Mulli unum corpus sumus in Christo. (Rom., xn
5. Adgrcdere o magnos (aderiljam tempus) honores, Cura deurn soboles, magnum Jovis incrementum I
La nature, en effet, s’épanouit avec ravissement en présence de la Vierge et du Verbe. Les fleurs envoient à l’enfant Jésus leurs plus doux parfums, les brises leurs haleines les plus caressantes:
Ipsa tibi blandos fundent cunabula flores1.
« Les fleurs vont éclore d’elles-mêmes autour de ton berceau... » La pureté de l’air, l’odeur de la terre fraîchement parée, donnent à cette peinture l’apparence d’une fêle divine. Le tertre sur lequel repose la Madone est couvert de gazon. De chaque côté, les arbres d’un vert pâle frémissent sous un souffle bienfaisant. Les eaux limpides coulent doucement k travers les prairies, et vont se perdre au loin dans un horizon de montagnes bleues qui se fondent avec le ciel. Je ne connais pas d’accords plus entraînants, ni de modulations plus suaves. C’est un printemps idéal dont la Vierge est le principal enchantement. La femme est la poésie de l’homme; c’est par elle que l’homme voit toutes choses sous un jour enchanté. Nulle part on ne comprend mieux cette vérité que devant de tels tableaux. C’est comme une vie nouvelle qui nous est révélée par la Vierge. « De même que
Adspice convexo nulantcm pondéré mnndum, Terrasque, Iractusque maris, cœlumquc profundum; Adspice, ventura lætanlur ul orniiia sæclo.
(Virgile, Èglogue îv, v. 48-5Ï.) 1. Virgile, Églogue îv, v. 23.
la mort nous est arrivée par la femme, la vie par la femme aussi nous arriva1. » Pour s’excuser auprès de Dieu, Adam avait dit : « La femme que vous m’avez donnée m’a présenté de ce fruit et j’en ai mangé. » L’homme doit dire à Dieu en regardant la Vierge : a La femme que vous m’avez donnée m’a présenté le fruit divin et j’en ai été régénéré1. »
La Vierge de la maison Colonna semble n’avoir pas été achevée. On regretterait cependant que l’exécution eût été poussée plus loin. Cette Madone a été conçue pour être telle qu’elle est. Le maître lui a communiqué spontanément l’esprit et la vie, et elle a un genre d’éloquence qui n’appartient qu’à elle. C’est vraiment une surprise autant qu’une apparition. Rien n’est fini dans ce tableau, où tout paraît avoir été donné à l’inspiration d’un moment unique. Le dessin, fait de verve, est d’un seul jet, et la couleur, par sa prodigieuse légèreté, semble se dérober aux lois de la matière. On se sent vivre avec bonheur dans cette atmosphère d’une diluité infinie. Tout y est rose et bleu comme dans un songe. Dieu s’unit à la nature et à l’homme au milieu des plus tendres harmonies. Il y a là une aisance de conception et une simplicité de moyens qui échappent à l’analyse. On ne peut pas dire cependant que, dans une pareille œuvre, Raphaël se soit affranchi de la nature non plus que des Florentins dans l’intimité des-
I. Sl Augustin, de Agone. chrisliano, c. xxii. ï. S1 Bernard, serm. 17 De diversis.
quels il vivait. On le voit encore tout pénétré des études vivantes qu’il avait faites pour la Vierge de la maison Niccolini, et on le sent aussi sous le charme de Fra Bartolommeo. Cette large manière de peindre et de distribuer la lumière sur les draperies et sur les chairs, c’est au Frate qu’il en a dérobé le secret. Les types eux-mêmes ne sont point étrangers au peintre dominicain. Mais à côté de ces réminiscences, quelle transformation, quelle métamorphose, quelle originalité! Ce qui était charmant sous la main de Fra Bartolommeo devient divin tout à coup sous le pinceau de Raphaël1.
Cette Madone demeura d’abord à Florence, où elle entra dans la maison Salviati; et de là elle passa à Rome dans la maison Colonna dont elle prit définitivement le nom. Elle appartenait à Maria Colonna, mariée au duc Giulio Lante délia Rovere, lorsque le chevalier Bunsen l’acheta pour le compte du roi de Prusse1. Cette Vierge est maintenant la perle la plus
4. Raphaël avait préludé à ce tableau par un dessin dans lequel on retrouve quelque chose de la même séduction. Ce dessin appartient au musée du Louvre. Marie, assise au milieu d’un paysage, tient Jésus sur ses genoux et le regarde avec bonheur. L’Enfant, de sa main gauche, cherche le sein de la Vierge, qui porte la main à sa poitrine par un mouvement familier à toutes les mères. Ce dessin est lavé au bistre, avec une légèreté, une grâce et une fantaisio insaisissables. M. Henriquel Dupont, en gravant au burin cette esquisse toute spontanée, a tenté, avec les ressources d'un talent de premier ordre, la solution d'un problème insoluble.