‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 57 sur 226 · V. dans ce volume, p · texte numérisé non relu

V. dans ce volume, p

la tradition religieuse. La Vierge de la maison Colonna, au contraire, marque une tentative très-décidée d’émancipation; elle se dérobe à la règle, elle échappe presque à la réalité. Tout à. l’heure l’Ombrie ne suffisait plus à Raphaël ; voilà maintenant la Toscane dont les horizons lui semblent trop étroits. Il aspire vers quelque chose de plus grand, de plus vaste, et, avant de reculer les limites de la tradition, avant de remonter aux sources, il rêve, il imagine, au risque de se perdre au milieu des chimères. Devant la Belle Jardinière la paix pénètre profondément dans l’âme ; devant la Vierge Colonna la fièvre de l’inconnu s’empare de l’esprit, et, sans le troubler, le saisit et l’entraîne. Raphaël, dans le premier de ces tableaux, se contente encore du Dieu de son enfance; il est visible, dans le second, que ce Dieu ne lui suffit plus, et que, sans en renier l’image, il cherche à en agrandir l’idéale vision. Ainsi la Belle Jardinière doit avoir précédé la Vierge de la maison Colonna; c’est, par conséquent, la date de 1507 et non celle de 1508 qui convient à celte peinture. Que la draperie bleue, si l’on veut, trahisse une autre main ; que les extrémités des figures, les pieds de la Vierge surtout, n’aient point été terminées, je l’admets volontiers. Cela prouvera seulement que Raphaël, surchargé déjà de travaux, en conduisait plusieurs en même temps, qu’un tableau nouveau lui faisait laisser quelquefois un tableau déjà commencé, et que plusieurs mois pouvaient se passer sans qu'il trouvât le temps de revenir à l’ou-

vrage qu’il avait abandonné. Il est donc possible que Ridolfo Ghirlaudajo ait eu à terminer en 1508 une peinture conçue, presque achevée, déjà même signée par Raphaël en 1507. Cette date n’en demeure pas moins la vraie, la seule qui réponde à l’étude du tableau. En rapprochant la Belle Jardinière de la Vierge au Chardonneret et de la Vierge de Taddeo Taddei on peut établir avec rigueur la suite et la filiation de ces œuvres, dont la logique est aussi admirable que la beauté*.

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