‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 4 sur 226 · Saint Augustin · texte numérisé non relu

Saint Augustin

3. Sic Maria dilexit muiuluin ut /ilium suum unigenitum ilaret.

parent, jeté sous ce manteau, protège, sans les cacher. les cheveux et le haut du front, et vient ensuite se nouer sur la poitrine. La tête, penchée en avant, a une expression de grande douceur. C’est l’àme d’un ange qui rayonne à travers les traits d’une vierge. Le visage n’a plus cette rondeur qu’il affectait encore dans la Vierge de la collection Solly. Il s’est sensiblement allongé. Ce n’est plus cette silhouette indécise qui flottait naguère entre la jeunesse et l’enfance, ce sont des traits dont la pureté est voulue, consciente, fermement arrêtée. On reconnaît déjà la forme ovoïde que Raphaël adoptera, en la perfectionnant encore, dans, les types les plus achevés de ses Vierges. Les joues sont pleines, et, sans avoir rien de massif, un peu lourdes encore par le bas. Le front, bien développé, est d’une inexprimable pureté dans son encadrement de cheveux blonds. Les yeux sont grands et recouverts par les paupières doucement abaissées; la tendresse en émane et les larmes sont près d’en couler. Le nez est droit. La bouche est petite, et les lèvres dessinent un arc encore un peu trop accentué. L’humilité, la bonté qui brillent sur toute cette figure, font presque oublier la tristesse qui s’y voit aussi. L’idée exprimée est vive et profondément sentie, et la forme qu’elle affecte est réelle et vraie. Raphaël ici ne s’est plus contenté des leçons de son maître, il s’est mis lui-même et sans intermédiaire en présence de la nature. La conception de cette Vierge est à la fois idéale et vivante. Une jeune mère, sans doute une

îî LES VIERGES DE RAPHAËL.

simple paysanne des environs de Pérouse, lui a servi de modèle. Il l’a d’abord représentée simplement, naïvement, telle qu’il la voyait, parée d’une beauté saine et pure. C’est ainsi qu’il la montre dans l’esquisse dessinée à la plume, appartenant à don José de Madrazo'. Puis répandant la grâce divine sur cette fraîche et- fidèle image, il en a fait la Vierge. Dans une œuvre d’art, l’esprit doit éclairer la matière et nous dégager du matérialisme; mais s’il faut qu’il la domine, c’est à la condition de ne la point opprimer et de respecter scrupuleusement la vérité. Voilà ce que comprend Raphaël, instinctivement et dès ses premiers ouvrages; voilà ce qu’il cherche dans la Vierge Connestabile. Concilier, associer dans une juste mesure ce que demande l’esprit et ce que voient les yeux, voilà ce qu’il veut déjà et ce qu’il voudra toujours.

L’enfant Jésus est également, dans ce tableau, la confirmation de cette manière de concevoir la vérité dans l’art. Raphaël a vu vivre cet enfant dans les bras de sa mère, et en reproduisant un des aspects de sa vie mortelle, il lui a presque donné l’immortalité. Le corps et la tête tendus vers le livre, le Bambino repose légèrement et avec abandon sur le bras de la Vierge. La main gauche ramenée sur la poitrine, il porte avec intérêt la main droite à la page où lisent ses yeux. Cet enfant satisfait à toutes les exigences de la vie réelle.

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