‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 33 sur 226 · Jean, i · texte numérisé non relu

Jean, i

t. Ibid.

visible au inonde invisible. Et ce n’est pas l’homme seulement, c’est la création tout entière qui, sous ce regard virginal, va faire alliance avec le Créateur. Raphaël, dans les tableaux qui vont nous occuper, réalisera ce rêve avec un bonheur et une abondance de génie que rien n’égale. Son enfance chrétienne lui avait appris à aimer Dieu, et à aimer en Dieu la nature et l’humanité. De ces premières impressions, il gardera l’amour de l’harmonie, l’horreur de la violence. Nous l’avons vu se détourner du Calvaire avec horreur. Au gibet sanglant du Golgotha, il a préféré la légère croix de roseau placée avec tant de poésie, sous la garde de la Vierge, entre les idéales figures de l’enfant Jésus et du petit S1 Jean.

Dans le précédent chapitre déjà, on a vu Raphaël se complaire dans les conceptions de son maître, avant de se livrer à ses propres inspirations. Ici encore la même observation doit être faite, car c’est à une peinture de Pérugin que le Sanzio emprunte le premier tableau dans lequel il célèbre l’affection naissante de Jésus et de S' Jean-Baptiste. La Vierge ne paraissant pas entre les deux enfants , ce tableau semble se dérober à notre sujet. Il est impossible cependant de ne pas rappeler une telle peinture : d’abord à cause du souvenir charmant qu’elle laisse après elle, et ensuite à cause du lieu où elle est encore placée.

Pietro Vannucci avait peint à Pérouse, pour l’église

lit. 8

Santa-Maria-dei-Fossi, un tableau représentant la Famille de la Vierge'. Marie est assise sur les genoux de Sle Anne ; à ses côtés sont S‘ Joachim et S' Joseph, Sle Cléophas et S" Salomé; tandis que devant elle s’ébattent des enfants au nombre de six1, parmi lesquels on remarque surtout S' Jean- Baptiste embrassant Jésus. Raphaël, très-jeune encore, a reproduit ces deux dernières figures et il se les est appropriées, en répandant sur elles une grâce, une tendresse, un charme qu’on chercherait vainement à ce degré dans l’œuvre de Pérugin. Le fils d’Élisabeth et le fils de Marie sont assis sur une marche d’or qui se détache elle-même sur un fond d’or. Le petit S1 Jean tient sa croix de jonc et enlace de ses bras l’enfant Jésus’. L’un donne en respect ce que l’autre rend en bénédictions. Tous les deux, graves, recueillis, naïvement solennels, portent déjà vers l’avenir leurs précoces méditations. Cette peinture, qui a gardé toute la fraîcheur du premier âge. se place devant nous comme un délicieux prélude aux tableaux qui vont suivre. Elle décore aujourd’hui la sacristie de l’église Saint-Pierrehors-les-Murs; à Pérouse. Dans cette même église et dans cette même sacristie, Pérugin a laissé plu-

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