I. A droite du spectateur
dans cet arrangement, et en même temps rien que de chaste. Pourquoi la femme ainsi vêtue, sans la moindre recherche, sans une ombre de coquetterie, a-t-elle une grâce qui purifie tout ce qui l’entoure? C’est qu'elle porte en elle-même la seule parure capable de la faire véritablement aimer, la pureté, l’humilité, la douceur, surtout la bonté. Voilà les enchantements que Raphaël a répandus sur les traits de la Vierge. La tête est vue presque de face. Les cheveux blonds, relevés sur les tempes par deux nattes élégantes, s’enroulent sans apprêt, tombent derrière le cou , et forment le long des joues un encadrement d’or rehaussé des plus suaves modulations *. Voilà de ces combinaisons qui, sous une autre main, sentiraient l'afféterie, mais qui sont si naturelles, si exemptes d’effort, qui viennent tellement comme d’elles-mêmes sous le pinceau de Raphaël, qu’il faut un excès d’attention pour les remarquer. C’est que les traits du visage et l’expression qui en émane emportent tout. Or, nous voilà cette fois en présence du maître, sans aucune préoccupation étrangère. Si Raphaël a gagné quelque chose dans le commerce de Léonard et des autres peintres florentins, il a tellement transformé ce qu’il leur a pris, il en a fait à tel point sa substance, qu’il est impossible ici de signaler le moindre indice d’imitation. Le front de la Vierge au
1. Le voile traditionnel, simplement attaché sur le haut de la tête, ne couvre presque rien des cheveux.
Chardonneret, sans avoir les proportions exagérées qu’il affecte dans les Vierges ombriennes, conserve un beau développement. Les yeux, abaissés sur le précurseur, se reposent des méditations qu’ils poursuivaient dans l’Ecriture1. A la vue du Verbe et de S' Jean, Marie comprend le lien qui unit aux hommes la divinité de Jésus; et en caressant, en adoptant comme son propre fils le fils d’Élisabeth, c’est l’humanité tout entière qu’elle attire et quelle aime. Voilà ce qu’expriment aussi cette bouche silencieuse et ces lèvres où brillent la tendresse et la chasteté. Raphaël encore ici s’est souvenu des travaux qu’il venait d’exécuter à Pérouse quelques mois auparavant, et l’on ne peut se refuser à reconnaître certaines analogies de caractère entre la Vierge au Chardonneret et la Madone de la famille Ansidei*. Raphaël, dans ses Vierges, a laissé sa véritable empreinte. La pratique seule de la bonté pouvait lui permettre d’imprimer à ces idéales figures ce caractère de bienveillance. Il était aimable et doux envers les autres; c’est son propre cœur que reflètent ses Vierges, et c’est par là qu’elles se font aimer. « Tout ce qui n’a pas le caractère de la bonté n’inspire que la froideur5. »
L’enfant Jésus est debout entre les genoux de sa
t. La Vierge, nous l’avons dit, tient de la main gauche un livre ouvert devant elle.
2. Voir, pour cette Madone, le chapitre des Vierges glorieuses.