous, comme la vie dans ce qu’elle a de plus sain à côté du rêve dans ce qu’il a de plus poétique, comme une vraie et sainte mère de famille à côté d’une mère vierge et divine. Holbein , tout en nous ravissant d’admiration, ne nous peut arracher à la terre. Sa Madone a beau être couronnée d’un riche diadème, cette couronne n’est qu’un ouvrage de main d’homme, et cette prétendue Mère du Sauveur n’est elle-même qu’une femme parfaitement bonne et simple, qui a vécu, qui a souffert, et dont la jeunesse est déjà presque évanouie ; c’est l’idéal des mères, mais, loin d’être la
CONCLUSION
Vierge, ce n’est même pas une vierge. Quant au Bambino, rien en lui non plus de transfiguré, de divin; son apparence abattue, maladive, a même fait reconnaître le plus jeune des enfants du bourgmestre Jacob Mayer, que le peintre aurait confié à la Madone pour qu’elle voulût bien ranimer sa vie prête à s’éteindre. Raphaël, au contraire, d’emblée nous élève au ciel. Sa Vierge n’a pour parure que l’éclat de son incorruptible beauté, et tous les nuages de la vie se dissipent devant elle. Rayonnante de la souveraine joie, elle nous élèverait avec elle au sein de l’éternelle lumière, si le regard sévère du Dieu qu’elle porte dans ses bras ne nous rappelait à notre insuffisance.
Après un tel témoignage de génie. Raphaël pouvait. mourir. Il avait lutté vingt ans sans relâche et sans défaillance pour la beauté pure, et il l’avait élevée à l’extrême limite où notre nature bornée peut atteindre. Dans un siècle envahi par la matière, il avait fait triompher l’idéal; dans une époque de pédantisme, il avait fait régner la simplicité. Il avait su conserver sa pleine et entière originalité en se faisant l’apôtre de la tradition, demeurer chrétien en se déclarant passionné pour l'antiquité. Une intuition prodigieuse lui avait révélé les plus anciennes conceptions du christianisme '. Cette Renaissance, que dix générations successives* avaient
1. V. notamment, à côté do la Vierge du cimetière de Prisrille ■j'(t. I, p. 3), la Vierge de lord Ellesmere (t. III, p. 82).