Intendut mens Humana, contempletur et stupeat
2. Ce tableau est encore dans son cadre primitif, vraisemblablement dessiné par Raphaël lui-méme. Bien que la forme de la peinture soit circulaire, le cadre est carré; et les quatre angles, réservés en dehors de la circonférence de cercle, sont recouverts d’arabesques rouges sur fond noir dans le goût des arabesques qui séparent les trois tableaux de la prédeile de la galerie du Vatican.
C’est presque une miniature , et les délicatesses du pinceau sont extrêmes jusque dans les moindres détails. Mais ces délicatesses n’engendrent ni dureté, ni sécheresse ; la main du peintre a été aussi ferme que légère; les fins contours de la Vierge et de l’Enfant sont accompagnés d’une couleur harmonieuse etsolide. Solide assurément, car ce tableau s’est conservé dans sa pureté, dans sa tonalité primitives. Sauf une légère fente qui s’est produite dans le panneau, la conservation est irréprochable. Raphaël a mis dans cette peinture la candeur et la sincérité de ses vingt ans. On y remarque certaines faiblesses : la- main droite de la Vierge, le pied droit et la main droite de l’Enfant sont d’un dessin qui laisse à désirer. Mais à côté de ces imperfections, que de choses à recommander même au point de vue technique ! Comment ne pas remarquer le clair-obscur qui couvre la joue gauche de la Vierge et de l’enfant Jésus, comment ne pas admirer le modelé du corps de ce petit enfant, comment n’être point ravi par tant de fraîcheur et de délicatesse? C’est une idylle chrétienne, où l’àme du peintre s’est livrée tout entière'.
La Vierge Connestabile n’a jamais quitté son pays
1. On trouve dans le palais môme du comte Connestabile une Vierge de Pérugin qui permet encore de mesurer la distance qui sépare Raphaël dans sa première jeunesse de Pielro Vannucci dans toute sa maturité. Cette Vierge est assise avec l'enfant Jésus au milieu d’un paysage. Deux anges sont agenouillés et en prière de chaque côté.
natal. Elle entra, du vivant de Raphaël, dans la maison Connestabile délia StafTa, et on l’y trouve encore. Elle continue de vivre sous le ciel qui l’a vue naître. Si le caractère, si les mœurs des peuples changent et se modifient, si la nature morale de l’homme varie selon les circonstances, la nature physique n’est pas sujette aux mêmes vicissitudes, et l’on reconnaît encore aujourd’hui, à côté de ce tableau, les types charmants dont Raphaël s’était épris. Les campagnes sur lesquelles le jeune Sanzio aimait à reposer ses yeux sont restées telles aussi qu’elles étaient il y a quatre siècles, et l’on juge mieux l’œuvre du peintre après s’être pénétré des émotions qui l’ont inspirée.
Le petit tableau du comte StafTa signale l’aurore du xvi" siècle, et il est l’heureux augure des vingt premières années de cette belle époque. Est-ce la reproduction d’une œuvre de Pérugin? Il est possible; car la même Vierge, semblable d’intention, mais de dimensions plus grandes, et d’esprit et de style infiniment moindres, a été exécutée par un autre élève de Pietro Vannucci dans l’hôpital de Santa-Ma- < ria-della-Misericordia, à Pérouse1. Dans cette dernière peinture, tout accuse l’influence exclusive de Pérugin, tandis que dans le tableau de la maison Connestabile tout témoigne de l’esprit du Sanzio. Ce n’est là cependant qu’une œuvre de jeunesse. Raphaël, tout en s’y
I. Ce tableau est carré; il mosuro 0o,,62 sur 0m,50 environ. Il a beaucoup souffert et a été gravé par Ant. Krilger, in-4®.
montrant déjà, lui-même, y est docile aux enseignements de son maître et absolument soumis à la tradition de l’école. La Vierge Connestabile est déjà une preuve de génie, ce n’est pas encore le fait d’un maître1.