‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 36 sur 226 · Vasari, t. VIII. p. 5 et · texte numérisé non relu

Vasari, t. VIII. p. 5 et

du duc Terranuova, qui a été probablement peinte dans la première partie de l’année 1505.

Au point de vue religieux, cette peinture a une signification particulière. L’enfant Jésus entre en communication intime avec son précurseur et lui enseigne directement qui il est, d’où il vient, où il va. Assis sur les genoux de sa Mère, il déroule une banderole que lui présente le petit S' Jean-Baptiste et sur laquelle on lit : Ecce Agmis Dei. Et non content de parler au fils d’Élisabeth, il prend à témoin de sa parole le fils de Zébédée, qui devra un jour la révéler au monde. Or, S' Jean l’Évangéliste étant de sept années plus jeune que Jésus*, il y a, dans la conception de ce tableau un anachronisme manifeste, et comme une atteinte à la lettre de l’Évangile. Mais l’esprit de l’Écriture y gagnant un nouveau commentaire, nous accueillons avec empressement cette jeune figure, qui porte à trois les enfants groupés autour de la Vierge.

La Vierge est assise sur un banc adossé h une rampe de marbre, derrière laquelle on aperçoit les plans variés d’une riche campagne*. Marie soutient Jésus de la main droite, tandis que la main gauche se lève avec précaution, prête aussi à protéger le corps de l’enfant. La tête de la Vierge, doucement inclinée sur l’épaule droite et penchée avec sollicitude vers le

1. S* Jean l’Évangéliste mourut à Épliôso, à l’âge de quatrevingt-quatorze ans, l’an 4 04 de Jésus-Christ.

i. .Ce tableau est rond. Les quatre figures qu’il renferme sont un peu moins grandes que nature.

Sauveur, est vue de trois quarts à gauche et presque de face. L’expression est douce et grave, sans tristesse, Les traits sont réguliers, d’un aspect un peu froid, mais faciles à pénétrer, et laissant transparaître une âme grande et forte. Deux bandeaux de cheveux d’un blond châtain encadrent le front et descendent le long des joues. Les yeux, abaissés sur Jésus et sur S' Jean, les caressent avec amour. Tout le visage est dessiné et modelé avec le plus grand soin. Une cape d’étoffe noire couvre le haut de la tête, et le voile de gaze qui accompagne la chevelure tombe sur les épaules et s’enroule autour de la poitrine. La robe rouge, nouée à la taille par un simple cordon, laisse voir le haut des épaules ; une bordure noire, rehaussée d’une légende dorée , orne cette robe k la hauteur des épaules. Le manteau bleu enfin, qui enveloppe tout le bras gauche, est ramené sur le genou droit, sous le corps de l’Enfant1. La Vierge, heureuse dans son humilité, couvre de son regard, entoure de ses soins, protège de ses mains cet enfant divin qui grandit pour le sacrifice. Elle pressent les contradictions qui atteindront son Fils; mais comme elle sait que ces contradictions la frapperont aussi, sa résignation surpasse son pressentiment et confine au bonheur.

C’ést surtout dans cette figure de Vierge que Raphaël montre à quel point le Vinci le séduit et l’attire. En présence de ce maître extraordinaire, de nouvelles

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