‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 34 sur 226 · Ce tableau se trouve. maintenant au musée de Marseille · texte numérisé non relu

Ce tableau se trouve. maintenant au musée de Marseille

i. Voir le dessin de ces enfants dans la collection des Offices à Florence.

3. Une légèro draperie rose est jetée sur les épaules de Jésus. Une draperie jaune accompagne la figuro de S' Jean. Ces deux enfants, peints en détrompe et très-bien conserves, sont un peu moins grands que nature.

sieurs autres tableaux'. Spagna, Adone Doni, Orazio di Paris Alfani, les plus illustres parmi les condisciples de Raphaël y ont également écrit leurs noms dans des œuvres remarquables5. Cependant le regard et l’esprit s’éloignent involontairement des œuvres originales pour s’absorber tout entiers dans la simple copie. C’est que l’élève a mis dans cet acte de soumission tout son cœur, et, bien qu’encore enfant, quelque chose déjà de sa divine intuition *. C’est d’ailleurs pour nous une heureuse fortune d’être introduits par Raphaël lui-même, au début de ce chapitre, dans un sanctuaire dont les conditions pittoresques. en prêtant une poésie particulière aux relations naissantes de Jésus et de son précurseur, vont nous éclairer sur l’esprit des peintres ombriens et de Raphaël lui-même en présence de ce sujet.

I. On remarque surtout : dans le chœur, la Vierge et l’Enfant entre deux anges; dans une des chapelles do gauche, une Pielà; dans la sacristie, les figures de S1' Scholastique, do S,r Constance, de S* Pierre abbé, de S1 Hercule et de S‘ Maure.

î. Voir dans cette église, qui appartient à un couvent de Bénédictins, la Madone de Spagna, l'Adoration des mages d’Adone Doni, la Résurrection d’Orazio di Paris Alfani, etc.

3. Jo ne puis résister au plaisir de rappeler, en présence de la première peinture de Raphaël, l’admirable tableau de lord Ashburton, dans lequel Léonard a épuisé tout son charme pour représenter aussi l'enfant Jésus et le petit S1 Jean jouant avec l’Agneau. Jésus entrasse l’Agneau et nous regarde en même temps avec une gentillesse ravissante; il nous attire et nous fascine par sa grâce mystérieuse et impénétrable. Le petit S' Jean, de son côté, admire son jeune maître et lui sourit avec enthousiasme. Un grand lis jaune s’élève au milieu du tableau et fleurit entre les deux enfants.

Quand, après avoir parcouru la basilique de Saint- Pierre-hors-les-Murs ' et avoir longuement admiré les œuvres d’art qu’elle renferme en grand nombre, on arrive au fond de la tribune, une porte s’ouvre et tout à coup des flots de lumière envahissent les portiques, enveloppent les colonnes, éclairent d’un jour éclatant les tableaux et les sculptures, tandis qu’un horizon splendide, unique, éblouissant, se déroule comme les perspectives infinies d’un monde idéal. C’est pourtant une réalité, c’est pourtant la nature ; mais la nature telle qu’elle nous apparaît dans les poésies de S' François et de Jacopone de Todi, dans les tableaux de Pérugin et de Raphaël. La vallée du Tibre se déploie à une profondeur de plus de trois cents mètres, et les yeux ravis embrassent à la fois Assise et les pentes harmonieuses qui y mènent, et la Madone des Anges au pied de la cité sainte. On dirait que ce pays a été créé pour le mysticisme. Tout y est grave et doux, austère et sympathique, tendre et recueilli. C’est l’antique et sacerdotale Étrurie, avec ses temples en ruine et ses acropoles démantelées; c’est la pieuse et mystique Ombrie, peuplée de couvents et de basiliques. Rien de heurté

1 . Cetle église, en forme de basilique, a son architrave intérieure soutenue par dix-huit colonnes de granit et de marbre. Elle forme une véritable galerie de peinture, où la plupart des maîtres ombriens sont représentés. Les bois sculptés du chœur sont merveilleux; la tradition veut que Stefano de Bergamc les ail exécutés sur les dessins de Raphaël.

dans les lignes, rien de violent , et cependant rien de mesquin. Le jour est d’une remarquable limpidité. Il fait bon vivre ici parmi les fleurs , les oiseaux , la verdure, sous ce ciel large et bleu, semé çà et là de petits nuages blancs suspendus pour le repos de l’œil dans cette immensité. Les arbres, bien plantés et de formes élégantes, revêtus d’une légèreté aérienne et ouvrant à la lumière leurs feuillages transparents, reflètent fidèlement l’humeur du ciel, et. selon les heures du jour, s’imprègnent d'une poussière d’azur, d’or ou d’argent. Les vallées fertiles, fraîches, parées, sont enchâssées entre des collines que couronnent les cités. L’amour déborde du sein de ces campagnes religieuses, où tout semble prier, où l’âme, conviée par la nature, se repose, se calme, reprend des forces, devient fervente et passe sans effort du réel au divin. Quelle contrée plus propice à la poésie? C’est là et non ailleurs que devait naître S' François :

« Entre le Tupino et l’eau qui descend de la colline choisie pour sa demeure par le bienheureux Ubald, une côte fertile descend de celle haute montagne,

« D’où Pérouse sent venir le froid et le chaud par la porte du Soleil, tandis que derrière la montagne pleurent sous un joug pesant Nocera et Gualdo.

« Sur cette côte, là où la pente devient moins raide, naquit au monde un soleil, comparable au nôtre, qui semble parfois sortir du Gange.

« Or que ceux-là qui veulent parler de ce lieu ne

l’appellent pas Assise, car ce nom dirait trop peu de chose; mais qu’ils l’appellent Orient, s’ils veulent employer le mot propre1. »

C’est au milieu de ce pays, tout peuplé de légendes, que devait se développer l’art mystique de la Renaissance, jetant de profondes racines dans cette terre propice et élevant sans effort ses rameaux jusqu’au ciel. Sans doute, pour les Italiens de ces belles époques, la nature ne fut jamais qu’un accessoire, un cadre admirablement approprié à la représentation du monde moral et surnaturel. Pour les peintres ombriens surtout, un sentiment d’austère christianisme subordonna toujours le monde extérieur à l’expression des vérités qui s'agitent au fond de l’âme humaine. Le paysage n’avait de prix pour eux qu’autant qu’il rendait les idées religieuses plus sensibles et plus claires; toujours il demeurait soumis aux choses qu’il était chargé de commenter et de faire comprendre; jamais

1 . Inlra Tupino o I’ acqua che discendc Del colle elelto dal beato Ubaldo,

Fertile Costa d’alto monte pende,

Onde Perugia sente freddo o caldo Da Porta Sole; e diretro le piange Per greve giogo Nocera con Gualdo.

Di quella cosla là, dov’ eila frange Più sua rattezza, nacque al mondo un Sole,

Corne fa questo lalvolla di Gange.

Perd chi d’esso loco fa parole,

Non dica Ascesi, che direbbe corto,

Ma Oriente, se proprio dir vuole.

(Dante, Paradiso, canto xi, v. 43.)

il ne devait attirer l'attention que pour la diriger vers les personnages dans lesquels l’artiste avait mis ses prédilections. Mais en restant fidèles à ces doctrines, tous les grands esprits ombriens ont aimé tendrement la nature. Ils l’aimaient surtout parce qu’ils la considéraient à la lueur du plan divin. On sait les ravissements de S1 François d’ Assise; de quel amour, de quelles prières, de quelles exhortations il entourait jusqu’aux oiseaux du ciel et jusqu’à la fleur des champs. Tout s’attendrissait devant lui, la férocité des bêtes aussi bien que la haine des hommes. Le même entraînement vers la nature restera comine un Irait caractéristique de l’art en Italie. « Giotto, dit Vasari, allait toujours s’inquiétant de la nature... Il peignait quantité de paysages pleins d’arbres et de rochers... »

A la fin du xvc siècle, le même amour se retrouve en Pérugin. Il est un des maîtres qui aient le mieux compris la nature et qui l’aient fait le plus aimer. Raphaël devait hériter de ce privilège, et y ajouter les dons particuliers de son propre génie.

L’enfant Jésifs, à peine sorti des bras de sa Mère, se porte vers le petit S1 Jean, et dans ce premier élan l’amour divin non-seulement enveloppe l’homme, mais se répand sur toute la création. Voilà ce que l’art chrétien a dû faire comprendre; voilà ce que Raphaël va nous montrer avec une incomparable poésie ; et voilà pourquoi, avant de commencer cette étude, nous nous sommes arrêtés à Pérouse sur le balcon de Saint- Pierre-hors-les-Murs. Nulle part on n’est mieux placé

pour saisir les rapports qui unissent les mystères de la nature aux mystères de la foi. Nous allons voir le groupe divin rayonner au milieu des splendeurs de la nature régénérée, et nous reconnaîtrons que, même en présence des lignes les plus imposantes et des perspectives les plus grandioses, jamais le souvenir des campagnes ombriennes n’abandonna le Sanzio. L’âme s’impressionne surtout des premiers spectacles qui l’ont saisie ; elle prend pour ainsi dire la forme des horizons qui l’ont ravie d’abord. Chaque fleur tient du sol, chaque homme tient de son pays. L’Ombrie a circonvenu de tous ses enchantements les vingt premières années de la vie de Raphaël, et elle a laissé en lui une ineffaçable empreinte.

Les tableaux de Raphaël (nous ne parlons que des tableaux authentiques) comprenant la Vierge, l’enfant Jésus et le petit S' Jean-Baptiste, sont au nombre de onze : 1° la Vierge du duc Terranuova ; 2” la Vierge de Taddeo Taddei ; 3° la Vierge au Chardonneret; 4° la Belle Jardinière; 5° la Vierge au Voile; 6" la Vierge de la galerie Esterhazy ; 7° la Vierge d’Albe; 8° la Vierge de la maison Aldobrandini; 9° la Vierge au Diadème; 10° la Vierge délia Tenda; 11° la Vierge à la Chaise.

LA VIERGE, JÉSUS. LE PRÉCURSEUR. lïl

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