Un double filet d’or entoure ce manteau
facultés s’éveillent en lui, et il tente de vaillants efforts vers la perfection. Plusieurs dessins, conservés à l’Université d’Oxford et à l’Académie des beaux-arts à Venise, prouvent combien alors il fut préoccupé de Léonard. Ici, ce sont des têtes presque textuellement copiées d’après le Vinci; là c'est une petite esquisse tirée du carton de la Bataille d’Anghiari. Ailleurs, des enfants, très-soigneusement dessinés à la plume et d’après nature, sont modelés ensuite à l’aide de blancs et de noirs ajoutés sur le papier gris-perle qu’affectionnait Léonard et d'après les mêmes procédés d’exécution. Nul doute n’est possible à cet égard. « Quand Raphaël vit les ouvrages du Vinci, dit Vasari, il resta tout étonné. Ce style lui plut mieux qu’aucun autre; il l’étudia et quitta petit à petit, et non sans peine, la manière du Pérugin. » L’observation de Vasari est parfaitement vraie. En voyant les œuvres de Léonard, Raphaël admire et s’étonne; et comme il veut raisonner ses admirations et se rendre compte de ses étonnements, il déploie devant le maître florentin ses rares qualités d’analyse et toutes ses facultés d’assimilation. Il essaye, il tâtonne, il avance, il s’arrête, et n’emprunte finalement que ce qui lui permet de continuer à être lui-même. Regardons le dessin d’Oxford, et nous saisirons sur le vif le travail de ce grand esprit. Il copie rigoureusement, d’après le Vinci, un portrait de vieillard. Il s’enthousiasme, il s’enflamme; mais il sent en même temps que ce n’est pas là sa manière de voir et d’interpréter la nature. Alors il rentre en lui-même.
et, se fiant à son propre génie, il dessine une jeune tête de saint dans laquelle il s’élève d’un trait à une hauteur où nul autre que lui n’a jamais atteint. La grâce vient donner à ce simple croquis la valeur d’une chose divine. Raphaël n’a d’ailleurs aucune hâte, aucun parti pris de se dégager de ses souvenirs ombriens, et ce n’est que « petit à petit, » comme dit trèsbien Vasari, qu’il abandonne le style de Pérugin.
Ces observations trouvent leur rigoureuse application dans la Madone du duc Terranuova. Nul tableau ne donne une plus juste mesure de l’influence que Léonard exerça sur Raphaël. On voit la main du Sanzio s’essayant au milieu des ombres mystérieuses du Vinci. Le type de la Vierge lui-même rie paraît pas entièrement étranger à Léonard, et le mouvement de la main gauche est tout à fait dans ses habitudes. On peut s’en convaincre en regardant comparativement la Vierge aux Rochers'. Mais on comprend aussitôt que là n’est pas la voie de Raphaël. Le souvenir de Léonard, loin d’ajouter au mérite personnel du Sanzio, obscurcit plutôt la clarté de cette belle intelligence. Ce qui ravit surtout dans cette figure de Vierge, c’est l’accent personnel du peintre d’Urbin, c’est quelque chose de ce charme céleste que nous avons tant admiré dans la Vierge du Grand-Duc, avec un reflet, lointain déjà mais sensible encore, de la grâce mystique des écoles ferventes.
<. Au musée du Louvre.
Si, malgré cette tentative d’imitation, la Vierge demeure dans le sentiment de Raphaël, l’enfant Jésus et le compagnon de son enfance lui appartiennent plus exclusivement encore.
L’enfant Jésus, assis sur sa Mère, se penche vers S1 Jean-Baptiste. De la main gauche il attire à lui la banderole que lui montre son précurseur, et de la main droite il la soutient et la tourne de manière qu’on puisse lire le mot agnus. Les jambes croisées l’une sur l’autre rappellent encore celles de l’Enfant de la Vierge aux Rochers ; mais le mouvement général de la figure est original et tout spontané, il a été trouvé sans avoir été copié ni cherché. Il y a là un entraînement naïf et vrai qui défie toute comparaison. Jésus, ainsi représenté, divinise la bonté, comme il a divinisé toutes les vertus qui honorent l’homme et le font aimer. Sa tête, vue de trois quarts à gauche, exprime la bienveillance; ses traits ont un grand calme en même temps qu’une extrême douceur. Déjà il aime en Dieu, tout en se montrant encore un enfant.
Le petit S' Jean-Baptiste est debout à côté de Marie', tenant de la main droite la légende qu’il présente à Jésus, et portant de la main gauche une croix d’or longue et fine. Une peau d’agneau, taillée en forme de tunique, couvre sa poitrine, tandis que le bas du corps est enveloppé dans un manteau violet virant au noir*.