‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 59 sur 226 · Dans la galerie du marquis de Westminster · texte numérisé non relu

Dans la galerie du marquis de Westminster

sentir ce qu’ils seront dans le tableau du maître. Ce qui manque ici, c’est ce rayon d’immatérielle beauté dont le peintre a sans doute éclairé son œuvre définitive. Le corps n’a pas non plus cette légèreté surnaturelle que nous rencontrerons bientôt dans un autre tableau, où Raphaël est lui-même, exclusivement et sans intermédiaire1. L’abandon des membres, le repos des muscles détendus, le sommeil qui dérobe la matière à la fatigue de la vie, tout cela d’ailleurs est bien rendu. Mais n’oublions pas que, dans cet enfant, c’est Jésus qu’il faut voir; et que, dans le sommeil de Jésus, il importe de montrer l’esprit qui veille et qui transforme tout autour de lui.

La Vierge est agenouillée devant son Fils, ou plutôt à côté de son Fils; car, pour se porter vers lui, elle imprime à sa poitrine et à sa tête un mouvement qui les incline à gauche, tandis que, dans sa position naturelle, toute la figure devrait être tournée vers la droite. De la main gauche Marie presse contre elle le petit S' Jean, et de la main droite elle soulève le voile qui protège Jésus. Que de tendresse dans l’une de ces mains, et dans l’autre que de précautions! La tête est doucement penchée. Le front est limpide. Les yeux abaissés sont pleins d’admiration. La bouche est silencieuse et fervente. Toute la physionomie respire le calme et le recueillement. J,es cheveux, d’un blond doré, sont simplement séparés en bandeaux et

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