‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 55 sur 226 · Bossuet, t. X, p · texte numérisé non relu

Bossuet, t. X, p

d’assimilation sous le voile d’une véritable originalité ; mais on sent qu'il ne s’appartient pas d’une manière absolue, et l’esprit ravi n’est pas tout à fait convaincu. De même dans la Vierge au Chardonneret, Raphaël rappelle encore les traditions pleines de grâce au milieu desquelles il vient de se retremper à Pérouse. Néanmoins dans cette peinture il prend davantage possession de lui-même, et dans l’enfant Jésus surtout, il s’élève à une hauteur où lui seul peut monter. Vient enfin la Belle Jardinière, où, dominant à la fois la nature et l’art, il apparaît lui seul, avec les dons exquis de son génie.

On a beaucoup discuté sur la date précise qu’il faut attribuer à cette peinture. Plusieurs analogies la rapprochent de la Mise au tombeau, et, au verso même du dessin que nous avons étudié, on trouve quelques ébauches qui ont dû servir au tableau peint pour Attalante Baglioni. Donc Raphaël s’occupait en même temps de ces deux compositions. En outre, si l’on compare entre elles ces deux œuvres, on reconnaît que la chevelure du petit S1 Jean-Baptiste est traitée de la même manière que celle de Joseph d’Arimathie, que l’esprit qui préside à ces deux ouvrages a la même élévation, que les têtes respirent le même sentiment, la même âme. Dès lors, la Mise au tombeau étant de l’année 1507, il faut admettre que cette même date convient aussi à la Belle Jardinière. Raphaël, qui a écrit son nom iuphaello. vrb. sur la bordure de la robe de la Vierge, a mis égale-

ment la date de son œuvre sur la bordure du manteau; mais cette date, les uns la lisent mdvii, et les autres mdviii. Les partisans de ce dernier millésime (1508) s’autorisent surtout de Vasari. D’après l’auteur de la Vie des peintres, le Sanzio aurait peint la Belle Jardinière pour un gentilhomme siennois, Messer Filippo Sergardi, qui devint, sous Léon X, clerc de la chambre du pape. En partant pour Rome en 1508, Raphaël, n’avant pas achevé son tableau, aurait chargé Ridolfo Ghirlandajo de peindre la draperie bleue du manteau de la Vierge. Cependant Vasari n’est point aussi explicite que le trouvent ses commentateurs. Il dit en effet : Ed inlanto fece un ({uadro, che si manda in Siena, il i/uale nella partita di Raffaello rimase a Ridolfo del Ghirlandaio, perch’egli finisse un panno azzurro che vi mancava '. Mais rien là ne spécifie d’une manière certaine quelle fut la peinture à laquelle Ridolfo mit la dernière main. Et quand même il serait prouvé que c’est la Belle Jardinière que Ghirlandajo eut à terminer, je crois encore que la date de 1507 devrait être maintenue, et voici pourquoi : c’est qu’il n’est aucune preuve matérielle qui puisse prévaloir contre l’œuvre elle-même. Les textes se commentent ou s’altèrent, les signatures et les dates sont souvent douteuses ou apocryphes, mais le style est inaltérable, et pour qui sait voir il n’y a pas deux manières de le juger. Or, le style de la Belle Jardi-

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